‹ Œuvres de F.-B. Hoffmann (volume 2)Chapitre 90 sur 269 · SCÈNE PREMIÈRE · texte numérisé non relu

SCÈNE PREMIÈRE

OTHON , seul.

C'est aujourd'hui que mon sort se décide, c'est dans ce moment. On lui parle , elle prononce sur ma destinée , sur la sienne. Aujourd'hui , je serai le plus heureux , ou le plus coupable des hommes. Si mon espoir est encore trompé , malheur au rival! malheur

à elle^-méme! malheur à moi! O funeste passion!

le prix que tu nous promets vaut-il les tourmens que tu nous causes? Je n'ai encore que les craintes de l'incertitude, et l'enfer est déjà dans mon cœur : que serait-ce dotic'si'ma honte était certaine?

jiJRi

Infortuné ! saîs-je moi-même Quel sentiment règne en mon cœur !

Je puis aimer d'amour extrême , Je puis haïr avec fureur.

Malheur à celle qui m'offense !

Je la ferai gémir un jour :

Et je mettrai dans ma vengeance Toute l'ardeur de mon amour.

J'ai cru posséder sa tendresse , J'espérais m'unir à son sort....

'•Elle" me fuit , elle n^e laisse Un doute pire que la mort..,<

1 54 AUODA^nr,

lofortaBë! saift-jc Qoel sentiment rèffÊt en mon Je SOS aimer d^amonr extrême Je sais kaînr airec fivenr.

sce:se il

OTHON, DALINDE.

OTBO».

Eh bien! m'a[^Nxrtes-to la mort oaTespéraiice?

DALINDE.

J'ai fait tout ce qui était en mon pomroir , f ai usé de toot Fempire que j'ai sur Fe^rit de ma maîtresse ponr la disposer en votre £avear, mais....

OTHON

N'achève pas, Dafinde, n'achève pas : je te devine, je sois haï, je suis méprisé.... mais non , achève , ma chère ; développe-moi tonte mon infortune, et arrache de mon coear le serpent qui le dévore.

DALINDE.

Ah! dieux! vous me faites frémir, vous formez de sinistres projets.

OTUON.

Non, je suis tranquille^ parle, ne me cache rien.

DALIND£.

Oui, je parlerai , et je veux vous guérir d'une passion qui fait inutilement votre supplice.

OTHON

Inutilement? C'en est donc £a«|, je sttb«trahi : je n'ai plus qu^à pae venger!

DALINDE.

Vous Tctigcr?

OTHON

Pardonne, ma chère, pardonne, je m'^e: non, non, je ne me vengerai pas. Malheur à moi seul!.... La perfide ! après avoir reçu mes vœux , après m'avoir permis de la demander à son père , après avoir nourri si long-temps un funeste espoir, elle me fuit, elle me dédaigne , moi, moi, Othon! ^

DALINHE.

AIR

Calmez, calmez cette colère.

Formez de plus aimables nœuds :

Vous avez plus dVm choix à faire ; Pour une beauté trop sévènie.

Mille autres souriront tendrement à vos vœux.

Lorsqu^à toutes vous pouvez plaire , Hélas! par quel destin contraire!

Celle qui vous rend malheureux Çst-elle pour vous la plus chèrç? ..

Oubliez la beauté qui dédaigne vos feux.

Calmez, calmez votre colère, etc.

OTHiMC.

Mille , dis-tu : une , une seule s'est emparée de ma raison, de mon âme , de ma vie, et il faut y renoncer.

DALINDE.

Oui , il faut y renoncer. Toute autre ménagerait votre sensibilité , et psu: de fausses espérances nourrirait un feu qui vous consume , mais je ne veux point vous tromper : je vous ai porté les premiers coups , je veux achever de détruire toute erreur, s'il vous en

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reste. Non- seulement I«a refuse de vous entendre, mais du ton le plus impérieux elle m^a défendu de lui parler de vous.

OTHON , à part.

Contraignons-nous. (Haut.) Dis -moi, Dalinde , ai<

je un rival?

DALINDE.

Pourquoi cette question?

OTHON

Ai-je un rival? je veux le savoir.

DALINDE.

Dans la fureur où vous êtes , quand vous en auriez un , je ne vous le dirais pas.

OTHON

Crois-tu que j'en doute?

DALINDE.

Eh bien I que vous importe , puisque vous n'avez plus d'espérance?

OTHON, à part.

Ah! dissimalons. (Haut.) Ma chère Dalinde , aidemoi à me guérir. Tu sais que Famour ne s'éteint jamais quand il lui reste un rayon d'espoir. Si je n'ai point de rival , ma constante obstination prolongera mon martjrre jusqu'au tombeau; mais si un autre a mérité le cœur que je^ne puis toucher, mon espoir s'évanouit, ma passion se change en indifférence, j'oublie l'ingrate, je redeviens calme, je suis le plus heureux des hommes. ;

DALINDE.

Eh bien! soyez heureux, vous avez un rival : il est aimé.

OTHON, à part.

O fureur! (Haut) Je m^ attendais.... tu vois ^e je

sais tranquille. Achève , ma chère , achève : quel est

ce rival?

DAUNDE.

Qu'il vous suffise de savoir qu'il est préféré. Son nom ne fait rien à votre bonheur^

OTHON

Tu te trompes, Dalinde; on âe console souvent par

la comparaison.... Dis-moi le nom de ce mortel

fortuné

DALINDE.

Non , je vous crains*

OTHON

Eh bien ! juge de l'état de mon cœur. Voilà] le portrait de l'ingrate , ce portrait qu'un artiste habile sut tracer sans qu'elle se doutât du larcin; voilà deux lettres qu'elle m'écrivit quand elle me laissait l'espoir de la posséder.... Prends , Dalinde , prends ces gages d'un sentiment qui n'existe plus; je veux en perdre jusqu'au souvenir.

Donnez-les moi , cela est prudent.

OTHON

Et ce rival, son nom?

DALINDE.

Encore ce rival?

OTHON

C'est pure curiosité. Je gage que c'est quelque homme obscur, qu'aucun exploit n'a illustré, qu'au-* cun rang n'élève au-dessus du vulgaire.

DALINDE.

U a SU plaire , c'est le meilleur des titres.

i58 àHiodakt,

Il est bien séduisant, bieu awaiakle sans doute.

BALINDE.

Je Favoue 9 toutes les femmes se disputent sa conquête ; et à la cour d'Edgard on ne parle que du bel Âriodant.

OTHON , «yec foreur.

Ariodant! .

dâunde:.

Cieir

OTHON

O rage ! 6 vengeance !

DALmDE.

Ahl je devais vous connaître.

OTHON

Tu me connaîtras mieux! Va ,.tu les verras tous deux dans la tombe , avant queThymen le» unbse. .

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