‹ Œuvres de F.-B. Hoffmann (volume 2)Chapitre 199 sur 269 · LES PRÉCÉDÉES, DORVAL · texte numérisé non relu

LES PRÉCÉDÉES, DORVAL

DORVAL

Voilà Icydouble , fait entre nous sous seing-privé , en attendant le contrat en forme. J'ai signé : ayez la complaisance d'y mettre votre nom.

GERONTE^ prend la plume.

Voyons. Pour la somme de cent..*

DORVAL

Cent cinquante mille francs.

GEHONTE.

Oui , je vois. ( Il pose le papier. )

CRISPIN , à par^

Il ne signe pas.

DORVAL

Vous avez signé , monsieur Géronte ?

GERONTE, tienant tonjours la plume.

Je vais signer, je vais signer. Vraiment je suis enchanté d'avoir mis de l'ordre dans vos affaires.

CRISPIN, à part.

Il ne signe pas.

Vous voudriez peut-être entrer dans la maison ?

GERONTE.

Oui, tout de suite, je vous Favout. A mon âge on

est pressé de jouir : d^ailleurs on est bien aise d'examiner une acquisition.

DORVAL

Mon valet a dû vous remettre les clefi.

GERONTE, tenant tonjovrt la plame.

Non , il ne mé les a pas encore remises.

DORVAL, à Grispip.

Comment ! tu n'as pas donné les clefs?

CRISPIN

Monsieur , j'ai cru devoir... •

GERONTE.

Je les lui ai demandées , cependant.

DORVAL, avec une c«lère feinte.

Pourquoi n'as-tu pas donné ces clefs?

CRISPIN

Eh bien ! monsieur, s'il £^ut tout dire, c'est parce que...

GERONTEy TiTamant.

C'est bon ! c'est bon ! Ne le grondes pas, monsieur. C'est égal : un moment de plus ou de moins. {Bas à Crispin.) J'accepte, j'accepte.

Non, monsieur, il faut que je Àache...

CRÎSPIN.

Je vais vous le dire ^ monsieur ; je vais vous le dire.

GERONtS, yivement

C'est assez ! paix donc ! Ne vous emportez pas : ce pauvre garçon n'a aucun tort; c'est un honnête serviteur. ( Bas à Crispin. ) J'accepte , coquin !

c;o]M[£Di£. 36 f

DORYAL.

Il y â quelque mystère là-dessoùs^ Je veux d)5olu^ ment savoir pourquoi il ne vent pas donner ces elèfis.

CHISpÎn.

Eh bien ! c'est parce que...

GERONTE , à part

Il va tout dire.

CRISPIN

C'est parce que vous i^'aviez pas signé tous deux , et qn'ori ne doit rien donner avant la signature.

DORYAL, avec affectation.

ConsLment , misérable ! *tu suspectes la probité de monsieur Géronte ! un si honnête homme , si estimable, la vertu même !

GERONTE.

n a raison ; Ton ne peut être trop en garde contre la mauvaise foi. Il y a tant de fripons dans le monde!

DORVAU

Oui , des fripons; mais vous...

GERONTE.

C'est égal. Sa défiance est une preuve du zèle pour vos intérêts , et pour le tranquilliser, voilà ma signature. {Il signe.)

DORYAL.

Ah!

CRISPIN , à part.

Bon ! il est pris.

DORYAL.

Allons, monsieur Géronte, ,je pardonne i ce drôle-Ià; mais à condition qu^il vous fera ses excuses de rindigtie soupçpn qu'il a conçu.

GERONTE.

Qu'il me donne les clefs; c'est tout ce que je veux.

DORVAL

Allons, maraud, conduis M. Géronte dans sa maison.

GERbNTE.

Donne les clefs, Crispin, j'irai bien seul,

CRISPIN. *

Monsieur, mon devoir est de vous y conduirer

Allons, viens donc, puisque tu le veux; mais passons par le petit escalier, nous y serons plutôt.

^* DORVAL

Adieu , M. Géronte. Je sors aussi de mon c6té.

GERONTg.

Adieu. • •

( Géronte et Crispin sortent par la petite porte.)

Page 1