RÉVOLUTION
Présentées an roi, ainsi qu*à MM. les agriculteurs ,~négocians, m;aii)u facturiers et autres indtistriels qui sont membres de la Chambre da Députés y
Par Henri SAntT-Smoir.
Cette brochure est- elle une lon^é dérision de la politique actuelle , ou est-il possible qu'un pareil ouvrage ait été écrit sérieusement? Telle est la question que je me suis faite , après en avoir l\i les premières pages, et que j'ai continué à me faire jusqu'à la fin inclusivement. J'y trouve des idées si folles , que je crains de passer pour dupe , si je
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les discute gravement; d'un autre côté, j'y vois des choses , non pas si sages , mais si tristement sérieuses , qu'il est impossible d'en rire , à moins de les considérer comme l'expression de l'ironiç la plus amère et la mieux déguisée. Il me suffira d'exposer brièvement le sujet de ce {)etit livre, pour faire sentir au lecteur combien il est difficile de de\îner s'il est une excellente plaisanterie ou la plus malheureuse conception.
L'ouvrage se compose , i". d'une préface dans laquelle l'auteur a l'air de parler de bonne loi ; mais ce peut être^ une ruse adroite dont le but serait de rendre l'ironie plus fine et plus piquante ; 2*. de quatre lettres adressées à MM. \es industriels,' membres de la Chambre des députés , et dans lesquelles M. Saint-Simon leur dit : « Depuis le com- «mencement de la révolution, vous n'avez pas » fait un seul moment ce que vous auriez du faire, » et la royauté n'a pas agi plus sensément que «vous; » 3^ d'une autre lettre adressée au roi lui-même , lettre fort extraordinaire , et telle que sa majesté n'en a sans doute jamais reçu ; 4*'' enfin, d'une dernière lettre dans laquelle l'auteur, parlant à la fois au roi et à MM. les industriels , indique les mesures à prendre pour terminer la révolution. Il n'y a pas encore ici de quoi rire , mais faut-il rite ou pleurer de ce qui va suivre ?
Quelles sont ces mesures qui peuvent seules préserver le trône des Bourbons d'une ruine inévitable , et la France entière des plus affreuses caU-
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mités ? Les voici réduites aux termes les plu< simples : Il faut d'abord que le roi supprime le: deux noblesses : rancienne, parce quelle se propose pour but le rétablissetnent de sesprwUéges e de ses richesses; parce qu'elle ne regarde la protection royale que comme im> moyen d'atteindre ce but; parce qu'à V accomplissement de ce bu est subordonné son attachement, et même sq9 obéissance. \oilà bien le sinon non , et c'est Fancienne noblesse qui le proclame par la bouche d< M. Saint-Simon. Il faut $uppnm^r aussi la noblesse de Buonaparte, parce qu'elle regarde /r bienfaits du roi comme des deçoirs ; parce qu 'ell iwit de très-maupcûs. œil la concurrence de l'an eienne noblesse ; parce qu 'elle amsidère les place comme sa propriété naturelle et légitime ; parc< qu'ette n'en regardera la possession comme assurée que quand elle aura plc^cé sur le trône un rm de sa façon.
A la vérité , M. Sainl-Simosi, a cru devoir apporter un correctif à ces déclarations un peu tranchantes y et ce correctif consiste daiv$ les mots : m général. Ainsi l'ancienne noble^e n'est factieuse qu'en général , et la nouvelle ne cQusfNtre qu ea général , ce qui doBne à Tauteur U faculté d'eyc^pter celui des nobles qui lui adresserait un reproche. Voilà donc les deux nobksses supprimées. A qui donnerons -nous les places? A quelles mains confierons-nous le timon de l'État? Aux militaires sans doute? Non» M. Saintr-Simon n'aime ni \e
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sabre , ni les moustaches D'ailleurs , depuis que la société s'esl enrichie par l'industrie ^ la guerre a perdu son importance , et la profession des armes ne peut pliàs jouer dans la société qu'un rôle très-mbakeme. Nous dirons donc : cédant arn^uiiogœ? Point du tout. M. Saint-Sinion a horreur des lepstes et des littérateurs , qu'il nomme les me'ta-physiciens. Il voit avec frayeur les légistes et ks métaphysiciens dominer la Chambre des députés et la société tout entière. Ce sont eux qui dirigent les goufvemans ; ce sont eux aussi qui dirigeât les gouvernes ; ce sont eux qui font les plans des idtrà; ce sont eux qui fent les calculs des ministres ; ce sont eux , enfm , qui combinent pour les libéraux les moyens de s'opposer au retour de l'ancien régime. On voit par là qu'un métaphysicien peut se mettre à toute sauce , et cette aptitude à être moulé selon taules lesformes, déplaît justement à M. Saint- Simon. Supprimons donc les métaphysiciens, et ii'exposons pas la France régénéFee à la honte de Yoîrrégner un avocat ou un faiseur de mélodrames. Maintenani qu'il n'y a plus de nobles, plus de goerriers, plus de lésâtes, plus d'hommes de lettres j le gouvernement va donc tomber entre les mains des prêtres. Des prêtres , juste Ciel ! y penset-vons? Ecoutez cet arrêt de M. Saint-Simon : « Aujourd'hui , les décisions scientifiques sont les » seules qui aient le pouvoir de commander une » croyanee universelle. Les décisions théologiques "^ n'ont d'infioence réelle que sur les classes les
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» moins éclairées de la société ; encore même cette » influence y est-elle assez faible, et nullement » comparable à celle qu'exercent sur leS mêmes » classes les opinions des savans. » Nous aurons donc des savans P Oui , Messieurs , des savans ; et Tacadémie des sciences sera notre aréopage , notre sénat , notre conseil suprême : on y adjoindra seulement quatre cultivateurs, deux négocians, deux fabricans et quatre banquiers. Toute la science du gouvernement étant aujourd'hui dans le budget^ le ministre des finances sera placé au pinacle de l'édifice politique ; il présidera le conseil des industriels, c'est-à-dire des savans; et, comme en lui résidera toute la force de l'État, ce sera un véritable maire du palais y qui voudra bien permettre qu'on ait un roi pour la forme. M. Saint-Simon nous donne aussi un ministère de l'intérieur , auquel il attacbe un conseil composé de sept agriculteurs, de trois négocians et de trois fabricans. Est-ce tout? Non; écoutez : il y joint deux physiciens, trois chimistes et trois physiologistes. Lies chimistes , me plaisent beaucoup, mais les physiologistes me paraissent encore plus jolis. Les premiers possèdent l'analyse , les autres la synthèse ; ceux-là mettront la France au creuset , et la revivifieront ; ceux-ci , connaissant à fond la physique de l'homme sain , nous donneront une charte parfaite , car il est certain que les lois qui régissent le corps humain et le corps politique sont absolument les mêmes. Rappelons-nous, d'ailleurs, que les décisions théo-