LES PRÉCÉDÉES, DORVAL
DORVAL
Voilà Icydouble , fait entre nous sous seing-privé , en attendant le contrat en forme. J'ai signé : ayez la complaisance d'y mettre votre nom.
GERONTE^ prend la plume.
Voyons. Pour la somme de cent..*
DORVAL
Cent cinquante mille francs.
GEHONTE.
Oui , je vois. ( Il pose le papier. )
CRISPIN , à par^
Il ne signe pas.
DORVAL
Vous avez signé , monsieur Géronte ?
GERONTE, tienant tonjours la plume.
Je vais signer, je vais signer. Vraiment je suis enchanté d'avoir mis de l'ordre dans vos affaires.
CRISPIN, à part.
Il ne signe pas.
Vous voudriez peut-être entrer dans la maison ?
GERONTE.
Oui, tout de suite, je vous Favout. A mon âge on
est pressé de jouir : d^ailleurs on est bien aise d'examiner une acquisition.
DORVAL
Mon valet a dû vous remettre les clefi.
GERONTE, tenant tonjovrt la plame.
Non , il ne mé les a pas encore remises.
DORVAL, à Grispip.
Comment ! tu n'as pas donné les clefs?
CRISPIN
Monsieur , j'ai cru devoir... •
GERONTE.
Je les lui ai demandées , cependant.
DORVAL, avec une c«lère feinte.
Pourquoi n'as-tu pas donné ces clefs?
CRISPIN
Eh bien ! monsieur, s'il £^ut tout dire, c'est parce que...
GERONTEy TiTamant.
C'est bon ! c'est bon ! Ne le grondes pas, monsieur. C'est égal : un moment de plus ou de moins. {Bas à Crispin.) J'accepte, j'accepte.
Non, monsieur, il faut que je Àache...
CRÎSPIN.
Je vais vous le dire ^ monsieur ; je vais vous le dire.
GERONtS, yivement
C'est assez ! paix donc ! Ne vous emportez pas : ce pauvre garçon n'a aucun tort; c'est un honnête serviteur. ( Bas à Crispin. ) J'accepte , coquin !
c;o]M[£Di£. 36 f
DORYAL.
Il y â quelque mystère là-dessoùs^ Je veux d)5olu^ ment savoir pourquoi il ne vent pas donner ces elèfis.
CHISpÎn.
Eh bien ! c'est parce que...
GERONTE , à part
Il va tout dire.
CRISPIN
C'est parce que vous i^'aviez pas signé tous deux , et qn'ori ne doit rien donner avant la signature.
DORYAL, avec affectation.
ConsLment , misérable ! *tu suspectes la probité de monsieur Géronte ! un si honnête homme , si estimable, la vertu même !
GERONTE.
n a raison ; Ton ne peut être trop en garde contre la mauvaise foi. Il y a tant de fripons dans le monde!
DORVAU
Oui , des fripons; mais vous...
GERONTE.
C'est égal. Sa défiance est une preuve du zèle pour vos intérêts , et pour le tranquilliser, voilà ma signature. {Il signe.)
DORYAL.
Ah!
CRISPIN , à part.
Bon ! il est pris.
DORYAL.
Allons, monsieur Géronte, ,je pardonne i ce drôle-Ià; mais à condition qu^il vous fera ses excuses de rindigtie soupçpn qu'il a conçu.
GERONTE.
Qu'il me donne les clefs; c'est tout ce que je veux.
DORVAL
Allons, maraud, conduis M. Géronte dans sa maison.
GERbNTE.
Donne les clefs, Crispin, j'irai bien seul,
CRISPIN. *
Monsieur, mon devoir est de vous y conduirer
Allons, viens donc, puisque tu le veux; mais passons par le petit escalier, nous y serons plutôt.
^* DORVAL
Adieu , M. Géronte. Je sors aussi de mon c6té.
GERONTg.
Adieu. • •
( Géronte et Crispin sortent par la petite porte.)