JENNI, KIRK
KIBK.
Je vous effraie, madame ; vous voyez avec horreur celui qui vous apporte l'espérance et la vie !
JENNI
Quoi! seigneur, serait-il vrai? série z-vous sensible
à mon malheur?
KIRK
.Je ne suis sensible qu'à vos charmes. Si je n'obtiens Jenni, périsse tout ce qui m'environne! amour et fureur ne sont qu'une même chose , si mon espoir
est trompé,
JENNI
Ah!
KIRK
Femme obstinée, choisis, choisis ce que je t'offre, la grâce ou la mort. Un mot va tout changer; parle , ton époux est libre ; qu'il s'éloigne , qu'il emporte des
richesses, que Jenni me récompense Un mot de
vous, un mot, et j'arrête le glaive prêt aie frapper«
Répondez ouï ou non. Répondez, le temps fuit le
moment approche; bientôt il ne sera plus temps.
JENNI , avec force.
Non!
KIRK
Et vous osez le prononcer ce non? vous osez!
me connaissez -vous bien? espérez-vous me fléchir sans m^obéir?
JENNI
Oui, j'espère encore vous fléchir. Sans cet espoir qui me soutient , vous n^auriez plus revu la malheureuse Jenni. Eh bien! puisque vous ne me parlez qu'au nom de ce funeste amour que je vous inspire ; s'il est vrai que vous m'aimiez, accordez moi seulement une consolation faible, et qui dépend de vous: différez , je vous en conjure , retardez de quelques momens la fatale exécution ; que je voie encore un jour, quelques heures , celui que je vais quitter pour
jamais !...,
KIBK.
Retarder! différer! voulez-vous que j'attende qu'on ourdisse quelque trame, qu'il éclate un soulèvement, qu'on' m'âurraché mes victimes? Ne l'a-t-on pas déjà tenté? Non, point de. retard ; j'ai même avancé l'heure du supplice , et nous n'attendrons pas l'aurore pour nous venger.
JENNI
Ah ! tout est fini... plus d'espoir : mourons !
KIRK
L'amour, Jenni , l'amour ! à ce prix , tout est réparé; hâtez -vous, prononcez : un oui va rendre te bonheur à tout ce qui vous environne.
JENNI
Pour la dernière fois, je tombe à tes genoux. Tigre, sois donc sensible à Fétat déplorable où tu m'as réduite, et n'exige point d'amour d'un cœur que la
douleur déchire.
KIRK
Qu'elle est belle! parlez , parlez; mais je n'écoute
rien de ce qui trompe mon attente.
JENNI
Différez , je vous en conjure.
KIRK
Non.
JENNI
Un jour, une heure , un moment^ par pitié.
KIRK
Non.
JENNI
Il faut donc que j'expire à vos pieds !
KIRK, avec foreur.
Acceptez , vous dis-je ; je vous le dis pour la dernière fois.
JENNI, se relève.
Va, monstre, je ne me pardonnerai jamais la honte dont je viens de me couvrir en m'humiliant devant toi. Va , bourreau , bois le sang de tes victimes , rassasie tes yeux de cet horrible spectacle ' je t'abhorre, je t'exècre.... voilà les derniers mots qui sortiront de ma bouche.
(Elle s'assied ai^ec le calme du désespoir, et garde un morne silence pendant toute la scène qui suit.)
KIRK, avant )'»r.
Jenni, Jenni!....
AIR
Cet air est une espèce de duo dans lequd Vorchestre répond et
parie pour Jenni,
Haine, foreur, vengeance,
Je m^abandonne à vous.
Si Jennî n^est en ma puissance , Je veux les exterminer tous.
Répondez , rompez le silence , Redoutez mon affreux courroux ; Un mot suspendra ma vengeance, Un mot vous rendra votre éponxr^ Répondez.... funeste silence !
Haine , fureur , vengeance ,
Je m^abandonne à vous.
Elle se tait; femme cruelle!
Oest toi qui lui donnes la mort , Parle.... eh bien donc ! sois-lui fidelle. Partage son malheureux sort.
Soldats.... mais non ; je vous supplie , Jenni , je tombe à vos genoux.
L'amour a calmé ma furie , L'amour vous rendra votre époux.
Répondez.... funeste silence ! . .«
Haine, fureur, vengeance,
Je m'abandonne à vous ;
Il est en ma puissance ,
Qu'il tombe sous mes coups.
KIRK , après Pair.
Eh bien ! puisque je ne puis rien obtenir, venez donc le voir expirer. Voyez les flambeaux qui éclairent cette place; voyez les apprêts du supplice.... Il n'est plus temps, la mort va servir ma colère.