X FLORIAN ET SON OEUVRE
raires l'absorbent presque complètement. Il étudie la littérature espagnole, ses Romances et ses Pastorales, Cervantes et le poète Yriarte. 11 avait conçu pour les auteurs espagnols une grande estime et cela parce que sa mère tirait son origine d'Espagne. Son premier ouvrage dans ce genre fut Galatée, sujet traité par Cervantes, mais dont il a fait un ouvrage nouveau. A la même époque il se liait avec le touchant mélancolique poète suisse, Gessner, l'auteur de la Mort d'Ahel, qui eut sur son jeune disciple une grande influence.
Le cbevalier de Florian se distingua tout d'abord par « d'aimables productions qui sont encore ce qu'il a fait peut-être de plus original et de plus vrai, par son Théâtre ».
Ainsi l'auteur des Lundis apprécie l'œuvre; il la commente avec sa sagacité et son érudition habituelles.
Ce théâtre de Florian est bien à lui, et il offre des nuances de gaieté, de fraîcheur et de sentiment qui assurent à l'auteur une place à part, à la suite des Marivaux, des Sedaine.
Florian ressuscita au théâtre italien le genre des Arlequinades qui semblait passé de mode; mais son Arlequin ne ressembla point aux autres. Arlequin était plutôt connu jusque-là par ses balourdises et ses facéties : Florian voulut y mettre plus d'esprit jusque dans la naïveté, plus de finesse dans la balourdise; il lui insinua surtout du sentiment. Son Arlequin, « toujours simple et bon, toujours facile à tromper, croit ce qu'on lui dit, fait ce que l'on veut, et vient se mettre de moitié dans les pièges qu'on veut lui tendre : rien ne l'étonné, tout l'embarrasse, il n'a point de raison, il n'a que de la sensibilité; il se fâche, s'apaise, s'afflige, se console dans le même instant : sa joie et sa douleur sont également plaisantes. Ce n'est pourtant rien moins qu'un bouffon; ce n'est pas non plus un personnage sérieux; c'est un grand enfant ».
Voilà bien l'Arlequin tel que l'a créé Florian, tel qu'il l'a en d'autres termes défini dans Y Avant-propos placé en tête des pièces qu'on va lire.
Le Bon Ménage, les Jumeaux de Bergame paraissaient à Grimm de très jolies miniatures, qui faisaient ressouvenir de Marivaux, mais où le naturel prévalait. Grimm reconnaissait et accueillait ce caractère nouveau que l'auteur avait su donner au rôle d'Arlequin : « On est tenté de lui dire quelquefois : Vous êtes arlequin, Seigneur, et vous pleurent Mais il pleure de si bonne grâce qu'il y aurait de l'humeur à le trouver mauvais. »
Dans ces piécettes agréables et modestes, le héros apparaît sous un jour vraiment nouveau et original. Nul autre que Florian ne s'était avisé de montrer sur la scène Arlequin tirant des larmes.
« Cette suite d'Arlequins, remarque encore Sainte-Beuve, pris à des moments et à des âges différents, fait une série de jolies pièces où les mots naturels, gais et fins, sont abondamment semés. L'auteur est bien dans son élément. Plus tard, dans Nunta, dans Gon^alve, il visera à je ne sais quel idéal, il se guindera; mais ici c'est bien Florianet au complet, tel que l'a baptisé Voltaire et l'a adopté le duc de Penthièvre. »
C'est pour ce dernier bienfaiteur, pour s'acquitter envers lui que Florian avait résolu d'écrire pour le théâtre afin de mettre dans la bouche de ses personnages tout ce que son cœur contenait de gratitude; et .c'est mû par cette pensée que l'auteur dramatique qui, tout jeune, avait joué le rôle d'Arlequin dans une pièce de Marivaux, voulut embellir ce personnage et le rendre meilleur.
« On sourit de penser que cet Arlequin ainsi transformé par Florian, tenait en quelque sorte du duc de Penthièvre lui-même. »