SCÈNE III
JENNI, MELFONT.
MELFONT.
Jenni, faites un moment trêve à vos douleurs: répondez-moi; vous reste-t-il quelques moyens de suspendre , de retarder la fatale exécution ?
* JENNI
Ah, dieu! que demandez-vous? j'ai tout employé; je n'ai trouvé que des cœurs de fer.
MELFONT.
Ne vous rebutez pas, Jenni, ne vous rebutez pas; qae la nuit ne vous effraie point : allez vous jeter aux pieds de vos bourreaux; faites tout au monde^pou^
54 LE BRIGAN0,
retarder le supplice ; si vous pouvez le faire différer d'un jour, de quelques heures , votre mari est sauvé.
JENNI
Que dites-vous? je puis espérer!.,..
MELFONT.
Une grande révolution se prépare; nos malheurs touchent à leur terme : démain Fhumanité sera vengée , et le jour éclairera le supplice de nos persecuteurs.
JENNI
Malheureuse que je suis! alors mon mari aura cessé
de vivre.
MELFONT.
C'est pourquoi il faut vous hâter; votre douleur,
votre vertu, vos charmes mêmes peuvent vous prêter
bien de l'éloquence; faites tout, vous dis-je, pour
retarder le supplice : qu'il serait affreux de périr au
moment où l'on va sortir de l'oppression !
JENNI
Mais sur quoi fondez-vous votre espoir?
MELFONT.
Le temps est cher, Jenni; je ne puis tout vous expliquer, mais demain l'explosion sera terrible; le peuple et les soldats ne feront qu'un, et l'infâme Kirk recevra le châtiment dû à ses forfaits. Il sera trahi , comme il a trahi les lois et la nature ; mais si l'exécution ne se diffère pas, tout est perdu! faites différer, faites retarder ; un moment est d'un grand prix dans ces circonstances ! je vous le répète encore, priez, pressez, humiliez -vous, s'il le faut, devant l'affreuse idole ; mais ne négligez rien pour reculer le malheur qui nous menace. Adieu, je vous laisse ; nos
amis m'attendent : songez à Villiam ; nous songerons k vous tous , et nous mourrons pour vous sHl le fa ( // sori éi ferme la porte, )