SCÈNE III. i
prendre un intérêt si tendre au père de Myrtil ?
QHLOÉ.
C'est le plu$ .juste, c'est le plus doux des sentimens, la reconnaissance. Vous ignorez ce que je dois au bon Ménalque; vous ignorez que, l'été dernier, un orage épouvantable détruisit la moisspn de ma. mère.. Le lendemain de cet orage, ma mère alla voir son champ-, j'étais avec elle, elle me tenait par la main. Ma mère regardait d'un œil fixe tous les épis couchés sur la terre , brisés , dépouillés par la grêle ; elle ne prononçai^ pas une plainte ,' mais de grosses larmes tombaient de ses yeux, et venaient couler le long de mon bras. Je les sens encore , ^çes larmes. Le vieux Mçnajque , le père de Myrtil , passa par-là, en revenant de son champ , qui nJavait pas souffert de l'orage. Il vit ma mère qui pleurait , il s'approcha d'elle d'un air triste, lui prit la main, qu'il serra en levant les yeux au ciel ; puis il me baisa sur le front, et nous dit seulement ces paroles : Revenez ici demain , je vous en prie, revenez. Nous retournâmes le lendemain , et nous trouvâmes.une moisson liée en gerbes., plus belle que la moisson détruite. Le bon Ménalque avait passé la nuit, aidé de
Hosted by
iGo MVRTIL ET CHLOtf.
toute sa famille, à porter dans notre champ la moitié des gerbes du sien.
l y s i s.f Je reconnais bien là Ménalque.
CHLOl
Jugez si je dois l'aimer ! jugez si , depuis ce jour, ma mère et moi nous nous sommes jamais endormies sans bénir le nom de Ménalque. Ah 1 Lysis! joignez vos vœux aux miens , allez conjurer l'Amour de me rendre mon bienfaiteur.
LYSIS
Des vœux ne suffisent pas , Chloé ; les dieux aiment les sacrifices.
Hélas ! je n'ai point de victime : ma mère n'a point de troupeau. Si nous possédions une seule brebis, j'aurais déjà couru la chercher.
LYSIS
A qui appartiennent ces deux tourterelles ?
chloé, d'une voix tremblante.
A moi.
LYSIS
Ce sont les oiseaux de l'Amour : quand je veux obtenir quelque grâce de ce dieu , j'immole deux tourterelles sur son autel.
Hosted by