‹ Œuvres de F.-B. Hoffmann (volume 2)Chapitre 234 sur 269 · LUCILE, LISETTE, VALCOUR · texte numérisé non relu

LUCILE, LISETTE, VALCOUR

LU«ILE

Âh ! monsieur, pourquoi vous donner la peine de le rapporter?

VALGOUR.

La peine , madame ? }e n^en ai éprouvé qu'en doutant si je serais introduit.

LUGILE.

N'ayant pas l'honneur d'être connue de vous , je dois trouver fort extraordinaire...

VALGOUR.

Madame , cela est tout simple ; vous laissez tomber un livre, je le ramasse; je vous le rapporte, vous le recevez ; il n'y a là dedans rien d'extraordinaire que le plaisir que j'éprouve en ce moment.

LUGILE.

Il est au moins étonnant que vous ayez insisté pour entrer chez moi.

VALOOUR.

Je vous avais vue , madame ; il était tout simple que j'insistasse.

LUGILE.

Malgré votre extrême politesse , je dois vous faire observer que c^est la première fois que j'ai Thonneur de vous voir.

Madame , il faut toujours qu'on se voie une première fois.

LUCTLE.

Mais il 7 a apparence que ce sera aussi la dernière.

VALCOCR.

La dernière, madame?... Si ce doit être le dernier bonheur de ma vie , permettez-moi de le prolonger.

LUC ILE

U y a de Fobstination , monsieur.

VALCOUR

Avouez qu^elle est bien pardonnable ; et plus vous serez décidée à me renvoyer, plus je dms retarder le moment où je cesserai de vcmÀ voir.

LUCILC , avec dépit.

Eb bien ! restez , monsieur.

LISETTE, à part.

n n'y manquera pas.

VALCOUR

Madame , si vous étiez assise, vous seriez beaucoupmieux.

LUCILE

Et pourquoi, monsieur?

VALCOUR

C'est que j'aurais moins de scrupule à rester plus long-temps.

44o LE ROMAN d'unE HEURE,

LUCILE^ prenant une chaise.

Il faudra cependant que cet entretien finisse.

( Elle s^ assied. )

YâLGOUR , prenant aus^iune chaise.

Madame , ce ne sera pas de ma faute. (Il s'assied.)

LUCILE

Mais enfin , quel plaisir trouvez-vous !...

VALCOUR

Madame, j'ai des yeux.

LUCILE

C^est une déclaration que vous me faites.

VALCOUR

Oui, madame.

LUCILE

Et la première fois que vous me voyez !

VALCOUR

Quand je vous la ferais quinze jours plus tard, qu'y gagnerions^noûs tous deux?

LUCILE, Oh! rien, assurément; car je n'en croirais pas un

mot.

Je vous demande pardon , madame ; vous me croyez. . *

LUCILE

Je vous crois, monsieur?

VALCOUR

Oui , madame : il est impossible que vous ignoriez que vous êtes charmante , et que vous avez infiniment d'esprit; et vous ne me faites pas Tinjure de croire que je ne sais pas apprécier ces avantages.

COMÉDIE.'' • 44 ï

LUCILE

Je sais donc , selon vous, que j'ai de l'esprit et de la beauté.

VALCOUR

Il y a long-temps sans doute que vous le sayez , puisqu'il ne m'a fallu qu'un moment pour m'en assurer.

LISETTE

Madame a-t-elle besoin de moi?

LUC ILE y avec humear.

Je n^en sais rien; monsieur m'occupe tellement!...

VALœUR, à Lisette.

Mademoiselle, je n'ai rien à dire que vous ne puissiez entendre; cependant que je ne vous oblige point à rester, si vous avez à sortir.

LUGILE, se lève.

J'espère que monsieur prendra le même parti.

VALCOUR , se lève.

Ah ! madame , votre espoir sera trompé.

LUCILE

Quand monsieur me verra seule il n'abusera point

de mon embarras.

LISETTE

J'entends ,^ madame. ( Elle sori, )

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