COUPLETS, LOUISE
Tous les jours il me regardait , .
Et je le regardais de même ; Un soir il médit qu'il m'aimait, Et je répondis : je vous aime.
Puis après , lui dîs-je , entre nous , Il faut savoir à qui Ton parle ; Monsieur, comment vous nommez-vous T Il m^a répondu : je suis Charle.
JULIE
Il VOUS a dit tout cela?
Il est tout simple et sans façon , Mais sa figure est bien gentille ; Et quoique ce soit un garçon , Il est sage comme une fille.
«Ty pense avec conteiiteinent , Avec plaisir aussi j'en parle :
Non , je n'aurai jamais d'amant , Je ne yeux que mon ami Qiarle.
JULIE
Âfa! il D^y aura rien à dire.
LOUISE
11 sait lire , écrire et compter :
Ah ! c^est vraiment un talent rare ; 11 sait danser , il sait chanter , Il sait jouer de la guitare* Puis il a de l'esprit vraiment, U faut l'entendre quand il parle ; Va ! je mè passe bien d'amant , Quand je suis avec l'ami Charle.
JULIE
Mais ce jeune homme si aimable veut sans doute vous épouser?
LOUISE
u m'épousera quand je voudrai.
JULIE
Et depuis trois mois que vous êtes ici, vous ne m'avez rien dit de cela?
Je n'osais.
Eh! pourquoi osez-vous à présent?
LOUISE, en hésitant.
C'est que Charles est près d'ici.
JULIE
Près d'ici?
LOUISE
Oui , il se promène autour du jardin ; il a remarqué qu'il y avait un trou à la haie du verger.
OP^RA-BOUFFON. SgS
JULIE
Ah! il a vu cela? (A pari.) Quelle innocente!
LOUISE
Et si tu veux, il ppurra venir ici sans qu'on le sache.
JULIE
Gomment prétendez-vous le faire entrer?
LOUISE
Si tu voulais en parler à ma cousipe, elle le laisserait peut-être souper avec nous.
JULIE
Parler à votre cousine ? vous n'y pensez pas : à votre
cousine , qui est la sévérité même , et qui ne veut ni
amant , ni bon ami !
Oh! tu pourrais lui tourner cela d'une certaine façon... Tu as plus d^esprit que moi. Ah! Julie, parlelui en, je t'en prie, tu ne t'en repentiras pas. La voici : je me sauye , elle me fait peur.
JULIE
Je me garderai bien de lui en rien dire , c'est une vertu trop farouche : retirons-nous.