FLORIAN ET SON OEUVRE IX
commencé par entendre, de la bouche de Voltaire, une fable de La Fontaine; cette leçon fructitïera. Il joue à Y Iliade, il la traduit en rieurs de pavots et la fait tenir dans un carré de parterre ;• cela promet Numa Pompilius. 11 joue au berger blanc et rose avec sa bergère : c'est commencer déjà l'innocente pastorale d'Eslelle et de Némorin. Enfin cette fête de nuit en l'honneur de Mlle Clairon se termine, dans le récit de Florian, par une très belle description de l'aurore, par un lever de soleil sur les cimes des Alpes, qui a frappé son imagination d'enfant : c'est le signal d'un sentiment tout nouveau, plein de fraîcheur, l'amour de la nature, qui va être la passion et presque l'engouement des générations naissantes. Même en étant là avec Florian chez Voltaire, on sent que Rousseau est venu J.
A la fin de la belle saison, le petit Florian fut emmené à Paris par sa tante et élevé un peu à la légère. A douze ans sa première velléité d'amourette est pour la cadette des nièces de Gresset. « Florianet et les nièces de Vert-Vert. Il y a dans tout cela des accords secrets et des sympathies. Il entre comme page chez le duc de Penthièvre dont il devient le favori. Il l'égaie par ses saillies, par ses vivacités de lutin espiègle. Il lui donne le surnom de Pulcinella, qu'il a toujours porté depuis. Florianet, petit Polichinelle, toujours des sobriquets et des diminutifs pour exprimer la grâce, la gaieté, l'esprit, la gentillesse. »
Le duc de Penthièvre était le dernier des fils légitimés de Louis XIV. Après une brillante carrière militaire, il renonça à la vie active et vint s'établir à Sceaux dans la superbe résidence où la duchesse du Maine avait tenu sa cour. Le duc avait réuni l'héritage du comte de Toulouse et du duc du Maine; il vivait paisiblement dans cette splendide résidence, loin des affaires publiques, mais ses nombreuses charités lui avaient acquis une grande popularité. Cet homme vertueux et bienfaisant, remarque justement Sainte-Beuve, eut une grande influence sur la destinée de Florian; il arrêta à temps en lui ce que la seule influence de Voltaire et celle de tout le siècle auraient pu y produire « d'un peu libertin ».
Après avoir terminé son service de page qui dura deux ans, notre jeune homme voulut entrer dans l'artillerie et fut envoyé à l'école de Bapaume. Assidu au travail il trouva cependant le temps de donner ou de recevoir quelques coups d'épée. Sa turbulence et celle de ses camarades fut cause qu'on licencia l'école. L'artilleur retourna à Ferney où il reçut de nouveau bon accueil, puis revint à Paris chez le duc de Penthièvre. Bientôt il fut nommé lieutenant dans la cavalerie puis reçut le brevet de capitaine d'artillerie au régiment de Penthièvre, mais il ne tarda pas à abandonner la carrière des armes pour se consacrer à la littérature. Encouragé par le philosophe dont on venait de célébrer l'apothéose, appelé par confusion et par ricochet petit neveu de Voltaire, notre jeune militaire débuta' dans les lettres vers 1779, sous les plus riants auspices.
En 1780, au moment où Louis XVI vient de monter sur le trône, Florian voit couronner par l'Académie française son poème sur lé serf du Mont- Jura que nous reproduirons plus loin. C'était sa première poésie.
Cette récompense fut pour le débutant une grande joie et un grand encouragement.
A dater de ce iour, dit son biographe Montvaillant, ses travaux litté-