SCÈNE XIV
LISISTR ATA , MÉRION et DARÈS.
(Mérionfcdi signe à Darès qui sort. Il s'approche 4e Ldsistrata, la salue avec respect,, et va s* asseoir loin 4' elle, en soupirant, )
LISISTRATA, à part
Quel accueil ! il m'a vue , et n'a pas volé dans mes bras !...
MÉRION^ soopîrant.
Ah!
LISISTRATA.
Seigneur, c'est ainsi que vous revoyez votre épouse !
Hélas! (i)
USISTRATA.
Auriez-vous éprouvé quelque revers?
MÉRION.
Non.
LISISTRATA.
On dit que vous avez remporté la plus belle vic-t toire.
(i) Les helas de Me'rîon ont para iodécens. Ils peuTÇDt êlre de mau- T>b goût , mais certalnemeat ils u'oqt rien d*indécei^l qvf dan» PimalinaUoQ des scrvpqlenx. Ils sont expliqués par ce qui suit, et il ne faut pas condamner «ans entendre. Je n^aurais jamais cru que ces hélai fussent do ressort de la police.
524 LISISTRATA ,
MÉRION.
Je suis vainqueur; hélas !
LISISTRATA.
Vous avez forcé les ennemis à demander une trêve.
MÉRION.
Oui.
LISISTRATA.
Et quand cette trêve vous pennet de revoir une épouse fidèle , vous l'abordez avec froideur, et ne daignez pas seulement la regarder.
O ma chère Lisistrata, ne m'interrogez point
n'approchez pas de moi Oh! hélas! hélas!
LISISTRATA.
Vous me direz au moins ce que cela signifie.
MÉRION.
Je vous le dirai mais cachez -moi votre douleur
et vos charmes ik me rendraient parjure
LISISTRATA.
Parjure !
MÉRION.
Ecoutez et plaignez-moi. La calomj[iie , qui s'attache toujours à noircir les vertus, a présenté votre époux comme un traître , qui était d'inteUigenceavec les ennemis de l'Etat..*..
LISISTRATA.
Est-il possible ?
MÉRION.
On a répandu dans le camp que je m'étais laisse
corrompre , et que je voulais forcer Athènes à faire
une paix honteuse.
LISISTRATA.
Y a-t-il de la honte à faire la paix?
Mais j'ai assemblé aos guerriers , et pour leur donner un gage d'honneur et de loyauté, j'ai juré que je ne me livrerais à aueuh repos, que je ne goûterais aucun plaisir, et que je n'approcherais pas des objets qui me sont les plus chers , tant que Sparte ne serait pas détruite.
LISISÏRATA.
Peut-on faire un serment pareil ?
MÉRION.
Je n'en sais rien ; mais quand on l'a fait , il faut le tenir.
LISISTRATA.
Vous avez juré...
MERION.
De ne point approcher de vousl.
LISISTRATA.
Mais peut-on faire un serment pareil?
MÉR[ON,
Je ne suis entré chez moi que pour vous enins-* truire; adieu!
LISISTRATA.
Vous me quittez ?
MÉRION.
Il le faut, ma chère; le soleil ne tardera pas à se cacher dans l'onde; et si je passais la nuit chez vous on n'hésiterait pas à me croire parjure.
Mais , encore une fois , peut-on faire un serment pareil?
526 LISISTRÀTÀ ,
MÉlÔbK
Il m'afflige autant que toi.
LISISIUATA.
Non , tu ne saurais croise coiabien il me tôûifmente^
MÉRION.
II faut s'y soumettre.
LISISTRATA» à pàrt«
Comme cela dérange mes projets!
AIR : On doit soixante mille francs^
Ëh quoi! vous allez tue laisser Sans même youloir m^embrasser !
C'est ce qui me désole.
MERION, s*approchaaté
Un baiser me plairait vraiment..*
{En s'écartani.)
Mais non, je garde mon serment^
C'est ce quitne console. (èis^')
lisIstratâ;
Même air*
Mais, mon aiîii , qui le saura?
Personne ici ne nous verra i Qu'un baiser me console^ (bis.)
MÉRION , tendrement
Je voudrais voler dans tes bras..<
(Fortement.)
Mais un g^éral ne doit pas
Manquer à sa parole. (bis.)
LISISTRATA.
Autrefois j'avais plus d'empire sur vous.
XIR : Quand j'étais dans mon jeune âge.
Quand j'étais dans mon jeune âge , Aurais-tu fait ce serment?
Ayant notre mariage Tu m'aimais bien autrement !
Depuis , contre la tendresse , Ton cœur s'est bien aguerri...
J'étais alors ta maîtresse :
Tu n'es plus que mon mari.
MÉRION.
Mais, ma chère, sois donc raisonnable; sais-tu où m'entraîne ta séduction ?
USÏSTRATA, vivement.
Oui.
MÉRIOIS.
AIR des Pendus.
Hélas! q[u'il est cruel, hélas!
De résister à tant d'appas !
LISrSTRATÂ.
Va , le serment n'est qu'un parjure ,
S'il est contraire à la nature ;
Ne crains pas le courroux des dieux...
MÉKION.
Eh bien ! reçois donc«.. mes adieux.
LISISTRATA.
Vos adieux! non je ne les reçois point. Ingrat, tu tae quittes... tu retournes au camp sans embrasser ton épouse. O ciel ! quelle honte pour moi ! Toutes les Athéniennes vont retrQuver leurs maris, et moi j'ai un mari qui ne veut pas retrouver sa femme. As-tu juré de me faire mourir ?
AIR : Quel désespoir.
Pour un baiser G*ains^tu de p^adttre coupable f
528 LISISTRATA ,
Uo seul baiser Peut'il jamais se refuser ?
M£aiON.
Hélas ! comment oser ?
«Fai fait un serment redoutable.
LISISTRATA.
Ami , tu peux oser.
L'amour fera tout excuser.
USISTRATA. ^ MBBIOH.
Pour UD baiser Pour t*apaiscr
Grains'tn de paraître coupable ? De tout mon cœor se sent capable.
Un seul baiser , Mais un baiser ^
Ingrat, peoi-tn le refuser? Non , non , je crains di^en abuser.
LISISTRATA.
Mon ami , ne sois pas insensible j mon cœur est déchiré, mon espoir déçu, mon orgueil humilié; vois ton épouse à tes pieds, ne Taccable pas de ton indifférence.
MÉRION.
Tu le veux , f y consens... Dieux et déesses, fermez les yeux. ( // l'embrasse. )