‹ Œuvres de Fontenelle (volume 2)Chapitre 8 sur 86 · TOM. III · texte numérisé non relu

TOM. III

dans sa couche. Il en a à ses deux côtés une infinité d'autres égaux à lui, et tous différemment inclinés à lui. C'est la même chose que si nous imaginions notre globe terrestre tout couvert de cercles concentriques au globe , et posés de manière , par rapport à l'équateur, que l'écliptique devint un de ces cercles. lisse couperaient tous en deux points diamétralement opposés, comme font l'équateur et l'écliptique. A'oilà la formation exacte d'une couche sphérique quelconqug , et par conséquent de toutes celles de notre tourbillon. Venons maintenant à leurs forces centrifuges.

46. Tout corps ou point qui décrit un cercle, tend incessamment, par sa force centrifuge, à s'échapper en ligne droite, et à décrire la tangente du point où il se trouvait lorsqu'il s'est échappé. Supposons qu'il s'échappe pour un instant infiniment petit, il décrira une tangente infiniment petite , dont le bout sera infiniment peu plus éloigné du centre du cercle que n'était son origine, et il se trouvera à ce bout. Supposons que tous les autres points qui décriraient la même circonférence que le premier qu'on a supposé , en aient fait autant, que sera-t-il arrivé? Ils se trouveront tous plus éloignés du centre qu'ils n'étaient auparavant, quoique infiniment peu, et le cercle sera agrandi de même. Chacune des petites tangentes décrites sera devenue pour lui un nouveau côté infiniment petit, et plus grand qu'il n'était.

46. Il est aremarquer que de tous leseffortsdifférens que faisaient les points d'une même circonférence pour l'agrandir , en suivant toutes les directions de différentes tangentes, opposées même les unes aux autres , aucun cfTort n'en a contrarié un autre par rapport à

DES TOURBILLONS. aJ

l'effet général d'agrandir le cercle, et que tous y conspiraient également et uniquement.

47. Il est évident que tout ce qui s'est dit ici d'un cercle , se doit dire aussi d'une couche entière quelconque, et enfin de toute la sphère. Donc, toute la sphère tend à s'agrandir. La direction de cette tendance ne peut être que du centre à la circonférence, et la tendance est égale partout. Cette force qui n'était que centrifuge dans les parties , peut s'appeler dans le tout force expansive , formée de plusieurs forces centrifuges qui concourent au même effet ; elle est aussi centrifuge à sa manière.

48. S'il était important, pour la conservation de l'intérieur du tourbillon , que tout y fut en équilibre , il ne l'était pas moins que tout le tourbillon pût se défendre , et se défendre également partout des attaques du dehors; et c'est ce que l'intelligence infinie a parfaitement exécuté par le moyen de la force expansive, qui repoussera tout ce qui viendrait attaquer le tourbillon. Mais ce n'est pas encore ici le lieu d'en parler.

49. Si la force centrifuge générale du tourbillon avait son effet , le tourbillon n'en serait point détruit ni défiguré, il deviendrait seulement une plus grande sphère , ce qui est infiniment différent de ce qui arriverait, si le tourbillon avait la circulation solide (28); et on le verra sans peine , en y supposant le cas présent. Le préjugé doit être grand pour tout ce qui assure une plus longue et plus constante durée.

50. Il reste peut-être une objection en faveur de la circulation solide. Tout le monde convient que la direction générale et unique de notre tourbillon est d'occident en orient, et c'est ce que la circulation

solide exécute parfaitement par le parallélisme des plans dont on conçoit alors que le tourbillon est formé; au lieu que la circulation fluide ne le peut, du moins que très imparfaitement , par les couches concentriques ; car , que selon l'idée de l'article 27 , on imagine dans une couche un cercle tel que serait l'équateur sur notre globe terrestre, on concevra bien que ce cercle se meuve exactement d'occident en orient : mais un autre quelconque , tel que serait notre écliptique, n'aura plus cette direction exacte de mouvement, mais en aura une qui déclinera d'abord au nord , ensuite au sud, etc.; et comme ces déclinaisons seront toujours d'autant plus grandes que ces cercles seront pris plus éloignés de l'équateur , il en viendra enfin un dernier qui passera par ces pôles, n'aura plus d'autre direction de mouvement que du nord au sud ou da sud au nord; et tout ce qui pourra lui rester de la direction générale, ce sera d'avoir commencé sonmouvementplutôt adroite qu'àgauche, plutôt vers l'orient que vers l'occident , ce qui est extrêmement faible.

Tout cela est vrai ; mais il l'est aussi que tout le monde convient que nos six planètes ont la direction de leur mouvement d'occident en orient, malgré leurs déclinaisons bien connues ; car au fond ces déclinaisons , quelles qu'elles soient, n'empêchent pas les planètes d'arriver toujours à un point du ciel plus oriental que celui d'où elles étaient parties.

5 1 . Nous n'avons encore vu que la force centrifuge générale du tourbillon, ou celle des couches comparées entre elles : mais s'il s'agissait de celles de deux points pris chacun dans une couche différente , ce ne serait plus la même chose , puisque la grandeur des couches

n'entrerait plus dans l'expression de la force, comme elle y entrait dans l'article 29. Donc, de deux points appartenans , l'un , à la couche qui a R pour ravon , et l'autre à celle qui a /• , la force centrifuge du premier

sera simplement —, et celle du second — . Or, -:— : : R /• R /•

r": R' ; c'est-à-dire, quela force centrifuge du premier sera à celle du second en raison renversée des carrés des rayons de leurs couches.

02. Si" on était étonné de la grande inégalité des forces centrifuges de deux points pris dans deux couches différentes malgré l'égalité des forces centrifuges des couches mêmes , il serait aisé de se rassurer , en remettant dans

les expressions — et —, forces centrifuges des points ,

R^ et r% grandeurs des couches, car on aurait aussitôt r R — Rr.

53. Les astronomes ne font leurs calculs que pour le centre des planètes, dont ils n'ont pas besoin, alors de considérer les grandeurs, \insi, les forces centrifuges de deux planètes , dont les rayons ou distances au soleil sont iî etr, sont entre elles : : r": R". S'\ les distances de la terre et de Jupiter au soleil sont comme i et 5 , la terre a vingt-cinq fois plus de force centrifuge que Jupiter,

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