‹ Œuvres de F.-B. HoffmannChapitre 18 sur 44 · TRAITÉS DE PAIX. 20I · texte numérisé non relu

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phlélaires , les petits brochuriers et les fabricatçurs de nouvelles. Ce sont de bonnes gens que Ton condamnerait au silence si. Ton avait la cruauté d'exiger que chacune de leurs phrases renfermât une pensée , que chacune de leurs conjectures fût fondée sur une raison. C'est par ton seulement qu'ils veulent être malins ; mais leur bon naturel se découvre naïvement , même au milieu des guerres qu'ils nous annoncent d'un air mystérieux, et des catastrophes qu'ils viennent nous chuchoter à ToreîUe. Ils ignorent qu'il faut avoir beaucoup d'esprit et d'instruction pour composer une fausse nouvelle qui ait de la vraisemblance ; n'exigeons donc pas l'impossible , ne leur envions pas .leurs petits succès , et laissons-les donner tous les jours , avec une aimable ingénuité, la mesure de leurs Connaissances et de leur pénétration.

Les graves auteurs qui font la leçon aux puissances de l'Europe , qui présentent doctoralement une nouvelle circonscription des Etats, qui, depuis trois ans , prédisent , pour trois mois et à jour fixe ,• une nouvelle régénération des peuples , qui font mouvoir d'innombrables armées, sans argent et sans bagages , qui vendent d'avance à leur libraire les victoires et les conquêtes futures, méritenfbeaucoup plus de considération que les babillards politiques. Je dois sans doute un grand respect à des hommes qui régentent les rois , qui partagent les Empires , qui tuent les plus habiles généraux , et triomphent de la légitimité même et

de la Justice. Avec quel superbe dédain ne recevraient-ils pas mes conseils ! Mais je leur deman* derai la permission de leur proposer un doute Avant de faire , en pleine paix , de beaux plans de campagne , ne faut -il pas un peu connaître le terrain que doit parcourir Tarmée conquérante ? Ne faut -il pas s'informer des motifs , des moyens , de Tinterét qu'une puissance aurait à faire la guerre ou à rester en paix? savoir quelle est sa popula* lion , quelles sont ses finances , dans quel état est son commerce , quel serait le résultat du succès ou de la défaite ? Ne faut-il pas surtout connaître les rapports qui existent entre tous les Etats, leurs alliances actuelles ou probables , les traités qui les lient , la conduite que leur conseille leur position géogra^îque , leur force , Tindustrie , le génie de leurs peuples; quelle est leur puissance réelle et leur puissance relative ? Ces messieurs savent sans doute que la puissance relative est un élément trèsvariable , lors même que la puissance réelle reste fixe. Le Piémont , par exemple , a pour la politique une importance qu'il ne doit ni à son étendue ni à sa richesse ; et la petite Valteline , dont on ne parle presque plus aujourd'hui , fit grand bruit dans la guerre de Trente- Ans. Pourquoi donc nos politiques commencent-ils par prédire avant d'examiner ce qui est pbssible ? Pourquoi , dans leurs pages si orgueilleusement véhémentes, ai -je le chagrin de reconnaître une ignorance absolue da droit public, des intérêts des princes, de la diplo-

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psaiie , de la géographie et même de Thistoire ?

Certes, je n'exige point que , pour agiter une simple

question , on sache par cœur le traité Jn-folio* de

Jure belli eipetcis^ les sept volumes de VlntroduC'w

tion à r Histoire des principauœ Etats de l'Eu*

rope, ni les trois volumes in-^4**- du Droit desGens ;

je sens que les noms de Grotius et de Puffendorf pa-^

i^aitraient fort ridicules à nos lecteurs de salons ;

mais avant de bouleverser TEurope pour la régë-^

nérer, ne faudrait ^il pas qu'ils sussent un peu ce

çuî s'y est passé depuis le traité de Westphalie qui

a été le code de politique générale pendant cent

'inquante ans^?

M. Schœll est un génie tutélaire qui vient à leur ►^cours ; en huit volumes il a eu le secret de rassembler tous les événemens , toules les négocia- ^ons , toutes les opérations militaires , tous les traités. Sachant très-bien que les longs ouvrages olous font peur , il n'a donné de. ces Traités que les clauses essentielles , influentes , ou sujettes à Controverse ; il a décrit les guerres avec une grande Tapidité , et il ne s'est étendu que sur les négocia^tions qui sont en effet la partie la plus curieuse et w moins connue de son ouvrage. Je le répète ici , ^el brochurier qui se croit biep savant sur l'histoire "« notre révolution , et qui , sur ce patron , en *3ïlle de nouvelles , trouvera dans cette Histoire ^s Traités de paix^ des détails qui l' étonneront, ^^ Veogageront à réflécbir avant de prophétiser. H y vcH'a les ressoits des grandes machines dont oi\

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ne nous a montré que le jeu ; il y apprendra com.-. ment les alliances les plus secrètes; les intrigues les mieux ourdies et les plans les plus sages peuvent manquer par Tendroit que l'on soupçonnait le moins, et il connaîtra tout ce que la fortune peut revendiquer dans les ëvénemens que nous admirons le plus.

Parmi les politiques dont tant de gens d*esprit veulent bien être les dupes , ceux qui prédisent avec le plus d'assurance , et jugent avec le plus de légèreté tous les gouvememeils de l'Europe, souriront de pitié , et demanderont pourquoi j'attache tant d'importance à la lecture des Traités de paix^ ils ne se doutent pas du talent, du soin , de la finesse, de la prévoyance qu'exige un pareil acte^ et de la réunion de connaissances que suppose s»perfection. Le concours des hommes les plus édai^ — rés ne suffit pas toujours pour prévenir les contes-— tations ultérieures , et conséquemment des guerre^ et des calamités. Il semble que la clarté du styl^ soit la qualité la plus rare et la plus difficile à ac-^ quérir, puisque dans des écrits où l'on renonce m^ toute élégance pour s'en tenir à ce qu'il y a de plu^ tiair , de plus précis et de plus obligatoire , il est presque itapossible , lors même qu'on est de bonne foi , de ne pas laisser matière à équivoque , à discussion et à chicane. Je ne citerai que deux faits dont l'un est choisi dans une époque antérieure à celles que M. Schœll a parcourues , et l'autre est pris dans le traité même de Munster. Ils feront voir

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quelle influence une phrase, un mot , peuverit avoÎF sur les destinées des hommes et la stabilité des Empires.

En 1608, après quarante ans d'une guerre à laquelle presque toute l'Europe avait pris part, TEspagné , épuisée d'hommes et d'argent , sentît la nécessité du repos , et consentit à traiter avec les Hollandais qu'elle considérait toujours comme des rebelles. Mais comment traiter? L'orgueil espagnol refusait obstinément de reconnaître l'indépendance des Provinces -Unies, et celles-ci ne répondaient que par cette condition sine quâ non : Point de liberté , point de traite. La paix devenant impossible , on voulut au moins convenir d'une trêve , et respirer quelque temps avant, de s'égorger de nouveau. Mais la même difficulté s'opposait a la trêve; comment désigner les Provinces-Unies ? Les nommer c'était les reconnaître, et les nouveaux républicains auraient rejeté toute expression qui rappelât l'ancienne dépendance. Les conférences entre les plus habiles négociateurs n'eurent aucun succès , et le feu de la guerre allait se ranimer quand l'un des plénipotentiaires s'avisa d'un expédient qui satisfit les deux paitis , et leur plut par cela mente que la mauvaise foi y était visible. Ce négociateur auquel on dut dot^e années de relâche était -il un ministre , un généml , Un homme d'Etat? Non, c'était un cordelier, le P. -ée Neyen, dont le nova mérite d'être conservé dans les itstes d^ lae diplomatie. Pour démontrer

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qu'on agissait açec franchise ^ ej que l'oii Voulait être clair, on refusa de traiter en langue espagnole , et Ton convint que l'acte serait écrit en français. Ce point accorde , le cordelîer propose à l'Espagne de traiter avec les états-généraux des Provinces-Unies, COMME les tenant pour pays et Etats libres et indépendans. Admirez tout ce que renferme ce commet et jugez à quoi tiennent le repos et le bonheur des nations ! Le bon père fit observer aux Hollandais que ce comme était une reconnaissance formelle, puisqu'on ne pouvait pas faire plus que de traiter avec eux comme des Etats indépendans, et il fit sentir à l'Espagne qu'elle traitait avec les Hollandais comme s'ils étaient indépendans , quoiqu'ils ne le fiisscnt pas en effet* Heureux génie qui a trouvé douze ans de paix dans un adverbe!

Voici maintenant un autre exemple où l'ôbscu^ • rite ne provient pas de l'intention des négociateurs, mais où elle l'ésulte des précautions mêmes que Ton a prises pour être clair et précis.

Léa paix de AVestphalie e^t la réunion d'une multitude de traités que l'on a taché de faire concorder avec le traité général. Si je ne suis pas assuré de la bonne foi de tous lear négociateurs , je ne puis au moins douter du soin qu'ils ont apporté à la perfection de l'œuvre , puisqu'il s'est passé j^ès de six ans entre les préliminaires et la conclusion. Deux de ces traités ont pour but la cessioBt/dc l'Alsace à la France. Dans 1'^ ,M'Empîrc cède k

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la Fraace le landgrwiat de la Haute et Basse^ Alsace, a^^ec le Sundgcup et la préfecture des dix villes impériales d^ Alsace; dans Fautre, l'empereur, tant en son nom qu'en celui de toute la maison d'Autriche , comme aussi V Empire, cèdent tous les droits » * propriétés , domaines, possessions et Juridictions qui, jusqu'ici, ont appartenu tant à lui qu'à l'Empire , sur la Haute et Basse- Alsace et les villes dont tous les noms suivent. Il semble que ces expressions eussent été suftîsantes pour une cession iiTévocable; mais voici une phrase bien plus claire encore et plus minutieusement précisa: c< Ledit landgraviat des deux Alsaces et du *> Sundgaw , aiinsi que la préfecture des dix villes et *^ des Ueux qui en dépendent, de même que tou^ ^^ les vassaux , landsasses , sujets , homn^es , '^ wlles , châteaux , villages , forteresses, bois, fo- * rets , mines d 'or, d ^argent et d ^autres minerais, '* ^euf>es, ruisseaux, pâturages, et tous les droits régaliens et appartenances, sans aucune réserve , ai?ec toute espèce de juridiction , de su- '^ périorité et de domaine suprême , appartien- '* dront dorénavant , et à perpétuité , au roi et à la ^* couronne de France, et seront censés incor- ^^ pores à ladite courouQe , sans aucune contradic- ** tion de la part de* l'empereur, de TËmpire , de ** la maison d'Autriche, ou de telle autre que ce *» soit. »

Oh! certes, c'était pousser loin la prévoyance ^ue de désigner jusqu'aux ruisseaux, et de stipuler

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que la cession se faisait sans .aucune réserve; et cependant , pour plus de sûreté , Tempereur et TEmpire ajoutaient :« Nous renonçons pleinement » et parfaitement, de notre plein gré et volonté, à » tous les droits et actions que nous et nos prëi> décesseurs avons e^s sur lesdites provinces , et » absolvons tous les bourgeois , habitans , vas- » sau(v et sujetS' de tout serment, hommage , fi- » délité et obligation , les eii délivrons et déchar- » geons. »

Quel sera Tétonnement de la plupart de mes lecteurs quand ils apprendront que des phrases aussi claires et démonstratives ont pai*u, adx yeux des publicistes allemands, équivoques, obscures «t insuffisantes pour établir une cession. L'auteur tnéme , d'après lequel je les ai transcrites , avoue qu'il n'y a rien de moins clair que ce traité; ainsi, malgré la cession formelle et sans aucune réserve des villes , châteaux et villages , des hommes , vassaux et sujets , des pays , bois , fleuves et ruisseaux, l'Allemagne regardait cette cession comme illusoire , et n'accordait au roi de France, sur l'Alsace, qu'une espèce de suzeraineté purement titulaire. Pendant cent cinquante années cette étrange question fut agitée sans que Ton parvînt à s'entendre , et lorsqu'à la paix de Riswick on crut avoir aplani tous les obstacles , tout éclairci , tout expliqué, dans quel nouvel embarras ne fut-on pas rejeté, quand l'un des plénipotentiaires s'avisa de demander : Qu'est-ce que l'Alsace? quelles sont

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