SCÈNE XV
GERONTE, CRISPIN, tenant des clés.
GRISPIN.
Monsieur ! monsieur !
GËBONTE.
Que veiix-tu, toi?
CRISPIN
Est-il bien vrai, monsieur Géronte, que vous achetez la maison de mon maître ?
GERONTE.
Que t'importe?
CRISPm.
Comment , monsieur ! quand les aËairesde ce jeune
houille $e dérangent, vous allez lui enlever ce qui lui
reste ?
v36o LE TRESOR SUPPOSE,
GERONTE.
De quoi te mêles-tu, maraud?
GRiSPIN.
Gomment! de quoi je me mêle? Vous prenez notre maison ! ...
GERONTE. ^
Je la paie quatre fois ^us qu'elle ne vaut.
cRistm.
Ce marché ne se fera pas.^
GERONTE.
Est-ce toi qui prétends Tempêcher?
GRiSPiNi Voilà les clefs de la maison.
GERONTE.
C'est toi que ton maître a chargé de me les re-^
mettre.
CRISPIN
Oui , mais je ne les lâche point.
GERONTE, à paru
Le coquin voudrait aller déterrer la cassette.
CRISPIN, à part.
Faisons si bien qu'il ne doute plus du trésor.
GERONTE.
Ton maître t'a-t-il ordonné de me remettre ces
clefs?
GRISPIN.
Oui.
GERONTE.
Donne-les donc , et laisse-moi.
CRISPIN
Doucement! je les tiens encore, et vous ne les l^mez qu'après certaine explication.
ià[>M£DIÈ« 36l
GERONTE.
Gominent, «ftifquin!
CRISPIN
Point Jde hniit» nous sommes deux.
GERONTE.
Donne les clefs.
CRISPIN
Si vous refn&ez de m'entendre...
Tais -toi.
CRISPIN
Si vous refusez...
GERpNTE.
Les clefs! je ne veux rien savoir,
CRISPIN
Si vous refusez de m'entendre, votre marché vous ruinera.
GERONTE.
O mon Dieu! eh bien, parle donc, expjique-toi; parleras-tu?
CRISPIN
Du calme ! je ne suis point pressé.
GERONTE.
O le maraud! Mon ami, parle donc.
CRISPIN
Vous venez d'acheter la maison ?
GERONTE.
Oui , et cher,
CRISPIN
Eh bien ! il y a un trésor caché.
GERONTE.
Fable ! mensonge 1
362 LE TBiSOm SUPPOSÉ»
.auspiN.
Un trésor mimense qoemonmaSlrèiie connaAlpai
GEROXTE.
Bah ! s'il y avait eu* un trésor tonna d^un firipon comme toi , il y a long-temps qa'il n*y serait plus.
CEISPIN.
Vous le prenez sqr ce ton? Eh bien ! je vais tout
découvrir à mon maître ; il prendra le trésor , vous
laissera la maison, et voos aurez fait im maitvais
marché.
GERONTE.
Crispin , Crispin , écoote donc. Je sois un brave homme : on peut s'acc<mimoder. H y a un trésor, dis-tu?
CRispm.
J'en suis sâr.
GEBOinx.
Comme j'ar p^é la maison bien cher, s'il s'y
trouve qnelqu'accident heureux , tu sens bien que je
dois en profiter.
CaiSPHf.
Cela est juste ; mais pour m'engager à me taire, il faut m'en donner la moitié.
GEBOinx.
La moitié, coquin ! la mpitié, ardbe!
,CR1SPIN. La moitié , ou je vais tout découvrir.
GERONTE.
Reste donc , malheureux. Mon cher Criispin , arrangeons-nous. Mais, maraud que tu es, qu'est-ce que tu veux faire de deux cent cinquante milk livres?
CRISPIN
Ah! vous savez donc qu'il y a cinq cent mille
Crânes ?
GBEONTË.
M! que je ^ois béte ! je n,e sais ce que je dU.
GRISPI]^.
Conament, diable, avez -vous pii savpk qpi^e ce trésor...
GERONTE.
Et toi , rusé fripon , c'est donc pour les cinq cent mille livres que tu montrais tant d'attachement aux intérêts de ton maître ?
CRISPIN
Et c'est donc pour le trésor que vous payiez la maison si généreusement?
GERONTE.
Mon ami , ne disputons pas ; qu'importe la somme?
Arrangeons-nous.
C31ISPIN.
J'y consens.
Je te donne cinquante louis.
CRISPIN
Adieu.
GERONTE.
Je t'en donne cent.
CRISPIN
^^eu.
GERONTE.
Deux cents et' mon amitié.
CRISPIN
Cela ne fait que deux cents.
6ER0NTB.
<^^ veux-tu donc ?
364 l'E TRESOR SUPPOSÉ,
CRISPIN
Voici mon ultimatum. Nous irons ensemble déterrer le trésor.
GEKONTE.
Ensemble? ne crains rieû , je t'en tiendrai compte.
CRISPIN
Nous irons ensemble , nous l'apporterons ensemble, tenant chacun une anse de la cassette.
Ah! fripon.
J'aurai sur le trésor la somme de trente mille francs.
GERONTE.
Le voleur !
CRISPIN
Décidez-vous, mon maître peut venir,, et je dis tout.
GERONTE.
Et tu veux trente millç francs.
CRISPIN
Mais, monsieur, vous n'êtes pas raisonnable ; je vous donne ce trésor poui!' un morceau de pain.
GERONTE.
Un morceau de pain ! le misérable ! Sais-tu ce qu'il en coûte pour gagner trepte mille francs? Tu es avare, Crispin, c'est un vilain/défaut.
CRISPIN
Voici mon maître, je vais...
GERONTE.
Ne dis rien, ne dis rien; nous causerons de cela*/
tOMÉDIE. 365
CRISPIN
l)écidez-vous , monsieur; trente mille...
Tais-toi donc, malheureux! Nous nous arrangerons.