GÉRONTE, CRISPIN
( Ils entrent tenant chacun une anse de h cassette. )
GEROiNTE.
Mais, maraud , lâche donc cette cassette.
GRISPIN.
Pas si béte«
GERONTE.
Crains-tu que je ne te trompe?
COMEDIE. 3 j [
GRISPIN.
Monsieur, je suis très- craintif de mon naioreL
GERONTE.
£h bien! ouvrons-la donc; et puisque l'avarice te rend barbare y prends ta part , coquin , et fuis si loin que je ne te revoie jamais.
GRISPIN.
Dites , dites : les complimens ne me séduisent point.
GERONTE.
Crispin^ où est la clef?
GRISPIN.
Vous la tenez , monsieur.
Ok! c'est vrai ; ton mauvais procédé m'agite tellement...
GRISPIN.
L'éclat iit^ pierreries vous rendra la raison.
GERONTE.
Mais cette cassette est bien légère.
GRISPIN.
n ne faut pas un quintal de diamans pour cinq cent
mille livres.
GERONTE.
Crispin, la clef ne tourne pis; tu devrais bien m'aller chercher quelqu'outil pour forcer la serrure.
GRISPIN.
Non pas , non pas; nous en viendrons i bout
GERONTE.
£h bien, bourreau! je l'ouvre. La voilà... Ciel! je suis mort , il n'y a rien !
( Doïïval, Lucile et Lisette sont au fond et observent. )
372 LE ïRÉisOB SUPPOSÉ,
CRISPIN
Comment, rien?
GEROKTE.
Elle est vide ! ô dieu ! je suis perdu, ruiné ! *
Monsieur, calmez-vous; voilà un papier.
GERONTE.
£k! que m'importe ton papier? misérable ! Je me
meurs , on m'égorge !
CRISPIN
Ce papier nous indique peut-être Téndroit où est le trésor.
GERONTE,
Ah! tu crois... O ciel! lisons.... Je n'en puis plus.... lisons :
« Trésor pour mon fils. »
CRISPIN
Eh bien ! je vous le disais. Ouvrez le papier, lisez.
GERONTE.
Ah! Dieu! serait -il vrai? Je tremble.... Voyons.
« Mon cher fils , le plus beau des trésors est de a» savoir s'en passer... le travail^ l'économie et la fiu- » galité valent mieux que tous les diamans de l'uni-- » vers. » •
Plus d'espoir ! c'est fait de moi ! ( // tombe dans un JauieuiL )
{Ils approchent tous Vun après Vautre, et chacun jwi à la réponse brusque que lui fait Géronte. )
LUCILE
Mon oncle.
Laissez-moi.
LISETTE
Monsieur.
GERONTE.
Va-t-en au diable !
grispin:
Monsieur Géronte.
GERONTE.
Coquin! maraud! scélérat!
DORYAU
Monsieur Géronte.
GERONTE.
A d'autres! vous voilà, vous?
DORVAL
Oui, monsieur; et je veux calmer votre chagrin.
GERONTE.
C'est difficile.
DORVAL
Je vois que ma maison vous déplaît,
GERONTE.
Fort.
Elle est trop chère.
DORVAL
Eh bien ! jfe vous offre de la reprendre , et déchirons notre billet.
GERONTE.
Déchirons, dites -vous? O mon cher Dorval, vous me rendez la vie... déchirons, déchirons.
DORVAL
Un moment. Vous savez que j'aime la charmante Lucile : le retour de mon père, en rétablissant ma fortune , me rend digne de votre nièce. Accordez-moi sa main et déchirons notre billet.
374 I^ TRESOR SDPPO^.
GERONTE.
Y consens-ta, Lucile?
LUCILE
Je n'y mettrai point d'obstacle.
GERONTE.
Tonchez-là , Dorval , et déchirons , décliirons.
DORVAL
Un moment! attendons que ie contrat soit fait Appelons d'abord le notaire, pnis déchirons notre biUet.
GERONTE, luDt.
Qu'on aille chercher le notaire , et déchirons, déchirons.
Pour nous , Lisette , qui n'avons rien à déchirer , unissons nos cœurs et nos fortunes.
LISETTE
Et, pour être heureux, gardons-nous d'écouter aux portes.
CHŒUa FINAL.
Que tout cède au transport tpi m'inspire ; Oublions on moment de douleur :
Doux hymen ! à présent tout conspire A fixer près de nous le bonheur.
FIN