‹ Œuvres de F.-B. Hoffmann (volume 2)Chapitre 215 sur 269 · JULIE, REINE · texte numérisé non relu

JULIE, REINE

REINE

Julie!

JUUE.

Mademoiselle ?

KEINE

Restez , j'ai i vous parler; mais avant tout , ]e vous prie de ne tirer aucune cooséquence maligne de ce ^e je vais vous dire.

SgÔ LES RENDEZ-VOUS BOURGEOIS,

JULIE

Pourqaoi craignez-vous...

REINE , avec fierté.

Je sais que les domestiques sont portés à mat penser de leurs maîtres, et qu'ils se plaisent à noircir les actions les plus innocentes.

JULIE

Mademoiselle , ce préambule m'étonne. J'ai pour vous la plus profonde estime

REINE

Je n'ai pas besoin de votre estime , mais de votre discrétion.

JULIE

De ma discrétion?

REINE, sèchement •

Je VOUS ai déjà dit de ne tirer aucune conséquence de mes paroles.

JULIE

Parlez , mademoiselle. ( A part, ) Comme elle est

douce !

REINE

J'ai connu à Paris une personne très-honnéte et

très^stimable ; cette personne désire me parler d'une

affaire très-intéressante , et je crois qu'elle pourra

bien venir ce soir...

JULIE

Quand elle voudra, mademoiselle, je l'introduirai.

REINE

Ce monsieur...

JULIE

Âh ! c'est un monsieur ?

C^est un monsieur.

OPÉRA- BOUFFON. Sg^

JULÎE, à part.

J'y suis. C'est le jour des confidences.

KEINE

n m'a fait demander un moment d'entretien , et je crois devoir y mettre de la circonspection; vous savez que le monde est prompt à soupçonner les jeunes personnes.

JULIE

Et bien injustement.

REINE

AXMi*

Que les hommes sont mécbans !

Que les femmes sont à plaindre !

Elles ont toujours à craindre Les propos des médisans.

Pour un jeune homme bien fait, Si je marque de Testime , Tout aussitôt qu'on le sait , Le monde m'en fait un crime ; Et de la plus pure estime , Il me faut faire un secret , Comme si c'était un crime.

Que les hommes sont méchans ! etc.

Et si cet homme est aimable ,

D'une figure agréable ;

Ah ! mon dieu! c'est encor pis;

Ecoutez nos étourdis :

Ils vont dire que je l'aime , Et que s'il était mal fait , Sans esprit , vieux et bien laid , Il n'en serait pas de même.

Que les hommes sont méchans, etc.

âg8 LES RENDEZ- YdUS BOURGEOIS 4

JULIE

Le monde n'a pas le sens commun , car oh aimable garçon convient parfaitement à une fille aimable.

REINE

Celui-là est fort honnête; il se nomme César,

JULIE

César ! ce doit être un bien bravé bomine.

REINE

Sans doute : mais malgré cela, cotnine je ne vieux

pas l'entretenir en secret, je désirerais qu'il pût

venir

JULlEr

J'entends, mademoiselle f qu'il |>àt venir souper ici , puisque monsieur votre père n'y Sera pas.

REINE

Je n'y vois pas d'inconvénient. Ainsi , je voudrais

que vous en parlassiez à ma cousine ; elle a grande

confiance en vous, elle vous aime; recommandez-loi

donc de n'en rien dire à mon père : elle est un peu

simple, ma cousine, et par étourdarie , elle pourrait

faire penser...

JULIE

Mademoiselle , je ne me charge pas de cela.

REINE

Eh! pourquoi?

JULIE

Cette pauvre innocente ! cela pourrait lui donner

des idées Tenez, la voici, parlez-lui vous-même,

les' domestiques ne doivent pas traiter des affaires si délicates. {A part.) Bon! c'est pour lui apprendre à s'expliquer plus firanchement.

Ol^iRÀ-BOlTFFOtîi • âg^

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