‹ Œuvres de F.-B. Hoffmann (volume 2)Chapitre 242 sur 269 · VAI4POUR · texte numérisé non relu

VAI4POUR

Occupée !

LISETTE

Très-sérieusement.... au miroir.

VALCOUR

Tu crois?

Vous verrez si je me trompe.

YALCOUR.

Dis-moi, Lisette; tu aimes ta maîtresse?

LISETTE

De tout mon cœjir.

VALCOUB.

Et moi aussi. Depuis combien de temps est-elle veuve ?

LISETTE

Un an depuis hiet.

VALCOUR

C'est bien. Aimait-elle beaucoup le défunt?

LISETTE

Je vous assure qu'elle Taimait très^décemment.

VALCOUR

Bon. Quel homme était-ce?

LISETTE

Désagréable, d'humeur fâcheuse dans son intérieur, dur pour ses domestiques, froid et brutal avec sa femme ; mais hors de la maison, il était le plus aimable homme du monde.

VALCOUR

Je connais de ces aimables-là. Ta maîtresse »-t-elle été bien affligée de U mort de l'époux?

Oh! monsieur, elle a jeté les hauts cris, s^estarfa-

458 LE R03IAM d'une HEURE,

ché les cheveux , et elle a pleuré coup sur coup , comme une femme qui se presse de sortir d'affaires.

VALCOUR

Y a-t-il long-temps que son chagrin s'est adouci?

LISETTE

Il n'en est plus question. Madame n'a pas payé sa dette en détail; sa douleur s'est acquittée tout de suite.

VALCOUR

Mais tu dis qu'il n'y a qu'un an?

LISETIE.

Monsieur, n'est-ce pas bien hapnnéte? Le premier jour qu'une femme est veuve , elle n'a que deux partis à prendre : ou le chagrin la tue, ou bien il la laisse vivre. S'il la tue , tout est fini : il n'y a plus de chagrin ; s'il la laisse vivre , il faut bien qu'elle se décide; on se désole pendant trois jours , on pleure pendant trois semaines, on est triste pendant trois mois; vous vous voyez bien qu'il reste encore neuf mois de deuil pour se consoler.

VALœUR.

Vous joueriez bien ce rôle-là.

LISETTE

J'en jouerais bien d'autres. Et votre gageure^ croyez-vous la gagner?

. VAIXX)UR*

Qu'en penses-tu?

Je ne sais trop que vous, dire : vingt-quatre heures, c'est bien peu; si vous aviez demandé le double , encore passe. Cependant, si j'en crois certains présages...

VALœUR.

"Je pourrai bien gagner

LISETTE

Un cœur^ et douze mille francs.

VALCOUR

Je me contente de la première moitié.

LISETTE

Monsieur, donnez-moi l'autre.

VALCOUR

Cela est possible.

LISETTE

Vraiment?

VALCOUR

Veux-tu parier aussi avec moi?

LISETTE

J'ai peur de perdre.

VALCOUR

Si je te donne un mari jeune, bien fait, honnête homme 9 et une dot ^ je gage que tu le refuseras.

Payez , monsieur, vous avez p'erdu.

VALCOUR

Attends , tu n'y perdras rien. Mais écoute : quand ta maîtresse te parlera de moi , je te recommande de lui dire tout le mal que tu pourras imaginer.

LISETTE

Du mal de vous? Madame s'en fâchera.

VALCOUR

Je l'espère.

LISETTE

Oh ! que je vous entends bien. Je ne l'avais pas deviné. Eh bien! faut-il avertir madame?

VALCOUR

Quand tu voudras.,.. \ propos, dis-moi : ta maitresse a un procès?

46q le roman d^uke heure ^

LISETTE

C'est vrai.

TALGOUR.

Une partie de sa fortune en dépend.

Comment savez-vous cela?

YALCOUR.

.Je sais beaucoup de choses que j'ai l'air d'ignorer.

LISETTE

Vous connaissez les motifs

VALCOUR

Tout. Je sais même que Lucile , trop fière pour

avoir recours à ses amis, aime mieux s'exposer i

perdre son procès, que de leur procurer le plaisir de

hii rendre service.

LISETTE

Comment, monsieur?

VALCOUR

Va avertir ta maîtresse.

LISETTE , à part en forUnt,

Avec cçt homme-là, on peut jouer à qui perd gagne. {EUe sort.)

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