‹ Œuvres de F.-B. HoffmannChapitre 11 sur 44 · MEMOIRES DES CONTEMPORAINS · texte numérisé non relu

MEMOIRES DES CONTEMPORAINS

Manuscrit de i8i3, contenant le Précis des événemens de cette année; et Manuscrit de i8i4) contenant PHtstoÎTe des six dernifTS nHÂséa règne de Napodéon ; pour servir à rbistotre d« Fr^ttce , M priacipa* lement à celle de la République et^e TEmpire;

Par M. lé karon Fjuh, aiecrétaîre dn cabinet à tts deux époqocs.

Je réums ici deux ouvrages qui on* paru en difiRérens temps; le Matioscrit de 18 1 3 est tout nouveau; mais celui d€i8i4estàsa troisième édition , et malgi*é son antériorité bibliograpihique -, |e crois devoir rétablir Tordre des temps , et commencer par Tannée i8i3.

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Si l'on pouvait douter encore des efifets que pTMMiuit le temps sur les opinions des hommes , il S'uAirait , pour en reconnaître la puissance , de comparer la manière dont on pariait de Naj^léon il y a dix ans , à celle dont on s'exprime aujourd'hui sur t<Hit ce qui le concerne. Â la chute du trome impérial , on vit la calomnie la plus abjecte succéder subitement à la plus vile adul^on. Les hommes qui avaient empoisonné Fidole parle plus grossier encens furent ceux qui déployèrent ïè plus de rage contne la statue du dieu <^i ne pouvait pltts verser sur eux la corne d'abondance. Mais la bassesse -est toujours maladroite : ceux qui se firent le plus remarquer par cette indigne palinodie ne sentirent pas qu*il$ insultaient à toute la nation ; car quelle honte pour la France, si Napoléon eôt «té réellement tel qu'en le peignait alors! Ils né sentirent pas qu'en voulant capter la bienveillance du nouveau goxivernement , ils lui faisaient au contraire le plus sanglant outrage, en le supposant capable d'agréer et de récompenser la plus dégoûtante ingratitude. Ils ne virent pas enfin qu'ils détruisaient euTt^xiémes la base de leurs es* pérances; car les excès de l'injustice et de la haine intéressée tournent toujours au profit de l'homme qai en est victime , quels que soient ses torts réels. Tant que dura cet orage d'injures et de déclamais 6irieuses , l'esprit de sédition se maintint en France; les admirateurs du grand homme voulaient opposer une réaction à l'infamie des détrac-

leurs ingrat» ; les ennemis même de Btionaparte se turent, par la honte de faire cause commune avec de tels auxiliaires , et les hommes indifférens s'étonnèrent d'éprouver pour l'empereur déchu et outragé un intérêt qu'ils n'avaient point ressenti quand il était au faite des grandeurs et de la puissance. Un homme de lettres auquel on reprochait^ alors de ne pas écrire contre Buonaparte, répondic froidement : « Je a'en ai pas le droit , je ne l'ai jamais loué. »

A quels dangers , à quelles fureurs ne se serais point exposé le secrétaire du cabinet impérial , s'i ] avait fait paraître ses Mémoires à cette époque ou tout le monde avait ramené le roi, où tout le monde oA^aii étc fidèle à la légitimité, où tout le monde \içait bravé le tyran jusquau milieu de ses bàiormettes? Aujourd'hui nous sommes plus sages : les prétendus royalistes, dont la fidélité date du 3 1 mars 1 8 1 4* se taisent , soit de lassitude , soit de dépit d'avoir été. vils et ridicules gratuitement ; les hommes raisonnables ne recherchent plus que la vérité dans ce qui concerae Buonaparte ; ils le considèrent comme un résultat et non comme une causc'de la révolution , ce qui est fort différent; tout en détestant les tristes effets de son ambition, ils sentent que personne peut-être, avec le même génie et dans les mêmes circonstances, n'eût laissé édiapper l'occasion de devenir

Uéternei entretien des siècles avenir;

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Ils se demandent si , une fois placé sur le trône , la guerre n'a pas été, pour s'y maintenir, une fatale nécessité; et, avides de connaître fous les ressorts . qui ont fait mouvoir cet homme extraordinaire , ils savent gi'é à M. Fain de révéler des faits si nécessaires à Fhistoire , et de dévoiler tout ce qui peut Jeter du jour sur les grands événemens de cette époque.

Et , en effet , quel danger peut - on craindre d'une pareille publication ? Quelques éloges que Von eût donnés à Buonaparte , né restait-il pas toujours au fond du panégyrique , cette masse de calamités qui ont désolé TEurope et surtout la îrance, cette effrayante consommation d'hommes, et cette invasion qui nous à prouvé combien il y a de vanité dans la gloire même? Avec un peu de logique et de bonne foi, ne se sent-on pas conduit à comparer les brillantes qualités du héros avec le triste résultat de ses actes? N'est-on pas forcé de se dire : Si avec un pareil génie , si avec toutes les vertus qu'on attribue au grand homme , il a cependant été la cause 6u au moins l'instrument de tant de malheurs , que serait-ce donc si, dans de nouveaux troubles , la France allait confier ses destins à quelque ambitieux qui n'imiterait Buon^arte que dans son audace et da[n$ son despotisme? La nature ne fait pas les Napoléon par douzaines , et une nouvelle révolution nous livre- ^it à des hommes qui nous prépareraient des malheurs sans compensation et une servitude sans

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repo^ !N'oiibliona pas surtout comkbiea ncras avons payé cette gloire qud a tant flatté ne4:rë orgueil national , et combien notiti ardent amoin* pour la liberté a été bmnitié par F objet même de notre admiration.

Si ces réflexions ont quelque justesse , les apo-* logies,. les panégyriques même de BuoBaparte, ne Ibnt qu'affermir ce principe de légitimité qui est une sauve-garde pour ks peuples comme pour les familles régnaïa/tes ; et plus on élève Napoléon audessus de tous les grands hommes dont rbistoire vante le génie et les e:x:ploits, plus oa me force à conclure que le plus graaid , le plus . illustre ^ le plus vertueux même des conquérans , sérail; en* core un fléau pour Tespèce humaine.

M. le baron Fain a senti qu'il ne s*agi£)^ait ^us de louer ou blâmer Napoléon, mais d'exposer avec sincérité les faits sur lesquels la poâtérité pourra juger cet honrnse^ dont il ne nous est pas encore donné de parler avec «ne justice rigourev^e. Il raconte ce qui a été fait ^ il révèle ce <|u'on a voulu faire , ce qu'on a médité , ce qu'on à projeté ; et , dans cet exposé , il s'interdit également la critique et les éloges. « Nous rétablirons les faits dans leur ordre et dans leurs justes proportions , ditr-il dans la pré£sice du Manuscrit de i8i3 ; des documens précicmx ont déjà paru ; mais y. publiés après coup et par pièces détachées , ils ont a peine été remarqués : l'emettons^és à leur place , et qu'ils reflètent sisr les pages envi-

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ronnantes toute la clarté qu^ils en recevront

Nous n aurons qne trop de batailles à. raconter; préservons nos récits du ^rgon stratégique : le public en est las. Trop de gens ont abusé de cette langue métaphysique de la guerre pour trancher du général en chef, juger diaprés révénement, et mettre „ d'heureux hasards au rang des combinaisons du génie Tel est k plan, ajoute-tm, que

Tauteur s'est tracé : on voit le but qu il va s'effetrcer d'attfândre. C'est un secrétaire qui se pré-* sente amvme témoin éiu tribunal de l'histoire; il n'a pas la prétention d'être historien , etc. »

Je UiS ensuite dans la préface du Manuscrit de 181 4» qtaece secrétaire était auprès de Napoléon; que le souvenir très.^récent (i) de ce qu'il a vu , de ce qu'il a entendu , de ce qu'il a senti , a été son guide ; qu'il a s«iivi les marches du quar** tier-géné|ral; qu'il a été témoin des événemens principaux, et que sa position lui a permis de voir, du point le plus élevé , Fensemble des affaires , et de tes. )u§er dans le rapport qu'elles avaient enlsre elles.

Ces déclarations dont on ne peut pas contester la vériié ,. car que peut-on cacher à un secrétaire inl&nie? ces déclarations, dis*je,^ nous prouvent que M. le baron Fain a été bien instruit , et qu'il peuè noos instruire complètement nous-mêmes,

(i). J's^ttt» Hj^récmt, {larce que ce maniiserit éaxi temitti^ au conuneacement de 181 3.

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S il a cru pouvoir être sintère. Pour résoudre cette dernière question, si importante aux yeux du lecteur, il faut recourir au raisonnement. Je n'ai pas rhonneur de connaître M. Fain , et je lui demande la permission d'en agir envers lui comme je le ferais s'il s'agissait d'un écrit anonyme. Dans cette fluctuation d'opinions, de passions et de sentie mens nobles ou ignobles , qui se fait sentir longtemps enc>ore après les gi:andes révolutions politiques , Thonnête homme ne peut pas , ne doit peut-être pas toujours dire tout ce qu'il sait ni tout ce qu'il pense ; et l'honneur ne lui impose que l'obligation de ne rien dire de contraire à la vérité. On sent d'ailleurs que si le témoin de tant d'événemens impprtans s'est trouvé dans la meilleure position pour tout connaître , cette situation même a ^pu lui faire éprouver des impressions et des affection.s qui auront influé sur son jugement.

Ces réflexions m' ayant armé de toutes les défiances , je n'ai trouvé qu'un moyen d'arriver, sinon à une certitude complète , au moins à la plus grande probabilité possible. J'ai fait deux parts distinctes des choses que nous raconte le secrétaire du cabinet impérial , et de celles qu'il nous révèle. Dans la première partie , il faut placer les actes militaires et diplomatiques sur lesquels il est impossible d'élever le moindre doute, non-seulement parce que M. Fain les a mieux connus que personne, mais parce qu'un narrateur moins scrupuleux que lui, n'aurait pu les altérer quand même

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y en aurait eu le dësîr. Trop de documens existent, trop de personnages intéressés vivent encore , pour que des erreurs ou des inexactitudes volontaires ne fussent pas démenties aussitôt que pu-^ bliées. L'autre partie , que Ton pourrait nommer secrète , se compose des faits peu connus , des conférences ou conversations particulières , des intentions, des projets, des conjectures, des oscillations de crainte et d'espérance , et de toutes ces intrigues dont les camps ne sont pas plus exempts que les salons des ministres. Sur tous ces points il est impossible d'espérer un assentiment unanime .* quelle que soit*rimpartialité de M. Fain , ces révélations seront long^temps encore un sujet de discussions et de réclamations plus ou moins sincères, et trop d'amours-propre en seront blessés pour que tous les acteurs de ce grand drame conviennent de leur exactitude.

Si mon opinion particulière était de quelque poids , je la dissimulerais peut-être , mais je l'expose librement par cela même qu'elle n'est d'aucune Importance. Je crois donc, je suis intimement persuadé que M. Fain a été sincère dans tout ce qu'il a écrit sur les événemens de i8i3 etde i8i4; je le crois parce qu'on ne peut lui supposer aucun intérêt personnel dans ses révélations ; parce que tous les faits qu'il expose s'accordent parfaitement avec ceux qui oT|t précédé ou suivi , et s'accordent encore mieux avec le caractère des personnages qu'il met en évidence. Je n'en reconnais pas moins

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que les Manuscrits de i8i3 et de i8i4 sont une apologie de Napoléon , quoique Tauteur n'exprime aucun éloge , bien convaincu sai^s do^te que réloge se trouve implicitement compris dans r exposition des faits. Je ne lui reprocherai certainement pas le courage qu'il a de publier ce qu*il croit être ta vérité ; je sens combien il a àxt être indigné de la bassesse de quelques narrateurs qui ont spéculé sur la calomnie , et je lui sais ,^ré de la modération qu'il a su conserver en s' acquittant d'une tâche où il était si difficile de se contraindre.

Je suis cependant bien loin de regasder les Mémoires de M. Fain comme une apologie complète de la conduite de Napoléon dans les temps qui ont précédé sa chute ; et dans plusieurs passages des Manuscrits , j'ai cru voir que si l'auteur n'a pas exprimé le blâme , ce n'a été que par un sentiment de pudeur, ou par la crainte de donner cette satisfaction à quelques écrivains qui ne se compromettront jamais par trop de fidélité au malheur,, ou par des déclarations courageuses. C'est sans doute pour obtenir cet avantage que M. Fain sesi borné à la simple exposition des faits, car en s'interdisant toute expression admirative , il s'était acquis le droit de garder le silence sur les choses qu'il n'approuvait pas.

Quoi qu'il en soit, ces Mémoires sont empreints d'un si puissant intérêt , les faits mémojcables de deux années désastreuses y sont exposés^ avec tant

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^e clarté, de rapidité et de précision, qu'ils se-* ront his avidement par ks personnes mêmes qui croient les connaîtrf dans lears^ moindres détails. Xia révélation de c% qui s*est passé dans le secret du cabinet, jette un nouveau jour sur les événemens extérieurs, et donne la solution de plusieurs difficultés qui paraissaient inexplicables. La diplomatie qui, aux yeux de la plupart des lecteurs, €!St la partie ennuyeuse de riaistotre, est ici d'une telle'' importance , elle a leltement influé sur les ^vénemens , quoique toutes les négociations aient ^té infructueuses, qu'elle doit être sérieusement méditée par tous ceux qui se proposent de décrire cette période tumultueuse de nos annales. Quoique le secrétaire ait évité ce qu'il nomme le jargon stratégique, je n'ai jamais mieux compris les grandes affaires de Dresde , de Leipsik , et l^ étonnante campagne de 1 8 1 4 1 q^ïc dans la relation de M. Fain^ Jamais histoire n*a offert des contrastes si frappans de succès et de révers, ni des passâmes plus rapides d'une profonde terreur à une brillante et trompeuse espérance. Ce n'est point un colosse qui , miné par le temps , cède à une dégradation successive , et couvre enfin la terre de ses débris ; c'est un lîon énorme qui, attaqué de toutes parts, tombe vingt fois , vingt fois se relève , et près de succomber, force encore les assaillans à se tenir à distance respectueuse.

Il serait difficile d'établir une discussion sur ces Mémoires, puisque l'auteur raconte et ne pro-

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nonce aucun jugement ; mais si la plupart des passages qu'on y remarque , portent la conviction dans Tesprit du lecteur, quelgues-uns cependant conduisent à des conséquences qui ne seront point admises par tout le monde. On ne se persuadera pioint, par exemple , que Napoléon n'ait jamais pu faire la paix , soit en Saxe , soit même en Champagne, après les succès inespérés qu'il y a obtenus, au grand étonnement de ses nombreux ennemis. Quelques raisonnemens qu'il allègue pour justifier sa conduite , oii voit trop son horreur pour toute paix qui lui aurait fait perdre sa suprématie. Ses plaintes sur les défections qu'il a éprouvées, et contre les princes qui se sont détachés de son alliance , n'étaient vraisemblablement pas sincères, car avec cette profonde connaissance des hommes qu'on lui suppose , il devait s'attendre à tout ; il devait savoir mieux que personne que l'obéissance forcée et toute liaison formée par la crainte se changeraient en haine , dès qu'il aurait perdu ce prestige d'infaillibilité qui semblait s'attacher à toutes ses entreprises. Vainement dira-t-on que les traités efforcent tous les anciens griefs ; cette phrase peut figurer en diplomatie , où l'on ne se piqué jamais de dire ce qu'on pense ; mais il est certain que tout traité imposé , et celui même où le vainqueur sç montre libéral, est un germe de guerre qui doit éclore à la première occasion. La sagesse italienne a rencontré plus juste quand elle a dit : « EgU s'inganna chi crede ch' ilnuoço be-

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wteficio cancilli Vantica ingiuria^ » et Buonaparte élevait conpaître ce proverbe.

Il ne me paraît pas avoir plus de franchise quand il témoigne de Tëtonnement sur la lassitude de ses anciens compagnons d*armes , et sur la froideur avec laquelle ses gé|^'raux accueillaient de nouveaux projets de guerre interminable. Les honneurs et les biens dont il les avait comblés ne sont ici d'aucune importance : que sont les biens de ce monde, s il n'est pas permis d'en jouir ? Que sont les honneurs , s'il faut être soldat jusqu'à la mort , et si quelques années de repos ne s' offrent pas en perspective après tant de travaux et de dangers ? Il y d un terme à tout : le plus grand courage a ses limites; et ce roi d'Epire, lé plus fou des ambi-' tieux , se proposait cependaift de s'amuser après toutes ses conquêtes.

J*ai parlé de V effrayante consommation d'hommes dont l'ambition de Buonaparte a été la cause, On a prétendu la nier en faisant considérer la grande population de la France à l'époque de la restauration. Mais ce raisonnement n'est que de la subtilité, Oui , sans doute , la guerre a fait contracter d'inûombrables mariages, formés à la hâte pojir échapper à la guerre ; mais l'effet de toutes ces unions iété de substituer une population d'enfans à une population d'hommes ; la jeunesse n'en a pas ïûcHns été cruellement décimée ; et , selon l'expression de'Périclès, l'année avait perdu son printemps, Je ne prétends pas cependant en faire

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un reproche à Buonaparie, car il le partagerais avec les plus illustres des princes et des capî— taines que nous nommons héros; et, pour un. général y la première obligation est de vaincre , à^ quel prix que ce soit D*aiUeurs , ces lamentations, sur le nombre des morts ne sont souvent qu'une hypocrisie ; car les hommes , en général , se consolent très-facilement de toute mortalité à laquelle ils survivent.

Je ne puis trop répéter que mes observations critiques ne s'adressent point à M. le baron Fain^ puisquHl n'est que narrateur et interprète dé sentimons qu'il n*avoue.pas être lès siens ; mai$ c'est bien à lui que je dois des éloges pour avoir su mettre tant d'ordre et de clarté dans des scènes de confusion et de désordre , pour toutes les erreurs qu'il a rectifiées , pour les vérités qu'il révèle et pour les pensées généreuses qui lui échappent malgré les efforts qu'il fait pour s'oublier luimême.

Dans cette foule d'anecdotes pleines d'intérêt, qui jettent tant de variété dans la relation de M. Fâin, j'en citerai deux, dont l'une est fort — importante , et l'autre fort curieuse. On a répandu , on a même imprimé que dans une conférence avec le pape , à Fontainebleau, Napoléoi s'était emporté au point de frapper le pontife e^K: de le traîner par ses cheveux blancs. On ne peu"^ trop admirer le calme plein de noblesse avec lequel M. Fain dément celte indigne calomnie. Aprfe*

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avoir retracé tous les détails de cette scène qidfut au contraire très-padsMe et même affectueuse , pour prouver qu'il est bien instruit , le secrétaire ajoute en note : « Celui qui écrit ces lignes n'écrit que ce qu'il a vu et entendu ; il était là. »

L'autre anecdote sera peut-être reprochée à M. Fain , comme une indiscrétion , par les enthousiastes qui veulent faire de Napoléon le plus grand des philosophes , comme lé plus grand des capitaines. Quoi qu'il en soit, la voici: Tout le monde connaît l'accident funeste qui survint au bal donné par M. de Schwartzenberg , à Paris, le i" juillet 1810. Dans le mois d'août 181 3 , le géxiéral Moreau ayant été frappé d'un boulet de <:anon, à Tattaque de Dresde, quelques détails donnés par un paysan , firent croire que le général tjuî était tombé près de l'empereur Alexandre, tétait le prince de Schwartzenberg : « C'était un l>rave homme , dît Napoléon ; je le regrette. » Puis îl ajouta : C^est donc lui qui purge la fatalité! Jfiai toujours eu sur te cœur V événement du bal eomme un présage sinistre. Il est bien évident maintenant que c'est à hii que le présage s^a^ dressait. Quoi ! dîra-t-on , Napoléon croyait aux présages! un tel homme était superstitieux ! Eh ! oui , messieurs , et cette soif inextinguible de gloire n' était-elle pas déjà une superstition ?

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