‹ Œuvres de Fontenelle (volume 3)Chapitre 2 sur 20 · DE L'ABBE DE LOUVOIS · texte numérisé non relu

DE L'ABBE DE LOUVOIS

Après que l'abbé de Louvois eut terminé cette carrière , en recevant le bonnet de docteur de Sorbonne, feu l'archevêque de Rheims , son oncle , lui donna de l'emploi dans son diocèse , pour se former aux affaires ecclésiastiques. L'école était bonne, mais sévère, à tel point , qu'elle eût pu le corriger des défauts mêmes que l'on reprochait au prélat qui le formait.

Ce fut dans l'assemblée du clergé , tenu en 1700, a laquelle présida l'archevêque de Rheims , que l'abbé de Louvois parut pour la première fois sur un grand théâtre. Son caractère y fut généralement goûté : on retrouvait en lui la capacité, le savoir, l'esprit de gouvernement ; enfin toutes les bonnes qualités de son oncle, accompagnées de quelques autres qu'il pouvait avoir apprises de lui , mais ou il n'en avait pas imitées.

Vers la fin de la même année , il partit pour l'Italie. Il y fut reçu par les princes et les gouverneurs en fils de M. de Louvois , et en frère de M. de Barbezieux , secrétaire d'état de la guerre , et par les savans et les illustres en homme déjà fort instruit, et digne de leur commerce. Il fit partout, et principalement à Rome , une dépense aussi noble que son nom la dem.andait ; il y joignait une extrême politesse , et ce qui acheva de lui gagner les cœurs des Italiens , leurs manières mêmes , qu'il sut prendre en assez peu de temps , quoique Français.

Il chercha dans toute l'Italie les bons livres qu'il savait qui manquaient à la bibliothèque du roi , et il en ache ta environ 3 000 volumes qu'il fi t apporter en France . Dans le cours de son voyage, il eut la douleur d'apprendre la mort de M. de Barbezieux, arrivée en 1701.

Après son retour d'Italie il reprit, sous l'archevêque

de Rheims , l'administralion de ce grand diocèse. Il fut plusieurs années grand-vicaire et officiai ; mais le prélat étant mort en 1710, l'abbé de Louvois sentit plus que jamais, par tant de pertes importantes , combien il est k propos d'avoir un mérite qui soit à soi.

Quoiqu'il se fut toujours conduit avec sagesse entre les deux partis, qui depuis un siècle font tant de bruit dans l'église, l'archevêque , peu favorable au plus puissant des deux , lui avait rendu son neveu fort suspect. L'abbé de Louvois eut beau garder toute la modération que l'obscurité des matières et l'esprit du christianisme sembleraient exiger de tout le monde , on ne s'en contenta pas ; et les canaux par où passaient les grâces ecclésiastiques paraissaient mal disposés à son égard. Il n'en espéra plus aucune, et ne renonça pourtant pas au genre de vie qui convenait aux espérances qu'il n'avait plus. Il n'eût pas été trop extraordinaire que le grand monde dans lequel il était né, beaucoup de liaisons différentes , l'oisiveté , une liberté entière , l'utilité de la contrainte , eussent changé fort sensiblement ses premières allures.

Le talent naturel qu'il avait pour les affaires , fut du moins occupé à gouverner celles de madame de Louvois, sa mère, qui, par leur étendue , leur nombre et leur importance, demandaient, en quelque sorte, un ministre; et le talent des sciences se tourna principalement du côté de la bibliothèque du roi , qu'il s'appliqua fort à embellir. Il l'augmenta non-seulement de plus de 3o,ooo imprimés , mais d'un grand nombre de manuscrits, dont les plus considérables sont ceux de feu l'archevêque de Rheims, de MM. Fabre , Rigot , Thevenoi , de Ganières , d'Hozier.

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Dès l'année 1699 , il était entré dans cette académie en qualité d'honoraire. Il n'y était pas étranger, après les leçons qu'il avait reçues de quelques uns des principaux sujets de la compagnie ; et l'on reconnut qu'il avait bien appris d'eux la langue , ou plutôt les différentes langues du pays. Il entra ensuite et dans l'académie française en 1706 , et dans celle des inscriptions en 1708 ; si l'on y joint la Sorbonne , qui était, pour ainsi dire, sa patrie , on verra qu'il était , en fait de science , une espèce de cosmopolite, un habitant du monde savant.

Après la mort du feu roi , l'abbé de Louvois redevint un sujet propre à la prélature. Aussi fut-il nommé en 1717 a l'évcché de Clermont; mais sa santé , qui malgré son peu d'âge et la force apparente de sa constitution devenait fort mauvaise, l'empêcha d'accepter cette place. Il sentait déjà des atteintes de la pierre. Quand il en fallut venir à ^'opération , il s'y prépara comme à une mort certaine ; et en effet, après l'avoir soufferte , il mourut le o novembre 1718 dans toutes les dispositions les plus édifiantes.

Tout ce qu'on peut désirer de plus sage et de plus sensé dans un testament se trouve dans le sien ; des legs aux pauvres , à ses abbayes, à ses domestiques , à ceux de ces amis , dont la fortune était trop médiocre , tous créanciers à qui les lois ne donnent point d'action , et qui ne le sont qu'autant que les débiteurs ont des sentimens de vertu.

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