ACTE ï, SCÈNE IV. t
amitié pour Jeannot est aussi vive que ton amour. Je ne me dissimule pas ses torts : depuis six mois ses lettres sont devenues plus rares et moins tendres : mais il est bien jeune; il a été transporté tout d'un coup d'une vie simple et paisible dans le tourbillon du monde et de ses plaisirs , il peut s'être laissé enivrer malgré lui ; ne le jugeons pas sans l'avoir vu. Plus nous l'aimons, plus nous avons besoin de preuves pour cesser de l'estimer.
COLETTE
Il est vrai qu'il sera toujours assez tempi de le baïr.
COLIN
Sa mère m'inquiète plus que lui; elle ignore les engagemens de son fils avec toi; et l'on dit que son immense fortune lui a donné un orgueil insupportable.
Mais comprends-tu cette fortune acquise en si peu de temps? A peine y a-t-il quatie ans que la mère de Jeannot habitait notre petite ville. Elle était alors une simple bourgeoise bien moins riche que nous ; mon père ne trouvait pas son fils un assez bon parti, pour moi. Madame la marquise n'était pas marquise alors; et quand nous allions la voir, elle ne nous faisait pas attendre.
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i6} JËANNOT ET COLIN.
COLIN
Que veux-tu, Colette, elle a fait fortune. Il n'y a rien à répondre à ce mot-là.
COLETTE
Explique-moi ce que c'est que faire fortune. Comment des gens qui n'ont rien parviennentils à avoir quelque chose? Ils prennent donc h eeux qui en ont?
colin.
Pas toujours. Ce matin j'ai vu quelqu'un de .nptre ville établi ici depuis long-temps ; il ma raconté comment la mère de Jeannot avait acquis ses richesses. Tu te souviens qu'elle fut obligée de venir à Paris pour des affaires. Elle y trouva un de ses parens , immensément riche > qui la prit en amitié, et la fit jouir de sa fortune : ce parent est mort il y a six mois , et lui a laissé tout son bien.
Ce parent avait Jrien .affaire de lui laisser son bien ! il est cause que j'ai perdu le mien. colin.
La voici.
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