‹ Œuvres de Fontenelle (volume 3)Chapitre 1 sur 20 · Oeuvres de Fontenelle · texte numérisé non relu

Oeuvres de Fontenelle

VJAMiLLE LE Tellier iiaquit le 1 1 avril 1676 de Michel le Tellier, marquis de Louvois , ministre d'état, et de dame Anne de Souvré. Il était leur quatrième fils, et fut destiné de bonne heure à l'église. Des bénéfices considérables suivirent promptement cette destination. De plus, dès l'âge de neuf ans, il fut pourvu de la charge de maître de la librairie , à laquelle M. de Louvois en fit unir deux autres en sa faveur ; celle de garde de la bibliothèque du roi, et celle d'intendant et de garde du cabinet des médailles. Tout le tournait du côté des sciences, et heureusement ses inclinations et ses dispositions naturelles s'y accordaient.

On alla chercher pour lui les maîtres que la voix de la renommée indiquait. Tous ceux qui brillaient le plus

a ELOGE

dans la littérature , et qu'on ne pouvait pas lui attacher de si près, on les attirait chez lui, ou plutôt on les y admettait ; car il n'était guère besoin de violence ni d'adresse pour les mettre en liaison avec le fils d'un ministre tel que Louvois. Ils n'arrivaient là que parés de tout ce qu'ils avaient de plus exquis : ils y apportaient les prémices de leurs ouvrages , leurs projets , leurs réflexions, le fruit de leurs longues lectures; et le jeune homme qu'ils voulaient instruire , et à qui ils ne cherchaient guère moins à plaire, n'était nourri que de sucs et d'extraits les plus fins ot les plus agréables. Il fit des exercices publics sur Virgile , Homère et Théocrite, qui répondirent à une si excellente éducation. Aussi Baillet ne l'oublia-t-il pas dans son livre des enfans célèbres par leur savoir : cet enfant avait bien des titres pour y tenir une place.

Il achevait sa première année de philosophie en 1 69 1 , lorsqu'il perdit avec beaucoup de douleur M. de Louvois son père. Il prouva bien que ses études jusques-là n'avaient pas été forcées ; il les continua avec la même ardeur, et embrassa même celles qui ne lui étaient pas absolument nécessaires. Il apprit de la Hire la géométrie , et de du Verney l'anatomic. Il ne crut pas , ce que bien d'autres auraient cru volontiers en sa place , que son nom , sa richesse, le crédit d'une famille très puissante , fussent un mérite suffisant.

Dans son cours de théologie , il trouva un concurrent redoutable , l'abbé de Soubise, aujourd'hui (jardinai de Rohan. Il se mit entre eux une émulation dont ils profitèrent tous deux; et par une espèce de reconnaissance de l'utilité dont ils avaient été l'un à l'autre, ils contractèrent une étroite liaison.

Page 1