SCÈNE II
VILUAM, JENNI.
JENNL
Mon ami , a\vez-vous entendu cette nuit du bruit dans la forêt?
VILLIAM.
Que veux-tu d^re , ma chère ?
JENNI
Je ne sais si c'est l'effet d'une imagination frappée par la terreur ; mais il m'a semblé entendre un bruit d'aripes, des cris efifrayans, et les gémissemens de quelques malheureux.
VILLIAM.
Je les ai entendus comme toi, ma Jenni; mais je te croyais plongée dans le sommeil....
JENNI
Nos persécuteurs nous auraient-ils découverts.?
YILLIAM.
Eh! qael asile peut échapper an crime? ah! Jennî;
rhonnéte homme se laisse aveugler. Les méchans ont
des yeux de lynx.
JENNI
Âh, dieux! s'ils allaient vous reconnaître! s'ils sa** vaient que , caché sous cet habit , vous n^avez fui la capitale que pour échapper à leur fureur, que deviendrais-je?
VILLTAM.
n faut s'attendre atout, ma chère; quand le crime règne , il est plus sûr de se confier au hasard qu'à l'humanité des hommes.
JENNI
Permettez-moi de vous dire que vous ne dissimules point assez; votre fierté, votre courage, votre proi^ité sévère ,^ sont la marque à laquelle les méchans vous connaîtront : vous le savez , la vertu est un titre pour aller à l'échafaud.
VILLIAM.
Eh! que veux-tu qoe je fasse? faut-il que f encense l'afËreuse idole? faut-9 que je flatte nos bourreaux? que je parle leur langage? que je serve leur furent? plutôt mourir. La misère, l'exil, les peines ne soift rien; mais être obligé d'applaudir au crime, c'est un tourment que l'enfer même n'a point inventé. ^
Contraignez -V0U9 ai» Hioins; gardez le silence. Si ces tigres pénètrent jusqu'à nous , n'allez pas les irriter.. Conservez- vous pour moi, conservez votre épouse;
car si je vous perds, vous savez que je ne puis plus vivre. Espérons, mon ami, espérons : il est si doux d^espérer ! Le règne des brigands passera; eux-mêmes ils travaillent à leur ruine : l'excès des maux doit en être le remède, et le ciel ne tardera pas à faire éclater sa vengeance.
VILLIAM.
Le ciel ! sa vengeance est bien lente !
^ JENNI
Soyez prudent , je vous conjure ; promettez-lemoi.
VILLIAM.
Rassure-toi; je te promets de ne point m'exposer,
JENNI
Laissez-moi faire; ne vous mêlez de rien. Je crains votre caractère; je ferai plus pour vous que vous ne feriez vous-même : la crainte de vous perdre me rendra plus ingénieuse à tromper nos t}rrans.
jtIR.
Qier époux , vaille sur tes jours ;
Conserve-les pour ton amie :
Eh ! que feraîs-je de la vie
Si je te perdais pour toujours?
Ton amour calme mes alarmes ; {bis. )
Si le mien a pour toi des charmes ,
Rien n'est encor perdu pour nous.
Quand je console mon époux ,
Quand je puis essuyer ses larmes, ^ (h' \
Mon sort est encore assez doux. )
Conserve-toi pour ton amie ; Cher époux , veille sur tes jours :
Eh I que ferais-je de la vie Si je te perdais pour toujouift?
JSIfSJEJtrSZE.
O Dieu ! soutiens notre coarage ; De nos jours obscurcis ranime le flambeau; Ou si de nos tyrans nous éprouvons la rage , Fais que nous reposions dans le même tombeau.