‹ Œuvres de F.-B. Hoffmann (volume 2)Chapitre 196 sur 269 · SCÈNE XIV · texte numérisé non relu

SCÈNE XIV

GERONTE, DORVAL.

Eh! bonjour, mon cher voisin: je suis enchanté de vous voir.

DORVAL

Monsieur, c'est bien de l'honneur.

GERONTE.

Asseyez-vous; j'ai bien des choses à vous dire.

DORVAL

Je les écouterai avec d'autant plus de plaisir, qae votre accueil me charme et m'étonne.

GERONTE.

Vous étonne ! Douteriez-vous de mon amitié?

DORVAL

Maintenant je n'en doute plus.

iCOteÇDtE. à5S

GERONT£, souriant

Vous êtes un méchant, dnne vous voit plus dans cette maison; vous nous négligez.

DORVÀli.

Si j'ai beané mémoire 5 vous m'aves défendu votre IK>rte.

GERONTË.

On ! quelle calomnie ! défendre ma poHe au fils de mon vieil aini!... Mais, dites-moi, où en sont vos affaires?

. BÔRVàL.

Elles sont mauvaises.

GERONTE.

Oui, Lucile m'a dit que vous étiet dans l'embar-^ ras, et cela me fait une peine....

DORVAL

Je suis sensible k l'intérêt qui vous touche.

G£RONT£

ËUe vous veut du bien Lucile; et moi aussi.

DORVAL

Ah! monsieur, j'ai une telle défiance que je ne crois jamais que la moitié de ce qu'on dit.

GERONTE.

Pour que vous me croyez je veux vous tirer d^af-

faires»

1X)RVAL.

Vous, monsieur?

GEROMTE.

Moi. Êtes-vous enfin dans la résolution de vendre votre ntaison?

DORVAL

Je ne puis la vendre , mènsiétur ;*ou , pour me for-

356 LE TKESOR SUPPOSÉ,

cer k ce parti , il faudrait qa^on me fît nn avantage que je ne pois espérer.

GEROVTE.

n faut toujours espérer, mon ami; il y a d'honnêtes gens dans le monde; il n'est rien qae je ne fasse pour adoucir votre sort, et je sois capable de vous donner soixante mille francs de la maîsod.

DORVAL

Vous êtes trop bon , mais je ne ptiis accepter. En

payant mes dettes , il faut que je vive , et qu'il me

reste quelque chose.

GERONTE.

Mais, combien encore^ combien?

DORVAU A moins de cinquante mille écus , il m^est impossible de conclure le marché.'

GERONTE.

Cinquante mille écus! c'est quatre fois plus qu'elle ne vaut.

DORVAL

{lise lèçe.) Je le sais bien , monsieur; c'est pourquoi je ne veux pas la vendre. Au reste , je vais faii^e un petit voyage ; nous causerons de cela à mon retgur.

GERONTE.

A votre retour? Non pas , non pas; quand j'ai une chose en tête , il faut qu'elle se fasse sur-le-champ. Je me sens un mouvement de générosité , et je ne réponds pfis d^étre demain dans les mêmes dispositions.

OORVAL.

Eh, bien! n'en parlons plus: je vous remercie de votre bonne interition. Adieu, monsieur Géronte.

GERONTE,

Restez donc, maudit homme. Je vous aime plus que VÔU3 ne pensez :, je vous offre...

DORVAL

A moins de cinquante mille écus, cela est impossible. Adieu.

GÈRONTE.

f Je vous les donne , je vous les donne. Dites maintenant qu'on ne trouve pas de bons amis ?

DORVAL

Monsieur, vous vous sacrifiez.

GERONTE.

La véritable amitié ne connaît point de bornes. Vous consentez donc ?

DORVAL

Avec reconnaissance.

GERONTE, J^aurai la maison tout de suite.

DORVAL

Vous pouvez y entrer dé^ ce moment.

Attendez-moi : je vais faire faire...

DORyAL.

Le contrat?

GERONTE.

Non; mais pour plus de promptitude, un simple écrit , un mot entre nous : vous entendez?

DORVAL

C'est bien , et la somihe ? *

GERONTE.

Nous la trouverons : j^ai toujours de l'argent pour rendre service. Vous allez m'atteftdre?.., "

358 LE TRESOR STJIPPOSÊ,

DORVAt.

Mon^en Géronte , je ne dois pas soufiiir qne votut preniez cette peine : je vais faire faire l'écrit en qaes*tion , et je vous rapporterai les clefs en même temps.

GEROKTE.

Ah! vous êtes trop bon;... mais vous reviendrez bientôt?

DORVAL

Dans rinstant : le notaire est à deux pas,

GERONTE.

Etlescle£s?

0ORVAL

AussitM.

GERONTE.

L'écrit sera en bonne fbime?

DORVAL

Absolument. J'y cours.

GERONTE.

Pour cent mille francs, n'est-ce pas? ^

PORYAL.

Cent cinquante.

GERONTE.

C'est vrai, c'est vrai: je l'oubliais... le vous attends.

( Dorval sort. )

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