‹ Œuvres de F.-B. Hoffmann (volume 2)Chapitre 257 sur 269 · MELITE · texte numérisé non relu

MELITE

AIR : Femmes , voulez-vous éprouver.

Quand mon époux s^est arraché Des lieux que charmait sa constance , Mon faible cœur n'a point caché Combien il redoutait Tabsence.

Hélas ! à ces tristes instans J'ai pleuré , qu'il vous en souvienne.... Mais s'il tarde encor quelque temps....

LISISTRATA.

Eh bien?... Achevez donc... Ah! j'entends. Vous aurez peur qu'il ne revienne.

Allons , ma chère Carite , achevez de fixer notre

opinion.

CARITE

Eh ! ma tante , de quoi peut-on jurer en ce monde? Les dieux même conspirent contre nous. Quand l'Hymen prêche, l'Amoiur chante. Diane veut qu'on repousse les amans, Vénus veut qu'on les écoi\te. Les montagnes, les forêts, les jardins ont des dieux redoutables à rinnocence. Neptune sort des eaux , Platon quitte le Tartare pour nous séduire.... Comment peut-on exiger tant de force d'une faible femme qui a contre elle le ciel , la terre , les mers et les enfers?

AIR : Quand le bien—aimé reviendra.

Quand mon cher époux reviendra , Je jurerai d'être fidèle ;

Nul amant ne m^approckera, J'en fais le serment à Cybèle.

300 LISISTRATA ,

Mab je sonpire , Mais je désire ; Hélas! hélas!

Et le méchant ne revient pas.

LISISTRAT.V.

Et VOUS, raisonnable Âstioche?

ASTIOCHE.

AIR : De la Marmoie,

Tont comme à vous, pins d^on amant

Me parle de tendresse , Tont comme vons j'ai constamment

Econté la sagesse; Bfais quoique votre fermeté N'égale pas la mienne.

Il £iat , poor pins de sâreté , Qoe mon époux revienne.

LISISTRATA.

n parait que les vœux sont unanimes. Je vais donc vous exposer mes moyens d'exécution. Nos maris viennent de s'accorder une trêve de quelques jomx Nous reverrons aujourd'hui ces chers objets de nos sollicitudes. Depuis long-temps éloignés des femmes, ils aimeront même les leurs. Au retour d'un long voyage , un mari est presque un amant. C'est ici que notre art doit triompher; c'est ici qu'il faut du courage. Ecoutez-moi : si vous cédez à leurs transports, vous êtes perdues. Bientôt ils vous traiteront en épouses; ib s'arracheront de vos bras, et recontmenceront cette guerre cruelle qui nous les enlèvera pour des années, et peut-être pour toujours. Profite! donc du désir qui les ramène; résistea-Ieur, mesdames, résistez; voyez sans pitié leurs larmes, écoutez saqs effiroi leurs menaces ; dites-leur qu'un serment

COMEDIE. 5oi

redoutable vous fait une loi de votre refiis , et lorsqu'ib seront au dése^oir, envoyez-les tous vers moi.

ASTIOGHE.

Comment?

LISISTRATA.

Je leur signifierai qu'ils ne retrouveront des épouses tendres et obéissantes , que quand ils auront fait une paix solide et durable.

SPIO.

C'est fort, mais c'est beau.

ASTIOGHE.

Doucement. Consultons nos forces, et ne promettons que ce que nous sommes en état de tenir.

LISISTRATA.

Qu'osez-vous dire , Âstioche ? Seriez-vous assez faible pour nous trahir?

ASTIOGHE.

Je suis tendre et fidelle.

LISISTRATA.

Eh bien! pourriez-vous préférer le bonheur d'un moment, au bonheur de la vie?

ASTIOGHE.

Vous avez raison , je me résigne.

Et VOUS, Carite?

CARITE

J'y ferai mon possible.

LISISTRATA.

Votre possible ?

CARITE

Ma tante , écoutezi-moi. :

5o2 LISISTRATA ,

AIR : Je croyais pouooir en tous liemx (des Salnncs).

«Tal pa , fidelle à mon dcToir, Repousser Tamant le plus tendre ; Sans m^attendrir j'ai pu le toît, Sans Fëcouter j^aî pu rentendre :

Maïs c'est un éponx qa^à mon cceur Va rendre enfin le ciel prospère....

Faut-il refuser le bonheur ) *.

Quand depuis deux ans je Tespère ? )

LISISTRATA.

Jeune impradente , si la gaerre recommeiice , ton mari peut-être va périr....

CARlTf.

Ma tante , n'achevez pas; je me résigne.

Et VOUS, mesdaipes?

CARITE

Eh! qui de nous pourrait se refuser à une mesure

aussi sage que nécessaire! c'est perdre pour gagner,

c'est attendre pour posséder, c'est refuser pour tout

avoir.

SPIO.

Nous sommes persuadées.

CARITE

Nous sommes convaincues.

ASTIOCHE.

Nous donnerons l'exemple.

CYANE.

Nous vous imiterons.

LISISTRATA.

Vous direz non, jusqu'à la paix?

COMEDIE. 5o3

TOUTES

Nous dirons , non. -

CHOXUR.

AIR : C*est bien fort pour nous.

C'est bien fort pour nous !

Mais qu'il sera doux De dire à nos époux : Çà , plus de courroux !

Guerriers trop jaloux , Suspendez vos coups ; Quand vous aurez donné la paix à tous, Nous serons à vous.

LTSISTRATA.

Nous avons juré de garder le secret. Le serment que nous allons faire est bien d'une autre importance; jurons sur cet autel, de résister aux menaces, aux. caresses , aux larmes même de nos maris , jusqu'à ce qu'ils aient signé une paix solide et durable. C'est par Junon que nous allons jurer, par Junon protectrice du mariage , par la terrible Junon , qui perça les yeux du devin Tirésias qui l'avait offensée, et qui percera les vôtres , si vous êtes parjures.

KlKi De Vhymne de la saint Jean»

Non , sainte Junon ,

Non, .Qui jure par ton

Nom Ne trompe jamais ;

Mais, Si pourtant mon serment

Ment, Punis mon forfait ,

5o4 LISISTRATA ,

Et

Pour percer mes deux

Yeux, * Tiens tous tes Traits Prêts.

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