‹ Œuvres de F.-B. Hoffmann (volume 2)Chapitre 57 sur 269 · SCÈNE XIII · texte numérisé non relu

SCÈNE XIII

ALEXANDRINE, LINVAL.

LINVAL.

Eh bien, ma chère, vos craintes étaietit-elles fondées? Mon oncle se doute-t-il de votre déguisement?

COMÉDIE. 9i

ALEXANDRINS, froidement.

Non, Linval, il ne se doute de rien.... mais c^est une autre crainte c[ui me tourmente bien davantage.

LINVAL.

£h! laquelle?

ALEXANDRINE

Pouvez-vous le demander? méchant! il est donc vrai que tu m'abandonnes !

LINVAL.

Que dites-vous?

ALEXANDRINE

Vous acceptez , vous vous mariez , vous me délaissez, moi qui ai tout sacrifié pour vous. Vous allez bientôt me chasser comme une malheureuse qui n'aura plus à choisir que la mort ou la honte.

LINVAL.

Chère amie, n^en croyez rien, Linval vous aime plus que jamais.

ALEXANDRINE

Mais vous acceptez.

LINVAL.

Il fallait bien calmer mon oncle , un refus l'aurait irrité davantage , et nous aurait rendus plus malheureux.

ALEXANDRINE

n fallait calmer votre oncle? et moi, comment cahnerai-je* la douleur de mon père que j'ai quitté pour vous?

LINVAL.

n me reste encore de l'espoir, j'aurai peut-être le bonheur de déplaire ^ Isabelle.

ALEXANDRINE

Oh! non, vous lui plairez : ceux qui ne savent pas ^imer sont les plus adroits à séduire.

g2 l£ JOCKEI,

LINVAL.

Moi, je ne sais pas aimer?

ALEXANDRINS

Ah! VOUS aimez bien, à votre aise f aimerais

mieox être détestée que d'être aimée comme cela.

LINVAL.

Rends-moi plus de justice. Va ! les chagrins et les inquiétudes n'ont rien diminué de mon amour.

ALEXANDRINS

HOJtfjtNCX,

Non , votre cœur n'est plus le même ; Nos jours de bonheur sont perdus; Lorsque l'amour n'est plus extrême , On est bien près de n'aîmer plus ; Perdre l'amant que l'on adore , Sans doute , c'est un grand tourment ; Mais un tourment plus grand encore , C'est d'en être aimé faiblement.

Linval , rappelle à ta pensée

Ces premiers jours de notre ardeur;

Une main , d'une main pressée ,

Suffisait à notre bonheur :

Cent fois nous disions : « Je t'adore î »

Cent fois , ces mots nous semblaient doux ^

Et ces mots , répétés encore ,

Etaient toujours nouveaux pour nous.

Mais en vain , ta bouche me jure Que tu m'aimes toujours autant ; Elle n'a rien qui me rassure ; Ta voix n'a plus le même accent.

Non , Linval , tu n'es plus le même ,- Mais quels biens nous avons perdus l Souffrance vaut mieux quand on aime ^ ^ Que plaisir quand on n'aime plus^

tOM£Bl£. g3

LINVAL.

Calme-toi, chère amie, je te le jure, Linval n'ai-* mera jamais que toi. Moi t- abandonner ! peux-tu m'en croire capable? Mais parle, que faut- il que je fasse?

ALEXANDRINE

Ce qu'il faut faire? Quitter votre oncle pour moi, comme j'ai quitté mes parens pour vous.

LINVAL.

Eh bien, oui, je vous le promets : mais laissezmoi tenter tout ce qui est possible : attendons encore...

ALEXANPRINE.

J'entends votre oncle....

LINYAL.

Fuyez, fuyez, il vous verrait pleurer.

ALEXANDRINË.

Je me recommande à vous. (Elle sort,)

LINVAL.

Ne crains rien, je suis tout à toi.

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