‹ Œuvres de FlorianChapitre 148 sur 285 · SCÈNE ï. : " g · texte numérisé non relu

SCÈNE ï. : " g

MÀTHURIKE.

Peut-être aussi t'affliges-tu sans sa jet. Les amoureux et les enfans pleurent souyent à propos de rien : tu es bien amoureux , et tu es . un peu enfant.

A.RLEQUIN.

Je suis oublié de votre fille , et voilà ce qu'il y a de pis. Depuis que ce M. Duval , le neveu de notre bailli , est arrivé de Paris ayec son catogan , son gilet à. fleurs , sa petite badine, et son air d'importance et d'impertinence , votre fille n'est plus la même. Elle est toujours avec M. Duval; elle apprend toutes les cjbansons qu'il dit ; elle rit de tous les contes qu'il fait., Dimanche dernier ils ont toujours dansé ensemble : moi je pleurais derrière le joueur de violon ; elle ne s'en est seulement" pas aperçue. Le soir, on a joué à colin-maillard; c'était moi qui étais le colin-maillard; je' Tai resté toute la soirée, parce que vous sentesbien qu'on n'a plus ni bras ni jambes quand on est sûr de n'être plus aimé. J'entendais fort bien que mademoiselle Lucettë et M. Duval se moquaient et riaient ensemble de moi : et quand je l'ai voulu reprocher à mademoiselle Lucette , pour toute justification , elle m'a dit que j'avais triché, puisque j'y avais vu clair» C'est-il clair , madame Mathurine?

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M AT H URI NE

Tout cela peut être un enfantillage que tu auras pris trop au sérieux. Au lieu de gronder Lucette , il vaudrait mieux faire semblant de ne t 'apercevoir de rien , et redoubler d'efforts pour être aimable.

A.RLEQUIN.

Mon Dieu! madame Mathurine, je ne la gronde jamais : je pleure quelquefois , parce que je ne peux pas empêcher les larmes de venir ; mais sitôt que mademoiselle Lucette me regarde , je me mets tout de suite à rire , de peur que cela ne l'impatiente. Quant à être aimable , dame ! je fais ce que je peux, madame Matburine , je mets tous les jours mon habit des dimanches : vous le voyez bien. Ma mère m'a donné tous ses joyaux; je ne les tiens pas dans mon coffre , je les porte tous sur moi : je me fais le plus brave que je peux; mais je n'ai point de catogan comme M. Duval j je ne sais pas siffler tous les petits airs qu'il siffle. Il a appris à Paris je ne sais combien de chansons, qu'il compose ensuite dans le moment pour mademoiselle Lucette; je n'en sais point, moi ; j'ai voulu essayer d'en composer une, j'y ai passé toute ma journée d'hier; mais je n'ai pu trouver autre chose, sinon que ; J'aime Lucette plus que ma vie. Quand j'ai dit cela

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une fois, bonsoir, j'ai dit tout ce que je savais.

MATHURIHE-

Tu m'affliges beaueoup , mon ami , car ce petit Duval ne convient point dû tout à ma Elle.

ARLEQUIN

Non , sûrement.

MATHUniBTE

C'est un assez mauvais sujet. . . .

A BLE QUI If.

Je vous en réponds.

MÀTHU8INE.

Que son séjour à Paris n*a fait que gâter encore.

ARLEQUIN.-

Oh ! je le sais de très bonne part.

MATHUAINE,

Il est d'une Jolie figure.

ARLEQUIN

Ma foi , comme cela j je ne le trouve pas joli , moi.

MAT H URINE

Il a de l'esprit.

ARLEQUIN

Tout le m q*i de le dit, mais savoir si c'est vrai.

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î*- LA BONNE MÈHE..

MATHURXÎSE..

Toutes les jeunes filles du village courent après lui.

Qu'elles courent, je ne m'y oppose pas, pourvu que Lucette se tienne tranquille.

MATHUR1HE,

Du val n'est pas riche.

AHLEQUIIÏ.

Ça n'a rien que son catogan..

MATHURINE

Ma voisine , qui le connaît bien , m'a dit qu'il est fort intéressé , et que la dot de ma fille lui plaisait pour le moins autant que son visage.,

ARLEQUIN

Oh ! tous ces drôles-là qui aiment l'argent n'ont point de goût.

HATEUniRS,,

Écoute , il ne faut pas encore nous déses-. pérer. Lucette a pu être flattée de la préférence que lui a donnée M. t>uval sur toutes les filles du village. Chez nous autres femmes, mon ami, la vanité est presque toujours la cause de toutes nos sottises. Lucette n'en est pas exempte : mais son cœur est bon, j'en suis sûre; et, avec un bon cœur et une bonne mère , une fille revient toujours. Tu sais cpm-

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