‹ Œuvres de F.-B. Hoffmann (volume 2)Chapitre 236 sur 269 · ROMAN D*UNE HEURE · texte numérisé non relu

ROMAN D*UNE HEURE

monde; je sais comme un autre en prendre les manières; mais en suivant les règles ordinaires , j'aurais été réduit à vous rendre votre livre , à vous saluer avec retenue, et à m'éloigner tristement 5ans avoir Fespérànce de vous revoir jamais. Entre deux maux, il a fallu choisir, et j'ai mieux aimé risquer de vous déplaire, que de perdre la seule occasion qui put

m'âpprocher de vous.

LUCILE

De sorte que je dois vous remercier ?

VALCOUR

Vous devez me pardonner, madame ; et si dans 1) suite je mè sers encore des mêmes moyens , c'est que j'aime mieux vous piquer que de vous être indifférent.

LUCILE

n faut avouer que le hasard qui a fait tomber mon livre, me procure une aventure* bien agréable!

VALCOUR

Si c'est un hasard, madame, je dois m'^stimer heureux.

LUCILE

Mais enfin ^ qu'espéres-vous de tout ceci? Quels

sont vos projets?

VALCOUR

De vous voir le plus long-temps possible.

LUCILE

Décidément?

VALCOUR

Décidément.

LUCILK

Eh bien , monsieur, as$eyon&-nonl.

VALCOUR

J'allais vous en prier.

LUCILE

Je VOUS ai dit que votre démarche me paraissait inutile; maintenant je commence à la croire dangereuse.

VALCOUR

Pour qui, madame?

* LUCÏLE.

Oh! pour vous.

VALCOUR

Veuillez m' expliquer cela.

LUGIL£ , riant.

Avec un coeur capable de s'enflammer à la première vue , vous courez de très-grands risques.

VALCOUR

Lesquels , madame ?

LUCILE

De devenir amoureux.

VALCOUR

 cet égard, madame, je ne risque plus rien.

LUCILE

Cela est déjà fait ?^

VALCOUR

Absolument.

LUCILE

n me prend envie de vous croire , pour m'amuser davantage.

VALCOUR

Amusez-vous en toute sûreté. '

LUCILE

Et d'après vos principes sur Pinflammation des cœurs , vous croyez sans doute que la sympathie agit déjà sur moi?

446 UE ROMAN d'une HEURE,

YALCOCR

Je D^ose répondre; ma franchise a para vous déplaire.

^ LUCILE

Oh! ne vous gênez pas; je commence à m'y habituer.

VALCOUB. •

C'est bon signe.

Luciu:«

Vous espérez donc ?

VALCOUB.

Sans cela , seraîs-je ici ?

LUQLE. ^

Monsieur , permettez-moi de rire.

YALœUR.

D'autant plus volontiers, que le rire vous sied à merveille.

LUCILE

Mais quel est le motif de votre confiance ?

VALCOUR

C'est qu'un homme e^t toujours sûr de Se faire aimer quand il a véritablement le désir dé plaire.

LUCILE

Vous êtes sûr de cela?

VALCOUR

Cela ne manque que par maladresse.

Si votre recette n'est pas la meilleure , elle est au moins liai plus originale.

VALCOUR

C'est pour cela que j'espère , madame.

l-UCILE.

Un homme est donc sûr de se faire corner quand il le veut; et vous, monsieur, qui réunissez plusieurs avantages , vous avez sûrement plus de confiance qu'un autre?

VA.LCOUR.

C'est une probabilité de plus. -

LUCÎLE.

Et quand commencerai-je à ressentir ces effets inévitables?

VALCOUR

Dès à présent , madame.

LUCILE, riant.

Ah ! )ç vous mae déjà? •

VALCOUR

Je ne dis point cela, mais mon sort est déjà décidé ; et si dans la suite vous deve^ m' aimer ou me haïr, ce sera toujours une conséquence nécessaire de cette première entrevue.

lÙ^le.

Mais vous êtes bien sûr que je me déciderai plutôt à vous aimer?

VALCOUR

Pas absolument sûr ; mais je le parierais.

LUCILE

Vous parieriez que je vous aimerai?

VAIXOUR.

Oui, madame.

LUGILE.

Et dans combien de temps, s'il vous plate?

VALCC^R.

Vous seriez étonnée , si je vous disais combien il en faut peu.

448 LE ROMAN d'une HEURE,

LUCILE

Oh ! dites tout; vous avez carte blanche.

VALœUR.

Eh bien , madame , je demanderai.... vingt-quatre .heures.

I^UCILE.

Tout ce temps-là , monsieur !

VALCOUR

Si je gagne plutôt , ce sera tant mieuxi

Mais comment saurez-vous si vous avez gagné ?

VALCOUR

A l'expiration du terme-, vt)us déclarerez vos sentimens , et je m'en rapporterai k votre bonne foi.

LUCILE

Cette confiance est bien flatteuse !

VALCOUR

C'est un calcul, madan^.

LUCILE

Un calcul?

VALCOUR

S^s doute. Dans toute autre circonstance , qpiand vous m'aimeriez , les préjugés et la décence vous imposeraient la loi de me le cacher ; mais quand vous aurez parié, la probité vous forcera à me faire un aveu commandé par votre délicatesse.

LUCILE, ironiquemenL

Le calcul même m'est trop favorable pour que je puisse m'en offenser. Mais pàririez-vous cher?

VALCOUR

Tout ce qu'on voudra.

LUCILE

En vérité , je suis fâchée que nous nom connaissions si peu , car j'aurais grande envie de tenir la ga^ genre , ne fût-ce que pour vous punir de votre présomption.

VALœUR.

Je me nommé Valcour, madame. Mes parens se

son; distingués dans la carière des armes; moi-même

)'ai un régiment.

LUGILE.

Je m'en suis doutée.^ Moi, monsieur, je ihe liomme Lucile d'Ercourt, veuve de M. de Terni; je suis ici pour un procès , et je m'y ennuie beaucoup.

VALCOUR

Je m'en stds douté, madame. Eh bien! nous nous connaissons ; voulez-vous parier?

LUCILE

J'en suis tentée. Mais un scrujAile me retient; j'ai trop beau jeu, et je n'aime pas à jouer à coup sûr.

VALCOUR

. J'ai les mêmes scrupules , madame ; ainsi nous pouvons les faire taire mutuellement. Pariez-vous?

LUCILE, piquëe.

Oui, monsieur, je parie.

VALCOURk

Sérieusement ?

LUCIL&

Oh! très-sérieusement. Quelle est la somme?

VALCOUR

Je puis, dàùs ce moment, disposer de cinq cents louis.

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