V(Ë MOIRES DE L*ABBE GEORGEL
voudra , qu'il était un fort honuête homme , qu'il a cru dire la vérité , qu il avait des intentions fort louables, comme par exemple de venger les j.ésuites, et de disculper le cardinal de Rphan, dont il avait été le secrétaire d'ambassade et le grandvicaire. J'avoue qu'il répète fort souvent ses protestations de respect et d'attachement pour le roi Louis XVI, pour la reine et pour les princes ; je veux même accorder qu'il n'ait jamais cru sincèrement manquer à ce respect, supposition bien plus libérale de ma part ; mais cette apologie , ou tout autre de ce genre , ne m'empêcheront pas de^ reprocher à cet honnête homme beaucoup de légèreté, beaucoup d'imprudence, une animosité personnelle contre quelques-uns des personnages qui figurent malheureusement dans ses Mémoires, des insinuations que je apmimérais perfides , si je n'avais plus de modération que lui, et la révélation au moins indiscrète, si elle n'est pas calomnieuse, de certains laits qui n'ont pas été allégués par les ennemis mêmes de là famille royale. Ce libelle , fort heureusement , porte avec lui son antidote : la fausseté y éclate si souveijit que l'éditeur, l'éditeur lui-même , tout bon parent qu'il est de l'abbé Georgel , s'est cru obligé de le démentir dans des notes assez faombreuses , et nous avertit de lire ces Mémoires avec défiance, i'ai trouvé l'avis excellent, et j'ai amplement usé de h peimission.
Mais passons à une considération ti'ès - impor- *^te dans un temps où les Mémoires sont à la
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mode, et semblent obtenir plus de croyance que rhistoire même. M. Tabbë Georgel a-t-il cm se justifier en écrivant, dans un ayant -propos, les phrases que je vais transcrire? « Mon intention » n'est pas de faire paraître ces Mémoires de mon » vivant. Le rôle que de grands personnages doî- » vent y jouer, quoique retracés d'après leurs ca- » ractères connus, et d'après des {sits bien açerés, « pourrait réveiller des passions assoupies , et en » déchaîner Tactivité. Quand une main hardie tire » le rideau qui couvre la vérité captive, quand oxl. » arrache , quoiqu'avec ménagement , le masques » qui en impose à la crédulité, on doit s'attendre » à toute r effervescence de Tamour-propre hu—
)9 milié » Il ajoute plus bas que, ne voidan^
pcLs troubler les derniers momens de sa vie , m Ti exposera pa^ lui-même ces Mémoires au granm Jour. Ainsi, monsieur Tabbé, vous voulez bien tir^î les rideaux , et arracher les masques ^ mais le fair-^ sans aucun risque ; vous craignez reffervescencé de Tamour-propre humilié , vous ne voulez pâ5 troubler les derniers momens de votre vie : voilà pourquoi vous êtes prudent ; mais , après votre mort, vos Mémoires crèveront comme t»ie bombe sur des hommes dont le ressentiment ne pourra plus vous nuire , et il en arrivera ce ^u'il poumc les gens que vous diffamez s'échineront^, se pourfendront , que vous importe ? vous, chant-ez d'avance comme l'abbé de l'opéra-comique :
Qu'on se batte , qu'on se déchire , etc. ,
tt Vctns riez Sâns' doute du bruit que vous ferez. Les honames qui réfléchissent peu verront une drcOBâtance atténuante d'an» la publication ^o^^ thwne de ces Mémoires ; j'y trouve au contraire un motif très-ag^avant et peu honorable à la réputation de Tabbé Georgel, puisque des Mémoires posthumes peuvent être plus dangereux par cela seul que Taut^ur ne peut plus en répondre. Qu'un homme fasse paraître un libelle et le signe , il laisse an moins aux personnes outragées la fa^ culte de le convaincre d-imposture, et Tespoirde le faire punir; mais on n'arguînente pa» contre un Hiort, et lors même que l'on parvient à repousseï' les allégations calonvnieuseS) la malignité publique suppose toujoursqui4e libellisle aurait de quoi se dé^ flfndre s'il pouvait répliquer. Tout le monde connaît cette phrase, malheureusement trop vraie : Calom^ met hardiment , ilén resté toujours quekfue chose, A cctt» observation , qui n'a sans doute échappé à personne , je pùifr en ajouter une autre inoins commune et bien plus concluante. Quand tm lihelJb paraît, ï^os: l'attribuons à des motifs de haine , de vengeance ou de cupidité ; et comme ces soupçons <Mnt beaucoup de vraisemblance , ils diminuent d'autant l'impression que la calomnie pourrait faire ; mais ces «uppositiôtts «fé peuvent çius avoir Ken quand l'auteur n'a rien pubKe de son vivant II poiraît avoir écrit sans passion, parce qu'il a écrit pour uti temps où il n'aurait plus au-* cuii intérêt ; et nous sommes portés à le croire àsn*
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cère, parce que nous ne pouvons lai supposer aucun des motifs qui déterminent les iàisenrs de libelles. Espérons néanmoins qoe ces considérations , toutes puissantes qu'elles sont , ne remporteront pas sur la vérité ; mais elles font Tiyement sentir combien la pubHcation de ces Mémoires est indiscrète et intempestive ; et cette réflexion me ramène à l'ordre injuste et arbitfmre qui avait enfoui ce trésor dans les archives des relations extérieures. Oui , je le dirai , dût-on s'étonner de voir la police de Buonaparte excusée dans le Journal des Débats; je le dirai sans crainte de déplaire aux vrais royalistes : cette police a fait un acte arbitraire en séquestrant ce manuscrit , mais un acte sage et louable , et non pas injuste , comme le dit l'éditeur ; car la justice des gouvememells n'est pas celle des particuliers , et ne doit pas aller jusqu'à respecter ce qui peut nuire. J'admire sans doute le sentiment de justice qui a fait rendre le manuscrit à la famille de l'auteur ; mais mon res^ pect pour tout ce qui émane de l'autorité royale ne m'empêche pas de regretter que le ministère -n'itit pas fait des arrangemens , n'ait pas capitulé , ^'il le fallait , avec les héritiei^ , pour faire disparaître de ces Mémoires ce qui est évidemment faux^ et reconnu faux par l'éditeur même..
Me répondra-t-on que mes intentioois ont été remplies d'avance , puisque des notes CMTectrvc^ et assez nombreuses tiennent le lecteur en défiance contre les assertions de Fabbé GeocgelPJ'espèr*
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qu'on ne m'apposera pas un argument aussi misérable. Une note de quatre lignes d(5truira-t-elle l'impression produite par vingt pages ? Une simple dénégation réfutera-t-elle les prétendues preuves amoncele'es par l'auteur ? Et toutes ces notes , qui ne sont qu'une invitation à douter, sont-elles un contre-poids suffisant à un texte qui affirme. D'ailleurs, ne les çonsidérera-t-on pas comme une précaution de l'éditeur qui veut se décharger de tout blâme en disant qu'il ne croit pas? Je l'avouerai cependant , c'est un expédient assez commode que de démentir dans des notes ce qui est affinné dans le texte. On a les profits de la malice et les honneurs de l'équité ; l'ouvrage est recherché parce qu'il est méchant, et la méchanceté du texte fait tolérer la probité des notes. Mais que m'importent les bonnes qualités d'un écrivain , som caractère , ses vertus et ses talens , si ses en*eurs peuvent nuire comme les mensonges d'im imposteur, si ses vertus mêmes rendent ses eiTeurs plus dangereuses , en inspirant plus de confiance ? L'abbé Georgel était un excellent royaliste! Hélas! tant pis. Mieux vaudrait qu'il eût été jacobin ; je ne voudrais pa« alors retrancher une ligne à ses Mémoires , et je les trouverais trop honnêtes.
Que , dans un temps calme , sous un règne heur ïeux et paisible , lorsqu' aucune atteinte n'a été portée à la religion , à la majesté royale , aux lois fondamentales de la monarchie, l'auteur d'une liistoire contemporaine nous révèle les secrets , Ic^
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erreurwS.^ les crimes de la politique , et juge avee une sévérité rigoureuse les rois , les grands , el tous les personnages qui ont pris part aux affaires y, il use d'un droit que la tyrannie seule pouiTail vouloir contester » et sa généreuse véracité lui concilie Testime de tous les lecteurs qui ne soo^t pa(S. intéressés au mensonge. Sans ambitionner le titre d'historien , qu'un homme d'esprit , initié dans les. mystères de la cour , cède à ce penchant qui nous, porte tous , plus ou moins , à la médisance , qu'ili nous découvre les grandes passions et les petitea intrigues qui font mouvoir Içs marionnettes politiques ^ c'est une tâche moins louable sans doute ^ et fort excusable cependant, $i la calomnie et rinjustice n'y ont point présidé ; et quoique alors l'intention dé l'écrivain soit toujours un peu équivoque , Botre malignité la justifie en nous persuadant que les Mémoires secrets fournissent des matériaux utiles à l'histoire. Mais au milieu de Is révolution la plus désastreuse , lorsque l'autel et le trône ont été renversés dans le sang des plu5 augustes victimes, lorsqu'une peste morale s'étend l^ur toute l'Europe qu'elle ravage , uq honnête homme, un "prêtre," peut-il songer à écrire de& Mémoires secrets? Après nous avpir montré le roi le plus }uste , la reine la plus aimable expirant $ur l'échafaud , peut-il nous entretenir des petites passions des courtisans , peut-il nous révéler des. fautes , des imprudences rachetées par tant de vertus , et punies par tant de crimes ?
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Toutes les bonnes qualités que je suis obligé de reconnaître dans Tabbé Greorgel, rendent plus incwcevable le motif qui lui a dicté une pailie * de ses Mémoires, et Tesprit dans lequel ils sont rédigés. Quel démon Ta poussé à retracer l'hisloire et le procès du trop fameux collier, et dans quel temps encore a-t-il écrit ces tristes détails ? Quoi! dans le moment on il accuse les Français d'avoir perdu tout respect pour la majesté royale, il travaille lui-même à détruire ce respect , et à diminuer l'intérêt si légitimement dû aux douleurs les plus augustes ! Mais , dira-t-on , il a voulu venger le cardinal de Rohan , auquel il était attaché par devoir et par affection. Excuse frivole, ^légation fausse. Quand il composait ses Mémoires , son affection pour le cardinal n'existait plus, puisque avant son émigration il écrivait « qu il était bi^i désabusé, bien persuadé de Tinutililé de ses efforts pour engager le cardinal à tenir uue conduite convenable à sa naissance, et quHl of^ait pMs la résolution de le quitter. » Ailleurs , encore, il nous prouve que le cardinal avait été ingrat. Et c'est pour un tel homme qn'il va soulever les débris du trône , et qu'il en retire un libelle. On me répond encore qu'à défaut d'affection, le devoir lui imposait l'obligation de venger le prélat dont il avait été vicaire. Ent:e cas, l'abbé Georgel s'est bien mal acquitté de son devoir, et a bien mal vengé son évêque , puisque le cardinal paraît bien plus coupable dans ses Mémoires que
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dans aucun écrit du temps : on Vy voit , en eflèt , persister jusqu'au dernier moment dans son inconcevable erreur, soutenir, même à la Bastille , qu'il n'avait été trompé ni parsonamour^propre, ni par les fripons qui l'assiégeaient, et affirmer qu'il avait obtenu l'assentiment de la reine pour l'achat du collier, quoiqu^il soit démontré que cette princesse n'avait pas parlé une seule fois au cardinal depuis qu'il était revenu de son ambassade en Autriche. Cette affaire , qui a fait tant de bruit , et que Tabbé Georgel se plaît à rapporter si minutieusement , peut se réduire à cette simple analyse.
Le prince Louis de Rohan, nommé ambassa-* deur à Vienne , arriva dans cette capitale le 6 janvier 1772 ; il y avait deux ans que l'archiduchesse Marie-Antoinette en était partie pour la France. Je fais cette observation pour détruire une erreur assez généralement répandue : on a cru , on a même imprimé que le cardinal de Rohan avait connu Marie 'Antoinette quand il était Anbassa-* deur à Vienne , et Ton voit que cela était de toute fausseté. Le prince Louis , dans ses dépêches diplomatiques, adressées au duc d'Aiguillon, parlait avec peu de respect de l'impératrice Marie-Thérèse , et dans une lettre surtout il s'exprimait avec un sarcasme outrageant sur ce qu'il nommait la prétendue vertu de cette grande princesse. Le duc d'Aiguillon eut l'indiscrétion de communiquer ccUe lettre à madame Dubarry, qui en abusa jus-
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qu à la lire à un grand souper, comme si elle Tavait reçue directement de T ambassadeur. On sent combien madame la Dauphine fut indignée d'apprendre que Tauguste nom de sa mère avait été profané ; et par quelle bouche , et dans quel lieu! Dès ce moment elle conçut pour le prince Louis une aversion , bien méritée sans doute , et que le temps ne put affaiblir. De son côté, l'ambassadeur avait eu Tart de déplaire complètement à la cour de Vienne ; Marie-Thérèse demanda son rappel , et adix^stsa sa dépêche à la Dauphine , sa fille.
Le prince Louis , expulsé plutôt que revenu de son ambassade , fit tous ses efforts pour obtenir son pardon de la princesse devenue reine , mais il n'en obtint que le silence le plus obstiné et Taccueil le plus glacial. Il n'appartient qu'à Tapolo- ^ste du cardinal de trouver trop de sévérité dans cette vertueuse obstination de la reine. Le cardinal , qui avait' sans doute fort mauvaise opinion des femmes, puisque ses soupçons injurieux s'élevaient jusqu'à Marie -Thérèse, le cardinal, qui voyait fort mauvaise compagnie, s'imagina, ou se laissa persuader que le cadeau d'un riche collier de diamans le réconcilierait avec la reine de France. Une intrigante , madame de la Motte , femme réduite à l'indigence , et qui se- vantait d'une origine illustre , entretenait le cardinal dans ce coupable espoir. Ce prélat avait accordé la confiance la plus aveugle au charlatan Cagliostro et à d'autres fri-
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pons associes à madame de la Motte. Comme un^ autre Galigaï, cette digne confidente voulut essayer ce que peut sur un esprit faible T ascendant d'un esprit fort ; elle réussit avec une déplorable facilité. La dupe et les fripons apprirent que les joailliers Bochmer et Bassange possédaient un collier qui avait plu à la reine, mais que cette princesse n'avait pas osé acheter quand elle sut que Louis XVI voulait faire succéder Téconomie aux profusions du règne précédent. Le cardinal vit dans ce collier un moyen de faveur ; mais avant de^ s'engager pour l'énorme somme de i,6oo,ooofr.^ il voulait être sûr que la reine s'abaisserait jusqu'à, recevoir ce cadeau. L'intrigante, qui convoitais: cette riche proie, avait dès long-temps fait accroire au cardinal qu'elle avait su intéresser la reine , qu'elle était reçue à Trianon, quelle avait déjà détruit les préventions de cette princesse contre r ex-ambassadeur ; et quand elle vit son éminence parvenue au dernier degré de la crédulité , elle eut / Taudace de produire un billet qu'elle assura être i de la reine, billet composé par le faussaii^e Villettei' et qui portait la signature inusitée de Marie-Aiw toinette de France^ maladresse qui, à des yen moins prévenus , en aurait démontré la fausset Le cardinal, qui déjà se voyait au pinacle f honneurs, fit l'acquisition du collier, qui fut p^f chez madame de la Motte , et livré à un comt portant la livrée de la reine. /
Cependant le temps s'écoulait « et le prélf
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-Recueillait aucun fruit de ce brillant sacrifice. Pour dissiper les soupçons qu^il commençait à conce- Toir, d'autres lettres furent écrites, et Ton fit jouer dans les bosquets de Versailles une farce iiussi ridicule que coupable , mais qui toute grossière qu'elle était , confirma le cardinal dans son nveuglement. Cependant le prélat qui avait beaucoup moins d'argent que de dettes , n'avait point satisfait à ses engagemens ; les joailliers se plaignis rent à la reine , dont on leur avait présenté la prétendue signature. Cette princesse , indignée d'une pareille infamie, demanda justice au roi; le cardinal fut arrête avec esclandre , et l'affaire fut imprudemment portée au parlement. Ce corps , qui n'avait alors de courage que contre la cour ( ré^ flexion de M. Lacretelle jeune ) , rendit un arrêt scandaleux par son excessive indulgence : le cardinal fiit acquitté comme dupe , le faussaire Villelte banni à perpétuité, et la trop célèbre la Motte, convaincue d'avoir escroqué le collier et de l'avoir fait vendre en Angleterre, fut flétrie par la mâiu du bourreau, et enfermée à la Salpêtrière d'où elle a trouvé le secret de s'évader après deux ans d'une {miiition trop douce.
Tout ce que je viens de dire est avoué par l'abbé' Cieorgel ; il a même la bonté de répéter plusieurs fois que la reine n'a eu aucun tort dans l'intrigue ^u collier, comme si npus avions besoin die cette garantie pour croire la reine innocente; Mais ^ ^Uns cette n^alheureuse affaire , qui lui a fourni
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plus de deux eents pages d'impression, il laisse h chaque instant percer une malveillance évidente , et un désir trop manifeste de ternir la mémoire d'une princesse aussi intéressante par ses grâces et sa bonté que célèbre par ses malheurs. Ce sont des réticences, de prétendus secrets qu'il n'ose révéler, c'est une confidence qu'on lui a faite à Baie , et d'après laquelle il était difficile de justifier Sa Majesté d'une connù?ence incompatible avec ses principes et son rang. Cormwence! et l'abbé Georgcl a pu écrire ce mot ! Ensuite , ce sont des conjectures fort impertinentes sur l'évasion de madame de la Motte , et des assertions^ plus impudentes encore sur une prétendue négociation d'une prétendue grande dame envoyée en Angleterre pour acheter les Mémoires de ma*dame de la Motte , et en empêcher la publication ; enfin, l'abbé ne rougit pas d'affirmer que les rap-porteurs du procès ont soumis leur travail à la reine , et que cette princesse a usé de toute son influence sur les jiiges , tandis que le parlement a montré, au contraire, la plus grande partialité pour le cardinal. Que n'est-il vivant l'auteur de ces Mémoires! Je le sommerais d'articuler 3es doutes, d'expliquer ses sous-entendus , de motiver ses réticences. Ne nous y trompons pas, ce bon abbé Georgel haïssait la reine de tout son cœur, et il la haïssait parce qu'elle accordait sa confiance à l'abbé de Vermond et à M. de Breteuil que M. Georgel haïssait encore davantage.
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Dans tous ses Mémoires, il saisit avidement Toccasion de lancer un trait dé satire contre cette princesse qui venait de périr d'une mort si aflreuse, et ce trait est toujours celui de la calomnie. Il la montre comme une femme avide du pouvoir, voulant dominer les ministres et le roi lui-même ; il fait proclamer par F abbé de Vermond que les désirs de la reine dowent être des ordres^ que les ministres doivent y obéir sans examen , et il ajoute complaisamment que cette politique plaisait fort à la reine. Ici , le parti de la reine s agite pour assurer à cette princesse la prépondérance dans le gouvernement Marie -Antoinette chef de parti ! Ses bourreaux lui avaient épargné cette injure. Là elle nomme les ministres, i et se fait l'arbitre des destinées de la France ; plus loin , la reine marche à grands pa^ vers la suprématie du poui^oir; ailleurs enfin , la reine obtenait de Louis XT^I , à Vinsu du ministre 9 des choses dont le résultat powait compromettre le ministre et le roi luifnéme. Ne semble-t-il pas voir Agrippine menaçant de soulever les Prétoriens, si on ne lui abandonne pas les rênes de TEtat , et ne faut-il pas être bien malheureux pour trouver à Marie-Antoinetle des torts inconnus aux jacobins? Ne nous étonnons donc pas si le nom seul de Fabbé Geprgel *, prononcé à la cour de Mittau , a fait pâlir une auguste princesse , et si cet abbé , invité d'abord à la table 'àvL roi , a n^u ensuite un billet par lequel M. de Saint-Priest lui disait qu'on s'était trompé , et que
ilO ^LtriQUE ET AiSTOmÈ»
M. le duc d*Aumont n'avait pas compris l*al)k^ Georgel dans Tinvitation. Ne nous étonnons pas isi M. le baron de Breteuri écrivait au mimslre de l'empereur : « Je viens d'apprendre que l'abbé George!...,., est dans ce moment àvFribourg. en
Brisgaw il y dira de grands mensotiges il y
élèvera une statue au cardinal de Rohan , aux dé^ pens de notre infortunée reine. » M. dé Breteuil n'a pas mal deviné.
Voici un dertiâer coup de pinceau qui achèvera le portrait moral de cet écriyain si impartial, d dévoué à ses souverains , si incapable d'injusticei Dans le récit de son voyage en Russie , qui forme le sixième volume de ses Méûioires , quatoi^ze ans après le procès du collier , sept ans aprè& la mort de ce roi et de cette reine dont l'abbé Ge<Mrgcl pleure les îtifortunes , il a le courage d'écrire le paragraphe suivant : « Un événemetit étrange et désastreux m'attacha par devoir à la conduite 3' un procès trop fameuic que Je voudrais pow^oir ensevelir dans r oubli. » Eh ! qui vous force de le reproduire ? « Malgré la majesté souveraine des augusies
personnes qui avaient intenté le procès » Que
cette raillerie sied bien à un rôyaKsfce? « l'illustre accusé est sorti d'une procédure criminelle , aaec tous les honneurs de la victoire , et counomné so^ lennellement parles mams de la justice. » La belle antithèse de l'accusé couronné et de l'humiliatÎMi de la majesté souveraine ! Eh ! certes le baron de Breteuil connaissait bien Fabbë Georgel.
MEMOIRES DE l'aBBI GEOIIGEL. lit
Quelque long que soit cet article , je ne puis le terminer sans inviter le lecteur à consulter , sur Id procès du collier , le sixième tome de l'Histoire de France pendant le dix-hudtième siècle , par M. Lacretelle jeune que j'ai déjà cite plus haut. Getlie af- Êâre y est présentée avec une clarté admirable ; jugée avec une sagacité parfaite^ et le style de Thistorien s'y élève à un ton de dignité qui ne parais-* sait pas compatible avec une si misérable intrigue. Si l'on pouvait hésiter entre Thistorien qui venge la reine et condamne le cardinal et ses juges , et l'abbé Georgel qui sacrifie tout au -cardinal sans le disculper , il suffirait , pour se déterminer , de peser les considérations suivantes : L'abbé Georgel était Thomme du cardinal , et dès lors récusable ; il était hors de France , il écrivait avec une sécurité et une liberté absolues , et cependant il n'a pas osé faire paraître ses Mémoires de son vivant; M. Lacretelle était resté en France , il écrivait à Paris , sous le régime impérial , dans Tannée i8i i , époque où la puissance de Buonaparte était à son apogée , époque où l'on ne pouvait raîsonnableîUent espérer le retour de la dynastie légitime, époque oii TapolfOgie des Bourbons it'était certainement pas un moyen de se concilier la faveur du gouvernement. Jamais choix -ne fut plus facile à faire.
Je ne dis rien dts trois .volumes dans lesquels l*abbé Georgel trace les év^nemens de là révolur tiou. Ils n'offrent rien de neuf^ et l'auteur étazi
trop loin pour pouvoir juger avec exactitude les acteurs de cette grande tragédie. Mais , à quelques erreurs près , il ne s' écarte jamais, dans cette partie de son travail , des principes d*un honnête homme et d'un vrai royaliste. Son f^oyage en Russie esi semë de détails curieux sur Terapereur Paul P' ei sa politique vacillante ; il est d'ailleurs écrit agréahlement. Mais comment l'abbé Georgel a-t-il ose se présenter à Mittau !