PROTO
ASTIOCHE,
MACHAON , esclave scythe.
THAÏS, femme de Machaon.
Vieilles Athéniennes.
L'action se passe à Athènes , dans la maison de
Lisistrata.
A MES LECtEURS.
Je vous dédie ce petit ouvrage, hommes honnêtes qui avez des mœurs, et qui ne croyez pas qu'une plaisanterie , même un peu libre , soit incompatible avec la vertu.
Je vous Toffre aussi , femmes fidèles qui aimez vos maris, et qui préférez les libertés de vos époux aux décens propos de mille amans.
Je vous l'offre encore , jeunes demoiselles , qui ne voyez point d'indécence dans l'amour des papas et des mamans , et qui voulez être mamans à votre tour, pour être bien aimées de vos maris et de vos enfans. C'est à vous aussi que je l'offre , lecteurs aimables, qui ne jouez pas sur le âiot, qui ne cherchez pas des équivoques, et qui ne tourmentez pas une expression pour y trouver ce que l'auteur a cru devoir cacher aux regards modestes.
Je vous l'offre enfin , littérateurs honnêtes et éclairés qui avez examiné ma pièce , qui m'avez donné des avis et non des ordres , qui m'avez su gré d'avoir gazé les tableaux à! Aristophane ^ et qui avez permis la représentation de Lisistrata^ parce que je m'étais contenu dans des bornes que'les plus grands maîtres m'avaient permis de passer.
Je ne vous l'offre pas à vous , femmes galantes ou filles suspectes; vous y trouveriez trop, en public, et trop peu , en particulier.
48o A MES LECTETJ1LS.
Je ne vous TofiBre pas, censeurs sévères, moralistes chagrins, lecteurs scrupuleux, gens de goût que Molière révolte , ni à vous enfin , esprits trop pénétrans , qui ne voyez jamais dans un ouvrage ce que Fauteur y présente , mais toujours ce que vous pensez.
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Ce petit ouvrage m^a valu presque autant d'injures iqae s'il était bon , et' des reproches aussi graves que s'il était d'une grande importance. Quelques journalistes sévères, amis des mœurs, et scrupuleux: jusqu'à la pruderie , l'ont présenté comme un modèle d'indécence et à! immoralité. Ce dernier mot est nouveau; c'est sans doute pour cette raison qu'il a fait une si grande fortune : on l'entend , on le lit partout, et l'on peut dire , à la manière de Figaro , .qu'il fera bientôt le fonds de notre langue. N'importe! il est à la mode, et je m'en servirai sans tirer à conséquences.
Mais ceux qui l'emploient à tous propos devraient bien lui donner une acception fixe , et ne pas le faire constamment synonyme d'indécence , car alors le néologisme serait inutile : je vais tâcher d'en déter^ miner le sens.
Ce qui est indécent n'est pas toujours immoral; et ce qui est immoral n'est pas toujours indécent. Il y a plus, une chose peut être indécente et morale; une chose peut être immorale et décente. La scène de Tartuffe peut paraître indécente, mais sans doute elle est morale , puisque le vice y est démasqué , et dèslors puni. Dans d'autres ouvrages, des hommes aimables séduisent une femme ou une. fille honnête, et n'emploient en la trompant que les expressions les plus chastes et les termes les plus délicats; ces hommes sont décens : je demande s'ils sont moraux.
Voyons maintenant lequel de ces deux reproches