ARLEQUIN* MATHURINE
A^RÈEQUIN'.
Allez , madame Mathurme» j,'ai bien du chagrin.,
MAT H UHI NE.
Je n'en doute pas , mon pauvre ami.
ARLEQUIN
Je ne m'y serais jamais attendu de la part de mademoiselle Lucette. Après la promesse qu'elle m'avait faite de m'aimer toujours , après la permission que vous lui eu aviez, donnée , comment est-il possible qu'une fille élevée par vous , qu'une fille qui est votre fille , soit une. perfide et une chanteuse !
MATHUniNE.
Mais es-tu bien sûr que Lucette ne t'aime plus?
ARLEQUIN
Ah I madame Mathurine , il v a long -temps
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que je fais tout ce que je peux pour ne pas le voir ; mais cela me crève les yeux et le cœur. On dit (juc l'amour ne peut pas se cacher; croyez que, quand on cesse d'en avoir, cela se cache encore bien moins.
MATH URINE
Je serais aussi fâchée que toi du changement de ma fille ; ton mariage avec elle était arrangé depuis si long- temps I Lorsque ton père vint s'établir dans le pays de Caux, je fus la première à l'accueillir, à l'aider, à lui donT ner des secours pour faire valoir sa ferme. Je suis devenue veuve presque en même temps que ta mère : je l'aimais déjà beaucoup , ta mère ; mais on s'aime bien mieux quand on a pleuré ensemble. Tu es son fils unique ; je n'ai d'enfant que Lucette ; ton caractère franc , ton bon cœur m'ont toujours plu; j'ai vu qu'ils plaisaient à ma fille : à^e , fortune , inclination , tout se rapportait entre vous deux , tout semblait assurer votre bonheur et celui de vos mères ; car tu sais bien que les mères ne sont heureuses que quand les enfans sont contens. Juge du chagrin que j'aurais de renoncer à de si douces espérances.
ARLEQUIN
Hé bien, je suis fâché de vous dire que vous ne risquez rien d'avoir du chagrin.
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