‹ Œuvres de FlorianChapitre 73 sur 285 · SCÈNE XVII · texte numérisé non relu

SCÈNE XVII

ARLEQUIN, ÇX,ÉA1]$rTE,NÉRI NE.

A ivl-e q U'i'N , un papier à la main. Se te demande pardon , mOn cher ami , de venir te tourmenter encore; mais la douleur de te perdre m'avait tellement troublé la cervelle, que je -n'ai pas songea t offrir une légère^ marque d'amitié. Prends oe billeU, mon pauvre Cléante , etregarde4e , non comme la récompense de tes- services, mais comme le bienfait d& ton ami*

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SGfcNE XVII. J49

CX É AN TE

Eh quoi , monsieur ! vous me mettez au désespoir en m 'assurant que vous m'aimez; vous me punissez en me disant que je suis innocent , et vous venez m'offrir des secours ! jNon , monsieur, je ne peux pas les accepter.

ARLEQUÏ».

Ah ! Oléante, ce n'est pas bien, et je ne mérite pas ce refus;

CLÉ ATS TE.

Il m'est affreux de vous déplaire ; le ciel m'est témoin que rien au monde ne m'est cher au prix de votre amitié : mais une raison invincible me défend d'accepter vos bienfaits.

ARLEQUIN

Quelle est cette raison ? Il ne peut pas y en avoir de bonnes pour affliger les gens qui nous aiment.

NÉB.INE.

Allons , monsieur , parlez , voilà le moment.

ARLEQUIN

Que dis-tu , JNérine ?

NÉJIIJSE.

Je l'exhorte à vous ouvrir son cœur : votre franchise, votre bonté, doivent l'encourager. D'ailleurs vous avez trop bien aimé madame

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i5o LE BON PÈRE.

Argentine pour ne pas pardonner les fautes

que fait commettre l'amour.

ARLEQUIN

L'amour !

Oui , monsieur ; apprenez tout.. Je ne suis point ce que vous croyez. Une passion violente , profonde , pour mademoiselle votre fille, s'est emparée de moi depuis plus d'un an : désespérant de m'introduire chez vous , je me suis présenté pour être votre secrétaire* Voilà mes crimes , punissez-moi.

ARLEQUIN

Comment! vous avez abusé de ma crédulité pour venir séduire ma fille, pour oser..... N érine.

Ah! monsieur, je suis témoin qu'il ne lui a jamais parlé d'amour.

ARLEQUIN

En a-t-il moins risqué de la perdre de réputation? Si l'on sait, comme il est impossible que l'on ne le sache pas , que vous avez passé six mois dans ma maison avec la liberté de voir , de parler à ma fille à toute heure , qui voudra croire au respect que vous avez eu pour elle ? Ma pauvre Nisida sera punie de l'a faute que vous avez seul commise. Et voilà le prix de l'amitié que j'avais pour vous ! vous

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SCÉSE XVII. i5i

déshonorez ma vieillesse, vous rendez ma fille malheureuse , vous empoisonnez mes derniers jours , tandis que je ne m'occupais que de rendre les vôtres heureux !

CLÉAUTE.

L'amour seul fait mon excuse ; et cet amour...

ARLEQUIN

Ingrat que vous êtes ! pourquoi ne pas me le dire ! pourquoi préférer la peine de me tromper au plaisir de m'ouvrir votre cœur?

CLÉANTE

Vous ne mouriez pas permis de l'aimer.

A.RLEQU IN.

Quel était donc votre espoir ?

CLÉANTE

Dé* vous plaire en vivant avec vous, de m'attirer votre estime et vos bontés , d'attendre, en vous aimant, que votre cœur me jugeât digne d'être aimé ; et quand , à force de respect et de tendresse , j'aurais été certain d'un peu d'amitié , alors je n'aurais pas craint de vous découvrir mes sentimens; alors ma pauvreté, mes malheurs, tout ce qui m'empêchait de parler , seraient devenus des motifs d'espérance : je vous aurais raconté mes chagrins; votre âme sensible se serait émue, vous auriez écouté l'avreu de mon amour, non

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i5a LE BON PÈRE.

comme le père de Nisida, mais comme l'ami

d'un malheureux.

A-RLE-QUIN.

Qui êtes -vous donc ? Paillez , expliquezvous.

. Je suis le fils d'un homme de qualité , et j'ai payé bien cher ce funeste avantage. Abandonné par mon père dès les premiers jours de ma vie, victime des fautes d'une mère qui dissipa tout le bien qu'on lui avait laissé pour moi , je me suis trouvé dans le monde à l'âge où l'on a tant besoin de ses parens , sans fortune , sans guide, sans appui , seul, isolé dans la nature , n'ayant pour tout bien que la connaissance de mes malheurs, et n'osant pas même porter le nom d'un père qui m'avait ôté sa tendresse avant que j'eusse vu le jourr

Monsieur, vous vous attendrissez..,.

ARLEQUIN

•Point du tout, mademoiselle.... Eh bien?

CLEANTE.

Ce n'est pas tout. A l'instant où un ancien ami de mon père était prêt à sVmpîojer auprès de lui pour m'obtenir la permission de l'aller embrasser., et c'eut été la première fois de ma vie , nous apprîmes que mon père était mort

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