‹ Œuvres de F.-B. Hoffmann (volume 2)Chapitre 261 sur 269 · SCÈNE VIL MACHAON, thaïs · texte numérisé non relu

SCÈNE VIL MACHAON, thaïs

KACHAON.

Viens m' aider à enlever tout cela.

THAÏS

Elles sont parties?

MACHAON

Je voudrais bien savoir ce qu'elles ont machiné ici. Il faut qu'il soit question de l'honneur du corps, pour avoir mis tant d'importance.

COMKDIE. Soy

thaïs.

Âh ! tu le sauras bientôt.

MACHAON

Sans cloute, elles ont juré de ne rien dire. Je croîs qu'il s'agit d'une conspiration. Il serait plaisant que, dans l'absence de leurs maris, les femmes eussent voulu s'emparer du gouvernement.

thaïs.

Les choses n'en iraient pas plus mal. Mais il ne s'agit pas de cela.

Le saurais-tu ?

Je le sais.

Comment?

En écoutant.

MACHAON

thaïs.

MACHAON

THAÏS

MACHAON

Tu as osé écouter?

THAÏS

Elles avaient juré de ne rien dire, mais j'avais juré de tout savoir; ainsi il fallait bien écouter.

MACHAON

Ah ! c'est juste. Eh bien !

thaïs.

Elles veulent forcer leurs maris à nous donner la paix.

MACHAON

Les femmes veulent la paix? dis-moi donc cela, ma petite; cela est curieux.

thaïs

Et pour y parvenir, elles ont juré d'être cruelles avec leiurs maris. /

5o8 LISISTRATA ,

MACHAON

Elles ont juré d'être cmeiles? {Il prend la coupe.) moi , cent fois , j'ai juré de ne plus boire. {Il boit)

thaïs.

Avec les hommes d'à présent, ces sermens-là ne risquent rien. Les maris d'aujourd'hui nous laissent fort en repos.

MACHAON

Les maris d'aujourd'hui! ceux d'autrefois valaientils mieux?

THAÏS

On le dit, du moins. Nous n^avons plus de Thésée,

de Pirithous....

* MACHAON

Tu ne nommes pas le plus fameux. Et tu crob que les maris d'à présent sont moins

thaïs.

Je le sais4)ien, peut-être.

Un homme , lorsqu'il est amant , Noos entretient à tout moment Et de plaisirs et de tendresse ; Est-il époux? quel changement!

Alors il prêche éloqaemment La modestie et la sagesse.

MACHAON

Va , ma fenmie , il n'y a rien de nouveau sons le soleil. N'envions pas le temps passé, nous valons bien nos grands-pères. Ecoute la chanson de Callimaque , elle te prouvera que ce qu'on perd d'un côté , on te gagne de l'autre.

thaïs.

Eh bien! qu'est-ce que dit ton Callimaque?

COMEDIE. 5o9

MACHAON

jtTR NOUVJEJiU^

Nos bons aïeux, dans leurs couplets, Se plaignaient souvent des cruelles ; Aujourd'hui nos vers indiscrets .

N'accusent que des infidelles.

Amis , n'en soyons pas jaloux , Notre sort, je crois , n'est pas pire ; Car ce qu'ils faisaient mieux que nous , Nous savons beaucoup mieux le dire.

thaïs.

Oh ! c'est bien dit cela.

MACHAON

Laissons nos aïeux se vanter ■ De leur vigueur, de leur souplesse ; Nous pouvons au moins nous flatter De mieux connaître la sagesse :

Si nous avons plus faibles corps , Notre âme est de meilleure étoffe ; Depuis que les hommes sont morts, Tout ce qui vit est philosophe.

thaïs.

Oh! il a bien raison, depuis que les hommes sont si savans , ils ne valent plus rien du tout.

MACHAON

Mais en revanche nous avons des Pythagoriciens , des Stoïciens, des Phyrhoniens, des Péripatéticîens.

thaïs.

Et des musiciens.

machaon:

Et chacun voudrait nous mener à sa manière , lorsqu'ils ne savent pas seulement élever leurs enfans ; mais je ne cesserai de leur dire :

5l2 LISISTRATA,

DARÈS

Tu te refuses à mes embrassemens?

CARITE

n m^est défendu d'embrasser.

DARÈS

Et? qui t'en empêche?

CARITE

Les dieux.

DARÈS

Qu^est-ce que les dieux ont à démêler ici?

CARITE

Si je t'embrasse , Junon me percera les yeux, et je ne pourrai plus te voir.

DARÈS

Junon ! les dieux! As-tu perdu la raison?

CARITE

Non , puisque je résiste.

DARÈS

Tu me désespères.

Je me désespère aussi.

DARÈS

Sais-tu ce qu'il 'm'en coûte pour me contenir?

CARITE

Sais-tu ce qu'il m'en coûte pour résister?

DARÈS

AIR : N*en demande pas davantage.

Si je ne pois toat obtenir , Carite , hélas ! sois moins sauvage ,

€OM£DI£: 5 1 à

Et que d'un heureux aVenir Un baiser du moins soit le gage;

CÂRITEi

Je le i^udrais bien ^ Mais tu n'auras rien....

N'en demande pas davantage. ( his. )

DARÊS.

Quoi! tu me repousses, moi, ton époux?

CARlTEi J'ai juré de repousser.

DABÈS.

Mais qui t'a fait jurer?

GARITË.

Matante;

DARÈS

Qui pourra in' expliquer

GARITEi Ma tante , ma tante , ma tante.

DARÈS

Maudite tante! C'en est donc fait, il faut ^ué je te quitte... Cruelle , cruelle!

CARITE

Ah! c'est bien vrai, cruelle pour moi; mais, mort ami;...

AIR : Si vous saviez comment jrwn père.

Au lieu dé vouloir me contraindre

A rompre un funeste serment ,

ïu devrais bien plutôt me plaindre...;

DARÈS

Vous êtes à plaûldre vraiment l

TdBATBB. T. n^ 39

5 1 4 LISISTRA t A i

CARITE

Ah ! je sais bien que je m^abnse , Temps passé n'est jamais renda :

Et quand une femme refose , ) , .

Cest toujours autant de pexifiu. (i) '

DARÈS

Pourquoi donc fais-ta la cruelle?

. CARFTE.

J'ai juré, te dis-je.

DARÈS

Tu as fait une sottise.

CARITE

Je le sais bien, mab je ne serai pas parjure.

DARÈS

Et moi , que vais- je devenir ! dans l'excès de mod amour, que vais-je faire?

CARITE

Allez trouver ma tante.

DARÈS

. C'est très-agréable.

CARITE

Tous les maris iront chez elle.

(i) Qa*eft-c« que demmée Darès f an liauèr. Il Ta ^ èms le couplet précédent. Qii*e8t-oe que Caiite lai refate? on baiser* De ^ est-il réellement question? d*nn embrassement^ d*«n baiser. Je n'ai dit qae cela , tant pu poar tous si votre imagination est plus ind^ cente qae ma plame. Un mari, de retour d^an long voyage, a-t-il le droit d^embraaser sa femme , même snr le théâtre ? J*ai donc ya 1< dire : yoyes^y ce qae j*y mets , et non ce qne tous Tonlez y voir.

Le pablic a ri et applaudi; il a (ait répéter ce couplet, mais h fcropaleaz ont crié an scandale. En songeant an baiser iU frisaient ob yerbe d'un substantif, fuite que je n*ai faîte nulle part

tOM£JDI& Slâ

ï* ^c ferâ-t-efie «fe tous te$ gèm4kt

CARrtE.

Elle leur dira ïe secret.

DAHÈS.

Voilà une terrible tante.

CARIT£, pl«araiat.

Tiens , Cela me fait plus de peine qa^i, i(A%

DAK&S.

AlR : fout comme afità mu taèH.

£h ! quoi donc , liia chère Carite , Tu yeux me traiter sans pitié ?

CAllITB.

Jfe te dois , et si je t'évite > C'est te provrer mon amili&

DÂRÈS.

Belle amitié!

Vois , vois , vois ton amant....

CA&lTE.

Mais , mais , mats mon serment...^ Je ferai, quoîqu^il me toûritieiite.^ Ce que fera.... ma ^aate.

DAigËS.

Chère Carite, donne M méins cette maih en sigdé

d^amitié.

CARITE

Prends-la donc , car. je ne la dontiètai ^.

DARÈS

Et le bras, tu n'as pas juré de me le refiiser...

CAAIT£»

Je ne m'en souviens pa».

5l6 LISISTRATA,

DABÈS.

Et ce cœur, as-ta fait serment de le reprendre 1

GARITE.

Non , car je n^ai pas juré de bon cœur.

DARËS.

Et ces yeux, où Tamour brille malgré toi ?....

CARITE

Ce n^est pas de ma faute , je fais ce que je peux pour les faire taire.

DARÈS

Et cette bouche charmante!...

CARITE

C'est elle qui a juré.

DARÈS

n faut l'en punir. ( // veut lui do/mer un baiser,)

GARITE , en s'éloignant.

Âh ! je suis perdue 1

DARÈS

Tu me fois encore !

CARITE

Il était temps.

DARÈS

Viens dans mes bras.

CARITE

Allez trouver ma tante.

DARÈS

Je meurs d'amour.

CARITE

Allez trouver ma tante.

DARÈs!

Non, mais je vais trouver son mari. Le général saura mettre ta tante à la raison. Nous verrons si après avoir vaincu les Spartiates, il nous faut encore faire la guerre avec nos femmes.

CAKITE.

Ne faites pas la guerre , faites la paix.

DARÈS

Que veux-tu dire?

Ecoute , cher ami. On m'a défendu de te révéler

le secret; mais faites la paix, tu m'entends, faites

la paix , et tout s'arrangera.

DARÈS

La paix!

CARITE

Devine donc , car je ne dirai rien.

DARÈS

Âh ! je crois entendre. Complot de femmes !

CARITE

Oui.

DARÈS

Pour nous forcer k faire... .

CARITE

Oui.

DARÈS

Et VOUS avez juré de tie pas

CARITE

Ouï.

DARÈS

Et vous êtes fâchées d'avoir juré ?

Oh ! oui.

DARÈS

Votre serment sera rompu , et nous

CARITE

Oh! oui.

DARÈS

Attends-moi, attends.

CAUTE.

Ecoute encore.

AIR de âottst d*Aimiât.

Oui Y pvS) maisraricns^tlei Tiens nous rendre la paix ; Tiens consoler Cuite Des manx qaVIle t^a fâils.

Ta sais combien je t aune; Et si j'ai résisté , Ami , pins qn'à toi-même Le refiis m'a coûté.

Hélas ! si j'ai pa feindre ,, N'accuse pas mon coeof ; On est assez à plajndre Qnapd on foii le boi^ew«L

BARÈS.

Oui y ma chère , at|ends ^ Dana peu, 4'Uist9p& ^ Je reviendrai^ JPaccoorerai^ Te feverrai ^

Te troïKrQim IldeUe et tendre v Bientôt vos époux A vos genoux De vos sermens Trop impnidena.

Tous puniront ^ Tous forceront A les entendre* Le général m'écoutera , Les relielles il punira , Aux faibles il pardonnera i Votre serment se trahira, Et le parjure vous plaira.

M^îs ton époux t'excusera «

COMEÛIE. 5 1 9

A tes genoux il tonibera y  ta yoix il se calmera , Tout ton chagrin s^apaisera :

Un baiser me consolera...*

{Reprise de l'air, en duo») Garite. Pares.

Oai, pars, mais reviens yîte, Je pan et reviens vîte,

Viens noas rendre la paix ; Pour combler tes sonhaits;

Viens consoler Garite Ponr consoler Garite

Des mauiE qu^elle t*a faiïs. £t nous rendre la paix.

Tu sais combien je t'aime, Je jais que ton cœur m'aime,

£t si j'ai résisté , £t s'il m'a résisté ,

Ami , plus qu'à toi-m4mc Presqu'atitant qu*à moi-même

Le refus m'a coâté. Le refus t'a coûté.

Hélas ! si j'ai pu feindre , Non, non, je n'ai pu craindre.

N'accuse pas mon cœur: Je connais trop ton cœur :

Od est assez à plaindre II fut assez à plaindre

Quand on fuit le bonheur. En fuyant le bonbeur.

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