SCÈNE VIL
VALÈRE , seul.
Des nouvelles d^Ângélique ! et des nouvelles affligeantes! Je tremble en ouvrant cette lettre. (Il Ut.)
« Mon ami , dussé-je vous désespérer, je vous dirai » la vérité tout entière. Deux joiurs après votre duel, » Angélique s'est enfuie de cette ville, sans qu'on ait » pu découvrir la route qu'elle avait prise. Un homme » qui passa pour être votre rival, a disparu en même » temps. Je pouri:ais en dire davantage; mais je me » contenterai de vous faire observer que les femmes » ne méritent pas toutes qu'on se batte pour elles, et » qu'on verse le sang d'un homme pour les venger.»
DORVAL
Ciel ! la perfide ! elle me trahit , çlle m'abandonne ! et j'ai pu m' exposer... que dis-je? je le ferais encore. Quels que soient les torts de celle que l'on aime , on doit punir l'insolent qui Toutrage. Mais, hélas! puis-je douter de sa perfidie? Ah! Dorval est trop mon ami, il est trop bien instruit; il n'a pas même voulu m'apprendre toute l'étendue de mon malheur.
ROMAjrCJE.
Je te perds , fiigitîve Espérance !
L'infidèle a rompu tous nos nœuds.
Pour calmer, s'il se peut, ma souffrance, Oublions que je fus trop heureux.
Qu^ai-je dit? non , jamais, de mes chapes, Nul effort ne saurait m'af&anchir !
Ah ! plutôt , au milieu de mes peines , Conservons un si doux souyenîr.
Ah ! reyîens , séduisante Espérance !
Ah ! reviens ranimer tous mes feux !
De r^piour quelque soit la souffrance , Tant qu^on aime , on n'est pas malheureux.
Toi qui perds un amant si sensible , Ne crains rien de son cœur généreux :
Te haïr , ce serait trop pénible ; T'oiiblier , est encor plus affreux.