DE M. GESSNER
JJe grand matin Myrtil, sortant de la cabane, trouva Chloé , sa plus jeune sœur , occupée à tresser des guirlandes de fleurs. La rosée brillait sur toutes les fleurs , et à la rosée se mêlaient les larmes de la petite Chloé.
MYIITIL.
Chère Chloé , que veux-tu faire de ces guirlandes!? Hélas ! tu pleures.
CHLOÉ
Et ne pleures-tu pas toi-même , cher Mvrtil ? Mais qui ne pleurerait comme nous? L'as-tu vue , notre mère ? Dans quelle tristesse elle est plongée ! Comme , avant de nous quitjer^ elle pressa nos mains dans les siennes , en "détournant de nous ses veux baignés de larmes !
MYRTIL
Je l'ai vue comme toi- Hélas 1 notre père. . . sans doute, il est plus mal encore qu'il n'était hier.
Théâtre, â. l3
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i46 IDYLLE
CHLOÉ
Ah, mon frère! s'il doit mourir! Çpmme il nous aime , comme il nous embrasse , lorsque nous faisons ce qu'il aime , ce qui plait aux dieux !
M YB. TJL L.
O ma sœur ! comme tout est triste ! En vain mon agneau vient me caresser; j'oublie presque de lui donner à manger. En vain mon ramier voltige sur mes épaules , et cherche à me béqueter les lèvres et le menton ; rien , non , rien ne saurait me rappeler à la joie. O mon père ! si tu meurs , je veux mourir aussi .
Hélas ! il t'en souvient ; ce bon père , il y a cinq jours qu'il nous prit tous deux sur ses genoux, et qu'il se mit à pleurer.
MYB.TIL.
Oui, Chloé, il m'en souvient. Comme il nous remit à terre , comme il devint pâle ! Je ne peux plus vous .tenir, mes enfans ; je me trouve mal.. , très mal. A ces mots il se traina dans son lit. Depuis ce jour il est malade.
CHLOÉ
Et depuis ce jour son mal a toujours augmenté. Écoute , mon frère , quel est mon dessein. Dès l'aube du jjur je suis sortie de la cabane pour cueillir des fleurs nouvelles f et
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DE M. GESSNER. î47
pour en faire ces guirlandes. Je vais les porter au pied de la statue de Pan. Nqtre mère ne dit-elle pas toujours que les dieux sont bons, que les dieux aiment à exaucer les vœux de l'innocence ? J'irai , j'offrirai ces guirlandes au dieu Pan. Et vois-tu dans cette cage tout ce que j'ai de plus cher, mon petit oiseau? Hé bien , je veux l'immoler encore au dieu.
O ma chère sceur ! je veux aller avec toi. . . ^ Je te prie, attends un instant. Je vais chercher ma corbeille , elle est pleine des plus beaux fruits -, et mon ramier, je veux aussi l'immoler, au dieu Pan.,
Il courut , et fut bientôt de retour.. Alors ils allèrent ensemble au pied de la statue. Elle était située non loin de là, sur une colline, au milieu des sapins les plus touffus. Là, s'étant mis à genoux , ils invoquèrent ainsi le dieu des champs :
CHioi
O Pan! protecteur de nos hameaux, écoute favorablement nos prières, reçois nos faibles offrandes. C'est tout.ceque des enfans peuvent t'offrir. Je pose ces guirlandes à tes pieds; si je pouvais atteindre plus haut, j'en voudrais couronner ton front , j'en voudrais ceindre tea
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