‹ Œuvres de F.-B. Hoffmann (volume 2)Chapitre 2 sur 269 · THEATRE. T. II · texte numérisé non relu

THEATRE. T. II

PERSONNAGES

VILLIAM.

JENNI, son épouse.

MELFONT, leur ami.

Le colonel KIRK.

BLUCK, son Ueutenant.

NORTON , colonel en second.

Un VIEILLARD.

Un SOLDAT.

PEUPLE de la campagne.

La Scène se passe dans un village des montagnes

d'Ecosse.

Cet ouvrage , conçu et exécuté pendant la terreur, ne fut représenté qu'un an après la chute de Robespierre. Cependant, il y avait encore du courage à exposer sur la scène les crimes des proconsuls qui avaient promené la hache dans tous les départemens, et transformé la plupart des fleuves de la France en baignoires républicaines. Ces agens , si dévoués à Fhydre populaire, étaient encore très-redoutables, puisqu'ils essayèrent plus tard de ressaisir le pouvoir ; ils auraient même triomphé de nouveau , si le canon dii i3 vendémiaire ne les eût refoulés vers leurs cavernes, et renversé les échafauds qu'ils traînaient déjà à leur suite.

Bien que M. Hoffman ait placé l'action de son drame à l'époque de la mort de Charles I*% et transporté le spectateur dans les montagnes de l'Ecosse ^ on n'en reconnaît pas moins le véritable lieu de la scène ; son brigand est le prototype dés proconsuls du règne de la terreur, et l'un des plus fervens apôtres du dieu Marat. Qui pourrait méconnaître , après les couplets qui se terminent par ces vers :

Les vaincus reviennent encore , Mais ks morts ne reviennent plus ;

Qui pourrait méconnaître , disons-nous , le premier auteur de ce sanglant et sinistre refrain? Tout le rôle de Kirk est plein de mots d'une effrayante concision , et dignes de figurer dans les annales du terrorisme de tous les pays.

Le drame est biea conduit; Tintérét commence dès Texpositioa et s'augmente jusqu'au dénoûment. Le nœud formé dans le premier acte , produit dans le second une belle scène entre Kirk et Jenni , et une situation très-attendrissante entre la belle écossaise et son époux. Tout le troisième acte est coupé d'une manière très-dramatique ; c'est avec beaucoup d'art que l'auteur a traité la partie la plus délicate de son sujet , celle on le brigand pénètre au milieu de la nuit chez la vertueuse Jenni , et veut en obtenir le prix qu'il a mis à sa fausse clémence. Lors des représentations de cet ouvrage , le public écoutait toute cette scène avec un silence aussi favorable pour l'hauteur que le bruit des applaudissemens. Ce qui ajoutait à l'effet de la situation , c'était la beauté de madame Peicam , actrice chargée du rôle de Jenni , et l'énergique vérité que Chenard mettait dans le personnage de Kirk. A cette époque , l'acteur n'était pas embarrassé de choisir son modèle ; il pouvait encore prendre la nature sur le fait.

La musique du Brigand est de M. Kreutzer, à qui rOpéra-Comique doit les partitions de Lodoïsha et de Poulet Virginie, Dans plusieurs morceaux, et particulièrement dans le final du second acte , la lyre du compositeur s'est élevée aux accords les plus pathétiques et les plus vrais.

Le Brigand ne pouvait rester au répertoire ; mais le souvenir s'en étant conservé pâmai les spectateurs qui furent témoins de son succès , nous avons admis ce drame lyrique dans les œuvres de son auteur, comme un tableau fidèle de l'un des épisodes de notre révolution.

LE BRIGAXD.

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