ACTE ÏÏI, SCÈNE IX. 2o
méritait pas d'être trompée. Mais vous êtes malheureux, je viens supplier mon frère de vous secourir. Oui , mon frère , il n'a offensé que moi ; il n'a manqué qu'à l'amour; l'amitié doit l'ignorer. Tu serais cent fois plus coupable que lui si tu l'abandonnais ; car il me restait mon frère , et que lui resterait-il ? Sa maison est déjà déserte; tout le monde le fuit. Mon frère , tu seras son appui , tu le tireras de l'infortune ; et mon cœur te paiera de tes bienfaits en ajoutant à ma tendresse pour toi toute celle que j'avais pour lui..
LE MARQUIS
Colette, vous déchirez mon cœur et voua l'enflammez. Non, je ne vous ai pas trompée; dès l'instant où je vous ai vue, j'étais résolu de rompre ce mariage. Si je vous l'ai caché, c'était pour ne pas paraître si coupable, c'était pour ne pas vous affliger.
COLETT E
Si vous aviez jamais aimé, vous sauriez que la plus affreuse nouvelle n'afflige pas autant que le plus léger manque de confiance.
LE MARQUIS
Hé bien I Colette , décidez de mon sort. Je suis au comble du malheur ; sans ressource , abandonné de tout le monde , je n'ai d'appui que vous seule. Rendez-moi votre cœur, j'ac-
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cepte vos bienfaits; mais, si vous ne m'estimez, pasj si vous ne m'aimez plus , vous avez perdu le droit de m'être utile ; je ne veux rien vous devoir.
COLETTE
Quoi! vous voulez... -;
LE MARQUIS
Je veux mourir ou être aimé de vous; cette volonté ne m'est pas nouvelle.
COLETTE
Mon frère, si nous l'abandonnons, personne ne viendra le secourir.
LE MARQUIS
Point de pitié, Colette; ce sentiment est affreux quand II succède à l'amour. Haïssezmoi , ou pardonnez-moi comme vous me pardonniez autrefois..
Colette, le regardant.
Ah! que l'infortune vous va bien! Depuis que vous êtes malheureux, vous ressemblez bien davantage à ce Jeannot que j'ai tant aimé.
LE MARQUIS
Je n'ai jamais cessé de l'être : mon cœur vous en répond : il est à vous , ce témojn-là j il ne peut mentir.
COLETTE
Si j étais bien sûre. • . «
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