A MADAME DE MONTESSON
0 vous qui sans esprit plairiez par vos attraits, Et de qui l'esprit seul suffirait pour séduire, Vous qui du blond Phébus savez toucher la lyre.
Et de l'Amour lancer les traits,
Toute louable que vous êtes, Je ne vous louerai point; allez, rassurez-vous :
Ce serait vous mettre en courroux, Je le sais. Cependant les belles, les poètes, Aiment assez l'encens; vous êtes tout cela, Et vous ne l'aimez point. J'en resterai donc là;
Mais ne vous fâchez pas, si j'ose Parler toujours de vous en parlant d'autre chose.
Un aigle, fils des rois de l'empire de l'air,
Sur le soleil fixant sa vue, Ne vivait, ne planait qu'au delà de la nue, Et ne se reposait qu'aux pieds de Jupiter. Cet aigle s'ennuyait; le soleil et l'Olympe,
Lorsque sans cesse l'on y grimpe,
Finissent par être ennuyeux.
Notre aigle donc, lassé des cieux, Descend sur un rocher. Près de lui vient se rendre Une blanche colombe, aux yeux doux, à l'air tendre, Et dont le seul aspect faisait passer au cœur Ce calme qui toujours annonce le bonheur. L'aigle s'approche d'elle, et plein de confiance,
Lui raconte son déplaisir.
La colombe répond : Petite est ma science, Mais je crois cependant que je peux vous guérir :
Daignez me suivre dans la plaine.
Elle dit, l'aigle part. La colombe le mène Dans les vallons fleuris, au burd des clairs ruisseaux,
Lui montre mille objets nouveaux,
Le fait reposer à l'ombrage, Ensuite le conduit sur de riants coteaux,
Et puis le ramène au bocage,
Où du rossignol le ramage
Faisait retentir les échos.
Le bonheur n'est pas dans les deux, Il est près d'une bonne amie.
Ce n'est tout; elle sait encore Doubler chaque plaisir de son royal amant
Par le charme du sentiment.
De plus en plus l'aigle l'adore;
Bientôt ils s'unissent tous deux,
Leur félicité s'en augmente;
Et lorsque notre aigle amoureux Voulait remercier son épouse charmante D'avoir enfin trouvé l'art de le rendre heureux,
Il lui disait, d'une voix attendrie :
Le bonheur n'est pas dans les cieux;
Il est près d'une bonne amie.
Le Lion et le Léopard.
Un valeureux lion, roi d'une immense plaine, Désirait de la terre une plus grande part, Et voulait conquérir une forêt prochaine, Héritage d'un léopard.
L'attaquer n'était pas chose bien difficile; Mais le lion craignait les panthères, les ours, Qui se trouvaient placés juste entre les deux cours. Voici comment s'y prit notre monarque habile :
FABLES DE FLOIUAN
Au jeune léopard, sous prétexte d'honneur,
Il députe un ambassadeur; C'était un vieux renard. Admis à l'audience. Du jeune roi, d'abord il vante sa prudence, Son amour pour la paix, sa bonté, sa douceur
Sa justice et sa bienfaisance; Puis, au nom du lion, propose une alliance
Pour exterminer tout voisin
Qui méconnaîtra leur puissance.
Le léopard accepte; et, dès le lendemain,
Nos deux héros, sur leurs frontières, Mangent à qui mieux mieux les ours et les panthères Cela fut bientôt fait. Mais quand les rois amis,
Partageant le pays conquis,
Fixèrent leurs bornes nouvelles,
Il s'éleva quelques querelles :
Le léopard lésé se plaignit du lion;
Celui-ci montra sa denture
Pour prouver qu'il avait raison :
Bref, on en vint aux coups. La fin île l'aventure
Fut le trépas du léopard :
Il apprit alors, un peu tard, Que, contre les lions, les meilleures barrières Sont les petits États des ours et des panthères.