JULIE, REINE
REINE
Julie!
JUUE.
Mademoiselle ?
KEINE
Restez , j'ai i vous parler; mais avant tout , ]e vous prie de ne tirer aucune cooséquence maligne de ce ^e je vais vous dire.
SgÔ LES RENDEZ-VOUS BOURGEOIS,
JULIE
Pourqaoi craignez-vous...
REINE , avec fierté.
Je sais que les domestiques sont portés à mat penser de leurs maîtres, et qu'ils se plaisent à noircir les actions les plus innocentes.
JULIE
Mademoiselle , ce préambule m'étonne. J'ai pour vous la plus profonde estime
REINE
Je n'ai pas besoin de votre estime , mais de votre discrétion.
JULIE
De ma discrétion?
REINE, sèchement •
Je VOUS ai déjà dit de ne tirer aucune conséquence de mes paroles.
JULIE
Parlez , mademoiselle. ( A part, ) Comme elle est
douce !
REINE
J'ai connu à Paris une personne très-honnéte et
très^stimable ; cette personne désire me parler d'une
affaire très-intéressante , et je crois qu'elle pourra
bien venir ce soir...
JULIE
Quand elle voudra, mademoiselle, je l'introduirai.
REINE
Ce monsieur...
JULIE
Âh ! c'est un monsieur ?
C^est un monsieur.
OPÉRA- BOUFFON. Sg^
JULÎE, à part.
J'y suis. C'est le jour des confidences.
KEINE
n m'a fait demander un moment d'entretien , et je crois devoir y mettre de la circonspection; vous savez que le monde est prompt à soupçonner les jeunes personnes.
JULIE
Et bien injustement.
REINE
AXMi*
Que les hommes sont mécbans !
Que les femmes sont à plaindre !
Elles ont toujours à craindre Les propos des médisans.
Pour un jeune homme bien fait, Si je marque de Testime , Tout aussitôt qu'on le sait , Le monde m'en fait un crime ; Et de la plus pure estime , Il me faut faire un secret , Comme si c'était un crime.
Que les hommes sont méchans ! etc.
Et si cet homme est aimable ,
D'une figure agréable ;
Ah ! mon dieu! c'est encor pis;
Ecoutez nos étourdis :
Ils vont dire que je l'aime , Et que s'il était mal fait , Sans esprit , vieux et bien laid , Il n'en serait pas de même.
Que les hommes sont méchans, etc.
âg8 LES RENDEZ- YdUS BOURGEOIS 4
JULIE
Le monde n'a pas le sens commun , car oh aimable garçon convient parfaitement à une fille aimable.
REINE
Celui-là est fort honnête; il se nomme César,
JULIE
César ! ce doit être un bien bravé bomine.
REINE
Sans doute : mais malgré cela, cotnine je ne vieux
pas l'entretenir en secret, je désirerais qu'il pût
venir
JULlEr
J'entends, mademoiselle f qu'il |>àt venir souper ici , puisque monsieur votre père n'y Sera pas.
REINE
Je n'y vois pas d'inconvénient. Ainsi , je voudrais
que vous en parlassiez à ma cousine ; elle a grande
confiance en vous, elle vous aime; recommandez-loi
donc de n'en rien dire à mon père : elle est un peu
simple, ma cousine, et par étourdarie , elle pourrait
faire penser...
JULIE
Mademoiselle , je ne me charge pas de cela.
REINE
Eh! pourquoi?
JULIE
Cette pauvre innocente ! cela pourrait lui donner
des idées Tenez, la voici, parlez-lui vous-même,
les' domestiques ne doivent pas traiter des affaires si délicates. {A part.) Bon! c'est pour lui apprendre à s'expliquer plus firanchement.
Ol^iRÀ-BOlTFFOtîi • âg^