LUCILE, LISETTE, VALCOUR
LU«ILE
Âh ! monsieur, pourquoi vous donner la peine de le rapporter?
VALGOUR.
La peine , madame ? }e n^en ai éprouvé qu'en doutant si je serais introduit.
LUGILE.
N'ayant pas l'honneur d'être connue de vous , je dois trouver fort extraordinaire...
VALGOUR.
Madame , cela est tout simple ; vous laissez tomber un livre, je le ramasse; je vous le rapporte, vous le recevez ; il n'y a là dedans rien d'extraordinaire que le plaisir que j'éprouve en ce moment.
LUGILE.
Il est au moins étonnant que vous ayez insisté pour entrer chez moi.
VALOOUR.
Je vous avais vue , madame ; il était tout simple que j'insistasse.
LUGILE.
Malgré votre extrême politesse , je dois vous faire observer que c^est la première fois que j'ai Thonneur de vous voir.
Madame , il faut toujours qu'on se voie une première fois.
LUCTLE.
Mais il 7 a apparence que ce sera aussi la dernière.
VALCOCR.
La dernière, madame?... Si ce doit être le dernier bonheur de ma vie , permettez-moi de le prolonger.
LUC ILE
U y a de Fobstination , monsieur.
VALCOUR
Avouez qu^elle est bien pardonnable ; et plus vous serez décidée à me renvoyer, plus je dms retarder le moment où je cesserai de vcmÀ voir.
LUCILC , avec dépit.
Eb bien ! restez , monsieur.
LISETTE, à part.
n n'y manquera pas.
VALCOUR
Madame , si vous étiez assise, vous seriez beaucoupmieux.
LUCILE
Et pourquoi, monsieur?
VALCOUR
C'est que j'aurais moins de scrupule à rester plus long-temps.
44o LE ROMAN d'unE HEURE,
LUCILE^ prenant une chaise.
Il faudra cependant que cet entretien finisse.
( Elle s^ assied. )
YâLGOUR , prenant aus^iune chaise.
Madame , ce ne sera pas de ma faute. (Il s'assied.)
LUCILE
Mais enfin , quel plaisir trouvez-vous !...
VALCOUR
Madame, j'ai des yeux.
LUCILE
C^est une déclaration que vous me faites.
VALCOUR
Oui, madame.
LUCILE
Et la première fois que vous me voyez !
VALCOUR
Quand je vous la ferais quinze jours plus tard, qu'y gagnerions^noûs tous deux?
LUCILE, Oh! rien, assurément; car je n'en croirais pas un
mot.
Je vous demande pardon , madame ; vous me croyez. . *
LUCILE
Je vous crois, monsieur?
VALCOUR
Oui , madame : il est impossible que vous ignoriez que vous êtes charmante , et que vous avez infiniment d'esprit; et vous ne me faites pas Tinjure de croire que je ne sais pas apprécier ces avantages.
COMÉDIE.'' • 44 ï
LUCILE
Je sais donc , selon vous, que j'ai de l'esprit et de la beauté.
VALCOUR
Il y a long-temps sans doute que vous le sayez , puisqu'il ne m'a fallu qu'un moment pour m'en assurer.
LISETTE
Madame a-t-elle besoin de moi?
LUC ILE y avec humear.
Je n^en sais rien; monsieur m'occupe tellement!...
VALœUR, à Lisette.
Mademoiselle, je n'ai rien à dire que vous ne puissiez entendre; cependant que je ne vous oblige point à rester, si vous avez à sortir.
LUGILE, se lève.
J'espère que monsieur prendra le même parti.
VALCOUR , se lève.
Ah ! madame , votre espoir sera trompé.
LUCILE
Quand monsieur me verra seule il n'abusera point
de mon embarras.
LISETTE
J'entends ,^ madame. ( Elle sori, )