‹ OEuvres de Fermat (volume 2)Chapitre 209 sur 222 · SAMEDI 13 MAI 16G · texte numérisé non relu

SAMEDI 13 MAI 16G

MoNSiKur.,

1. C'est par l'ordre d(^ l'Assemblée qui se tient toutes les semaines chez M. de Montmort, que je vous écris aujourd'hui pour vous faire une amende honorable d'un méchant mot latin que j'ai mis dans la lettnî que je me donnai l'honneur do vous écrire il y a huit jours, dont je lui fis la lecture mardi dernier. Ce fut la seule chose qu'tdle y (rouva à redire, et je l'avois bien senti moi-même en l'écrivant : aussi avois-jc tâché de l'adoucir par le correctif qui le précède. Cependant, nonobstant cela, j'en reçus une réprimande publique, et aussitôt je me proposai de vous en faire mes excuses au premier ordinaire, ce que j(! fais

ex m. - 6 M\I lGG-2. 4.73

aujourd'hui d'autant i)liis volontiers qu'outre que par cette soumission je vous ferai connoitre l'ingénuité de mon procédé, cela me donnera aussi occasion de vous dire quelque chose que je fus obligé de répliquer il quelques objections qui me furent faites par quelques-uns de l'Assemblée, afin de rendre la pensée de M. Descartes, touchant la réfraction, plus claire par un exem])le familier et qui est tout-à-fait propre au sujet.

Si je n'avois point été si impatient que de vous envoyer une chose qui étoit prête il y avoit plus de quinze jours et que l'engagement que j'avois m'avoit obligé de faire voir dès-lors ii M. de la ('.hambre, j'aurois évité le reproche de la Compagnie et ne serois j)as tombé dans cette faute. Mais j'eus pour qu'il me fallût encore dilTérer plus longtemps d'en parler à l'Assemblée, qui avoit déjà remis par deux fois la lecture que je lui en voulois faire, pource qu'elle vouloit aussi avoir en même temps les sentimens de M. Petit, qui lui avoit fait connoitre, dès la première fois que votre lettre parut devant elle, qu'il avoit plusieurs choses à dire et contre ce que vous écrivez à M. de la (Chambre et contre ce que M. Descartes a écrit.

Pour moi, qui ne m'étois pas trouvé à l'Assemblée quand votre lettre y fut lue la première fois, et qui me dispensois alors souvent de m'y trouver, à cause de quelques affaires plus importantes que la détention de M. de la Haye, mon gendre, me donnoit pour poursuivre; à la cour sa liberté, je ne l'eus pas plus tôt vue que je crus être obligé d'y faire réponse, comme étant une suite des petits démêlés (|ue nous avions déjà eus autrefois ensemble sur la même matière, et parce aussi que vous me faites l'honneur de me nommer i)ar trois fois dans votre lettre et de sembler m'y convier.

J'avois donc préparé ma réponse le plus tôt que j'avois pu, et pensois la faire voir à la Compagnie, mais elle ne le jugea pas à propos, pour ne point prévenir M. Petit dans la repartie qu'il avoit promis de vous faire. Mais, craignant que cela n'allât trop en longueur, je im> résolus de moi-même samedi dernier de vous l'envoyer avant ([uc (b; l'avoir fait voir à la Compagnie, de ()ni j'ai reçu les avis trop lard pour Ikrmat. - 11. Co

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m'empécher de tomber dans cette faute, mais non pas pour vous en faire mes excuses et vous en demander le pardon.

Et pour le mériter en quelque façon, souffrez que je m'explique un peu plus au long que je ne fis la dernière fois, pour vous faire comprendre ce que je pense de la pensée qu'a eue M. Descartes touchant la réfraction.

2. Il est certain qu'à considérer tout seul le rayon AB, en tant qu'il est dans l'air, il ne va ni à gauche ni à droite, ni en haut ni en bas, mais toute sa tendance est d'aller vers D et n'a (ju'uue seule direction. Mais sitôt qu'on lui oppose un autre milieu, par exemple CBE, dans lequel il soit obligé de passer, on peut dire et il est vrai qu'à l'égard de ce milieu il a diverses tendances. Car si on le lui oppose direclement, sa chute est perpendiculaire et n'a qu'une direction à son égard ; mais si on le lui oppose de biais, comme il est dans la page 17 de la I)ioptrique(/7^. 102), alors ce rayon à son égard a une double direction :

Fis;. 102.

l'une qui le fait tendre vers lui, qui est de haut en bas; et l'autre qui le porte de gauche à droite, à laquelle ce milieu n'est point du tout opposé. Et si on le lui opposoit d'une autre façon, la même direction, qui maintenant est de gauche à droite, pourroit être celle qui le porteroit vers lui, et l'autre, celle à laquelle ce milieu ne seroit point opposé. Et selon que ce milieu est plus ou moins incliné à ce rayon, les deux tendances ou directions qu'il a à son égard sont diverses et j)euvcnt avoir l'une à l'égard de l'autre diverses proportions.

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