THEATRE. T. IL
a mérité ma Lisistrata. Des femmes s^ennment d'utiè guerre qui les prive de leurs époux depuis plusieurs années. Il n'y a là rien àUmmoraly et nous serions charmés que nos femmes n'eussent jamais d'autres inquiétudes.
Ces femmes emploient toutes les ressources de l'imagination pour faire finir cette guerre , et pour posséder leurs maris. Lisistrata leur propose un moyen : c'est de leur tenir rigueur^ de se refuser à leurs caresses, d'être truelles enfin jusqu'à ce qu'ils aient fait une paix solide et durable. Le projet sourit à ces dames,- et elles s'engagent par serment à l'exécuter. Mérion 9 mari de Lisistrata , instruit de ce complot, le déjoue par un moyen comique; il affecte autant de froideur que sa femme a juré d'en avoir pour lui. Celle-ci se dépite de ne pouvoir signaler sa résistance; l'amour-propre offensé fait oublier le serment : elle devient aussi tendre qu'elle devait être cruelle , et elle finit par demander un seul baiser au mari qui la quitte et à qui elle devait le refuser. Je demande ce qu'il y a Si immoral dans cette fable ?
n faut que ces femmes aiment bien leurs maris , puisqu'elles emploient les moyens même les plus bizarres pour les retenir près d'elles. Il faut que ces femmes soient bien fidelles , car, si des amans les eussent consolées des ennuis de l'absence , elles seraient moins empressées à redemander leurs époux. O mes concitoyens! je vous souhaite à tous des femmes pareilles; et Dieu vous préserve de ces prudes qui crient sans cesse à l'indécence et au scandale ! Les dragons de vertu ne sont pas toujours des modèles de moraUié,
Préfacé. ^jÔJ
Le Jibnds n^étant point immoral y voyons si Texpres^ ^ioh en est indécente.
Je porte le défi aux censeurs scrupuleux de trouver dans toute cette pièce une seule expression, un seul mot qui puisse offenser la pudeur. Il n'y est question littéralement que d'un embrassement , d'un baiser. Je sais qu'une imagination libertine va toujours audelà de l'expression; je sais qu'on se plaît à soulever le voile de la décence : maïs suis-je coupable de l'extension que vous donnez à ma pensée , et quel ouvragé de théâtre pourrait résister aux commentaires d'une réflexion maligne?
Si Usistraia vous choque , que dire^-vous du J^r^ ^ffe, de V École des Femmes , de Georges Dandih , du Médecin malgré hd^ dés Facancès des Procureurs , de la Femme juge et partie , et de cent pièces du Théâtre finançais?
Que direz-vous A' Amphitryon? C'est là que le fonds doit vous paraître immoral; il ne s'agit pas seulement dans cette comédie d'un mari trompé , ce que Molière nomme en un seiil mot, mais d'un mari qui Test autant que faire se peut; images et expressions indécentes , tout s'y trouve.
Proscrirez-vous à l'Opéra -Comique ce que vous permettez au Théâtre -Français? Des femmes qui désirent leurs maris vous révoltent, et vous voulez bien voir des maris qui désirent les femmes des autres. Et si j'avais placé dans LisistralalA scène de Sosie et de Cléanthis, auriez- vous sifflé au Théâtre Feydeau , ce que vous applaudissez au Théâtre de la République? Je vous demande maintenant s'il y a dans Usislraia une seule expression, une seule image, semai.
blables à celles des comédies que je viens de citer.
Mais ces pièces sont bonnes , direz-vous , et la mienne est mauvaise. H serait plaisant de soutenir qu'un ouvrage faible et médiocre fût plus dangereux, plus séduisant, et fît plus d'impression qu'un chefd'œuvre.
Excusez-vous les comédies immorales et indécentes, par cela seul qu'elles sont anciennes? Ce serait an raisonnement bien futile. L'effet que produit une pièce de théâtre , ne dépend-il pas de sa représentation? li'impression qu'elle fait ne se renouvelle-t-elle pas chaque fois qu'on la joue? Si elle est dangereuse, si elle est indécente , ira~t-on consulter sa date pour savoir si l'on doit en rougir? Si mon ouvrage se jouait à la Comédie française, il serait assez comique de voir des prudes s'y offenser des indécences qu'elles y devinent , et rire ensuite de bon cœur à une autre pièce où les indécences seraient à découvert.
Quelques ennemis dit drame ne cessent de. crier: faites-nous rire; et bientôt, moralistes hypocrites^ ils crient à l'indécence et à l'immoralité , quand il n^y a rien d'indécent que dans leur imagination.
Je le répète, Usistrata ne passe pas les limites que ThaUe trace à la gaieté; elle se tient même loin des frontières qu'occupent tant d'autres auteurs comiques. La jeune fille qui ne sait rien ^ n'y apprendra rien; la jeune fille instruite qui a des mœurs, n'y verra que ce que j'y ai montré; la jeune fille sans mœurs n'y verra jamais tout ce qu'elle voudrait y voir.
Cette bagatelle ne méritait ni une discussion .sérieuse , ni un ordre de suspension , ni le courroux de ceux qui ont lu Molière.
LISISTRATAy
OU
LES ATHÉNIENNEÏS,
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