KH
« Eh! je joue aussi de la flûte.
Le Paysan et la Rivière.
Je veux me corriger, je veux changer de vie, Me disait un ami : dans des liens honteux
Mon âme s'est trop avilie; J'ai cherché le plaisir guidé par la folie, Et mou cœur n'a trouvé que le remords affreux. C'en est fait, je renonce à l'indigne maîtresse Que j'adorai toujours sans jamais l'estimer; Tu connais pour le jeu ma coupable faiblesse,
Eh bien! je vais la réprimer;
Je vais me retirer du monde; Et, calme désormais, libre de tous soucis,
Dans une retraite profonde, Vivre pour la sagesse et pour mes seuls amis.
Que de fois vous l'avez promis!
Toujours en vain, lui répondis-je.
Çà, quand commencez-vous"? — Dans huit jours sûrement.
— Pourquoi pas aujourd'hui? Ce long retard m'afflige.
— Oh ! je ne puis dans un moment
Briser une si forte chaîne :
Il me faut un prétexte; il viendra, j'en réponds.
Causant ainsi, nous arrivons
Jusque sur les bords de la Seine;
Et j'aperçois un paysan
Assis sur une large pierre.
Regardant l'eau couler d'un air impatient.
— L'ami, que fais-tu là? — Monsieur, pour une affaire Au village prochain je suis contraint d'aller :
Je ne vois point de pont pour passer la rivière, Et j'attends que cette eau cesse enfin de couler. Mon ami, vous voilà, cel homme es! votre image; Vous perdez en projets les plus beaux de vus jours " Si vous voulez passer, jetez-vous à la nage; Car cette eau coulera toujours.
Le Miroir de la Vérité.
Dans le beau siècle d'or, quand les premiers humains,
Au milieu d'une paix profonde,
Coulaient des jours purs et sereins,
La Vérité courait le monde
Avec son miroir dans les mains.
Chacun s'y regardait, et le miroir sincère Retraçait à chacun son plus secret désir,
Sans jamais le faire rougir :
Temps heureux qui ne dura guère!
L'homme devint bientôt méchant et criminel.
La Vérité s'enfuit au ciel, En jetant de dépit son miroir sur la terre.
Le pauvre miroir se cassa.
Ses débris, qu'au hasard la chute dispersa,
Furent perdus pour le vulgaire.
Plusieurs siècles après on en connut le prix; Et c'est depuis ce temps que l'on voit plus d'un sage
Chercher avec soin ces débris, Les retrouver parfois; mais ils sont si petits,
Que personne n'en fait usage.
Hélas! le sage, le premier,
Ne s'y voit jamais tout entier.
Jupiter et Minos.
Mon fils, disait un jour Jupiter à Minos,
Toi qui juges la race humaine, Explique-moi pourquoi l'enfer suffit à peine Aux nombreux criminels que t'envoie Alropos. Quel est de la vertu le fatal adversaire Qui corrompt à ce point la faible humanité? C'est, je crois, l'intérêt. — L'intérêt? Non, mon père.
— Eh! qu'e&t-ce donc? — L'oisiveté.
1G2 FABLES DE KLORIAN
Le petit Chien.
La vanilé nous rend aussi dupes que sots.
Je me souviens, à ce propos, Qu'au temps jadis, après une sanglante guerre,
Où, malgré les plus beaux exploits,
Maint lion fut couché par terre,
L'éléphant régna dans les bois.
Le vainqueur, politique habile,
Voulant prévenir désormais Jusqu'au moindre sujet de discorde civile, De ses vastes états exila pour jamais La race des lions, son ancienne ennemie. L'édit lut proclamé. Les lions, affaiblis, Se soumettant au sort qui les avait trahis,
Abandonnent tous leur patrie. Ils ne se plaignent pas, ils gardent dans leur cœur
Et leur courage et leur douleur.
Un bon vieux petit chien, de la charmante espèce De et ux qui vont portant jusqu'au milieu du dos
Une toison tombant à flots,
Exhalait ainsi sa tristesse :
Il faut donc vous quitter, ô pénates chéris 1
vJn barbare, à l'âge où je suis, M'obligr à renoncer aux lieux qui m'ont vu naître. Sans appui, sans secours, dans un pays nouveau, Je vais, les yeux en pleurs, demander un tombeau,
Qu'on me refusera peut-être.
( ) tyran, tu le veux ! allons, il faut partir. Un barbet l'entendit : touché de sa misère, Quel motif, lui dit-il, peut t'obliger à fuir?
— Ce qui m'y force? ôciel! et cet édit sévère
Qui nous chasse à jamais de cet heureux canton!....
— Nous? — Non pas vous, mais moi. — Comment! toi, mon
[cher Frère?
Qu'as-tu donc de commun?.... — Plaisante question! Eh! ne suis-je pas un lion1?
1. La petite espèce' de chiens dout ou veut parler, porte le nom da Chiens-lions.
; ' . r .:iO.UU
Quel motif, lui dit-il, peut l'obliger à fuir'' Ce qui m'y force? 6 ciel! et cet édit sévère
Fables dé flmrian Le Léopard et l'Écureuil.
Un écureuil, sautant, gambadant sur un chêne, Manqua sa branche, et vint, par un triste hasard,
Tomber sur un vieux léopard
Qui faisait sa méridienne.
•Vous jugez s'il eut peur! En sursaut s'éveillant,
L'animal, irrité, se dresse;
Et l'écureuil, s'agenouillant, Tremble et se fait petit aux pieds de son altesse.
Après l'avoir considéré, Le léopard lui dit : Je te donne la vie, Mais à condition que de toi je saurai Pourquoi cette gaité, ce bonheur que j'envie, Embellissent tes jours, ne te quittent jamais;
Tandis que moi, roi des forêts,
Je suis si triste et je m'ennuie.
Sire, lui répond l'écureuil,
Je dois à votre bon accueil
La vérité : mais pour la dire, Sur cet arbre un peu haut je voudrais être assis.
— Soit, j'y consens : monte. — J'y suis.
A présent je peux vous instruire.
Mon grand secret pour être heureux,
C'est de vivre dans l'innocence :
L'ignorance du mal fait toute ma science; Mon cœur est toujours pur, cela rend bien joyeux. Vous ne connaissez pas la volupté suprême De dormir sans remords : vous mangez les chevreuils, Tandis que je partage à 'tous les écureuils Mes feuilles et mes fruits; vous haïssez, et j'aime : Tout est dans ces deux mots. Soyez bien convaincu De cette vérité que je tiens de mon père : Lorsque notre bonheur nous vient de la verta, La gaité vient bientôt de notre caractère.
Le Prêtre de Jupiter.
Un prêtre de Jupiter,
Père de deux grandes filles,
Toutes deux assez gentilles, De bien les marier fit son soin le plus cher. Les prêtres de ce temps vivaient de sacrifices,
Et n'avaient point de bénéfices :
La dot était fort mince. Un jeune jardinier Se présenta pour gendre ; on lui donna l'aînée.
Bientôt après cet hyménée La cadette devint la femme d'un potier. A quelques jours de là, chaque épouse établie Chez son époux, le père va les voir.
— Bonjour, dit-il, je viens savoir
Si le choix que j'ai fait rend heureuse ta vie, S'il ne te manque rien, si je peux y pourvoir.
— Jamais, répond la jardinière, Vous ne fîtes meilleure affaire :
La paix et le bonheur habitent ma maison; Je tâche d'être bonne, et mon époux est bon;
Il sait m'aimer sans jalousie,
Je l'aime sans coquetterie :
Ainsi tout est plaisir, tout jusqu'à nos travaux; Nous ne désirons rien, sinon qu'un peu de pluie
Fasse pousser nos artichauts.
— C'est là tout? — Oui vraiment. — Tu seras satisfaite, Dit le vieillard : demain je célèbre la fête
De Jupiter; je lui dirai deux mots.
Adieu, ma fille. — Adieu, mon père.
Le prêtre de ce pas s'en va chez la potière L'interroger, comme sa sœur, Sur son mari, sur son bonheur.
— Oh! répond celle-ci, dans mon petit ménage,
Le travail, l'amour, la santé,
Tout va fort bien, en vérité; Nous ne pouvons suffire à la vente, à l'ouvrage : Notre unique désir serait que le soleil Nous montrât pius souvent son visage vermeil
Pour sécher notre poterie.
Vous, pontife du dieu de l'air, Obtenez nous cela, mon père, je vous prie;
Parlez pour nous à Jupiter,
— Très volontiers, ma chère amie :
Mais je ne sais comment accorder mes enfants;
Tu me demandes du beau temps,
Et ta sœur a besoin de pluie. Ma loi, je me tairai, de peur d'être en défaut. Jupiter, mieux que nous, sait bien ce qu'il nous faut; Prétendre le guider serait folie extrême; Sachons prendre le temps comme il veut l'envoyer. L'homme est plus cher aux dieux qu'il ne l'est à lui-même;
Se soumettre, c'est les prier.
Le Crocodile et l'Esturgeon.
Sur la rive du Nil un jour deux beaux enfants
S'amusaient à i'aire sur l'onde, Avec des cailloux plats, ronds, légers et tranchants,
Les plus beaux ricochets du monde.
Un crocodile affreux arrive entre deux eaux, S'élance tout à coup, happe l'un des marmots, Qui crie et disparaît dans sa gueule profonde. L'autre fuit, en pleurant son pauvre compagnon.
Un honnête et digne esturgeon,
Témoin de cette tragédie,
S'éloigne avec horreur, se cache au fond des flots; Mais bientôt il entend le coupable amphibie
Gémir et pousser des sanglots : Le monstre a des remords, dit-il : ô providence.
Tu venges souvent l'innocence;
Pourquoi ne la sauves-tu pas?
Ce scélérat du moins pleure ses attentats;
L'instant est propice, je pense,
Pour lui prêcher la pénitence :
Je m'en vais lui parler. Plein de compassion,
Notre saint homme d'esturgeon
Vers le crocodile s'avance :
Pleurez, lui cria-t-il, pleurez votre forfait;
Livrez votre âme impitoyable Au remords, qui des dieux est le dernier bienfait, Le seul médiateur entre eux et le coupable.
Malheureux, manger un enfant!
Mon cœur en a frémi; j'entends gémir le vôtre... Oui, répond l'assassin, je pleure en ce moment
De regret d'avoir manqué l'autre.
Tel est le remords du méchant.
La Chenille.
Un jour, causant entre eux, différents animaux
Louaient beaucoup le ver-à-soie.
Quel talent, disaient-ils, cet insecte déploie En composant ces fils si doux, si fins, si beaux,
Qui de l'homme l'ont la richesse!
Tous vantaient son travail, exaltaient son adresse Une chenille seule y trouvait des défauts, Aux animaux surpris en faisait la critique,
Disait des mais, et puis des si.
Un renard s'écria : Messieurs, cela s'explique;
C'est que madame file aussi.
La Tourterelle et la Fauvette.
Une fauvette, jeune et belle, S'amusait à chanter tant que durait le jour;
Sa voisine la tourterelle Ne voulait, ne savait rien faire que l'amour. Je plains bien votre erreur, dit-elle à la fauvette;
Vous perdez vos plus beaux moments :
Il n'est qu'un seul plaisir, c'est d'avoir des amants, Dites-moi, s'il vous plaît, quelle est la chansonnette
Qui peut valoir un doux baiser?
Je me garderais bien d'oser Les comparer, répondit la chanteuse :
Mais je ne suis pas malbeureuse,
J'ai mis mon bonheur dans mes chants.
A ce discours, la tourterelle,
En se moquant s'éloigna d'elle.
Sans se revoir elles furent dix ans.
Après ce long espace un beau jour de printemps, Dans la même forêt elles se rencontrèrent. L'âge avait bien un peu dérangé leurs attraits;
Longtemps elles se regardèrent Avant que de pouvoir se remettre leurs traits.
Enfin la fauvette, polie, S'avance la première : Eh! bonjour, mon amie; Comment vous portez-vous? Comment vont les amants?
— Ah! ne m'en parlez pas, ma chère :
J'ai tout perdu, plaisirs, amis, beaux ans; Tout a passé comme une ombre légère.
J'ai cru que le bonheur était d'aimer, de plaire... ^ souvenir cruel! ô regrets superflus!
J'aime encor, on ne m'aime plus.
J'ai moins perdu que vous, répondit la chanteuse; Cependant je suis vieille et je n'ai plus de voix ; Mais j'aime la musique, et suis encor heureuse Lorsque le rossignol l'ait retentir ces bois.
La beauté, ce présent céleste, Ne peut, sans les talents, échapper à l'ennui : La beauté passe, un talent reste, ( m eu jouil même en autrui.
fc-«-îr
A ce discours la tourterelle En se moquant s'éloigne d'elle.
Le Charlatan.
Sur le Pont-Neuf, entouré de badauds, Un charlatan criait à pleine tête :
Venez, messieurs, accourez faire emplette
Du grand remède à tous les maux :
C'est une poudre admirable
Qui donne de l'esprit aux sots, De l'honneur aux fripons, l'innocence aux coupables,
Aux vieilles femmes des amants, Aux vieillards amoureux une jeune maîtresse,
Aux fous le prix de la sagesse,
Et la science aux ignorants.
Avec ma poudre, il n'est rien dans la vie
Dont bientôt on ne vienne à bout :
Par elle on obtient tout, on sait tout, on fait tout;
C'est la grande encyclopédie.
Vile je m'approchai pour voir ce beau trésor....
C'était un peu de pondre d'or.
Pur elle on obtient tout, on sait tout, on fait tout; C'est la grande encyclopédie.
La Sauterelle.
C'en est fait, je quitte le monde; Je veux fuir pour jamais ce spectacle odieux Des crimes, des horreurs, dont sont blessés mes yeux.
Dans une retraite profonde,
Loin des vices, loin des abus, Je passerai mes jours doucement à maudire
Les méchants de moi trop connus.
Seule ici-bas j'ai des vertus :
Aussi pour ennemi j'ai tout ce qui respire, Tout l'univers m'en veut; homme, enfants, animaux,
Jusqu'au plus petit des oiseaux,
Tous sont occupés de me nuire.
Eh! qu'ai-je fait pourtant?... Que du bien. Les ingrats! Ils me regretteront, mais après mon trépas. Ainsi se lamentait certaine sauterelle,
Hypocondre et n'estimant qu'elle.
Où prenez-vous cela, ma sœur?
Lui dit une de ses compagnes :
Quoi! vous ne pouvez pas vivre dans ces campagnes En broutant de ces prés la douce et tendre fleur, Sans vous embarrasser des affaires du monde?
Je sais qu'en travers il abonde :
Il fut ainsi toujours, et toujours il sera; Ce que vous en direz grand'chose n'y fera. D'ailleurs, où vit-on mieux? Quant à votre colère Contre ces ennemis qui n'en veulent qu'à vous,
Je pense, ma sœur, entre nous,
Que c'est peut-être une chimère, Et que l'orgueil souvent donne ces visions. Dédaignant de répondre à ces sottes raisons, La sauterelle part, et sort de la prairie,
Sa patrie.
Elle sauta deux jours pour faire deux cents pas. Alors elle se croit au bout de l'hémisphère, Chez un peuple inconnu, dans de nouveaux étals ;
Elle admire ces beaux climats, Salue avec respect cette rive étrangère.
Près de là, des épis nombreux Sur de longs chalumeaux, à six pieds de la terre, Ondoyants et pressés, se balançaient entre eux.
« Do peur quo je n'échappe, ils ravagent leurs biens; Us y mettraient le feu s'il était nécessaire! »
Ah! que voilà bien mon affaire!
Dit-elle avec transport : dans ces sombres taillis Je trouverai sans doute un désert solitaire; C'est un asile sûr contre mes ennemis.
La voilà dans le blé. Mais, dès l'aube suivante,
Voici venir les moissonneurs.
Leur troupe nombreuse et bruyaute S'étend en demi-cercle; et, parmi les clameurs,
Les ris, les chants des jeunes filles, Les épis entassés tombent sous les faucilles; La terre se découvre, et les blés, abattus,
Laissent voir les sillons tout nus.
Pour le coup, s'écriait la triste sauterelle, Voilà qui prouve bien la haine universelle Qui partout me poursuit : à peine en ce pays A-t-on su que j'étais, qu'un peuple d'ennemis
S'en vient pour chercher sa victime.
Dans la fureur qui les anime, Employant contre moi les plus affreux moyens, De peur que je n'échappe ils ravagent leurs biens Ils y mettraient le feu, s'il était nécessaire. Eh! messieurs, me voilà, dit-elle en se montrant;
Finissez un travail si grand,
Je me livre à votre colère.
Un moissonneur, dans ce moment, Par hasard la distingue : il se baisse, la prend, Et dit, en la jetant dans une herbe fleurie :
Va manger, ma petite amie
^^aEa.i-i--i*ife'
La Guêpe et l'Abeille.
Dans le calice d'une fleur
La guêpe un jour voyant l'abeille,
S'approche en l'appelant sa sœur.
Ce nom sonne mal à l'oreille
De l'insecte plein de fierté,
Qui lui répond : Nous sœurs! Ma mit ,
Depuis quand cette parenté?
Mais c'est depuis toute la vie, Lui dit la guêpe avec courroux :
Considérez-moi, je vous prie; J'ai des ailes tout comme vous, Même taille, même corsage ; Et, s'il vous en faut davantage, Nos dards sont aussi ressemblants.
Il est vrai, répliqua l'abeille, Nous avons une arme pareille, Mais pour des emplois différents.
La vôtre sert votre insolence, La mienne repousse l'offense; Vous provoquez, je me défends.
Le Hérisson et les Lapins.
11 est cerlains esprits d'un naturel hargneux Qui toujours ont besoin de guerre;
Us aiment à piquer, se plaisent à déplaire,
Et montrent pour cela des talents merveilleux. Quant à moi, je les fuis sans cesse,
Eussent-ils tous les dons et tous les attributs;
J'y veux de l'indulgence ou de la politesse, C'est la panure des vertus.
Un hérisson, qu'une tracasserie Avait forcé de quitter sa patrie, Dans un grand terrier de lapins Vint porter sa misanthropie.
Il leur conta ses longs chagrins, Contre ses ennemis exhala bien sa bile, El finil par prier les <hô tes souterrains De vouloir lui donner asile.
Volontiers, lui dit le doyen :
Nous sommes bonnes gens, nous vivons comme frères, Et nous ne connaissons ni le tien ni le mien ; Tout est commun ici : nos plus grandes affaires
Sont d'aller, dès l'aube du jour, Brouter le serpolet, jouer sur l'herbe tendre : Chacun, pendant ce temps, sentinelle à ?on tour, Veille sur le chasseur qui voudrait nous surprendre; S'il l'aperçoit, il frappe et nous voilà blottis
Avec nos femmes, nos petits;
Dans la gaîté, dans la concorde, Nous passons les instants que le ciel nous accorde.
Souvent ils sont prompts à finir; Les panneaux, les furets, abrègenl notre vie;
Raison de plus pour en jouir.
Du moins par l'amitié, l'amour et le plaisir, Autant qu'elle a duré nous l'avons embellie :
Telle est notre philosophie.
Si cela vous convient, demeurez avec nous,
Et soyez de la colonie; Sinon, faites l'honneur à notre compagnie D'accepter à dîner, puis retournez chez vous.
A ce discours plein de sagesse, Le hérisson repart qu'il sera trop heureux
De passer ses jours avec eux.
Alors chaque lapin s'empresse
D'imiter l'honnête doyen
Et de lui faire politesse.
Jusqu'au soir tout alla bien :
Mais lorsqu'après souper la troupe réunie Se mit à deviser des affaires du temps,
Le hérisson de ses piquants Blesse un jeune lapin. Doucement, je vous prie,
Lui dit le père de l'enfant.
Le hérisson, se retournant, En pique deux, puis trois, et puis un quatrième. On murmure, on se fâche, on l'entoure en grondant. Messieurs, s'écria-t-il, mon regret est extrême; Il faut me le passer, je suis ainsi bâti,
Et je ne puis pas me refondre.
Ma foi, dit le doyen, en ce cas, mon ami,
Tu peux aller te faire tondre.