‹ Œuvres de Fontenelle (volume 3)Chapitre 14 sur 20 · DE CHIRAC · texte numérisé non relu

DE CHIRAC

Pierre Chirac naquit en 1600 à Conques en Rouergue , de Jean Chirac et de Marie Rivet, bourgeois de cette petite ville, et dont la fortune était fort étroite. Quoique fils unique , il n'eut point de meilleur parti à prendre après ses études , que de se destiner à l'église, qui lui parut une ressource presque absolument nécessaire. En étudiant la théologie, il ne laissa pas de s'appliquer par curiosité à la philosophie de Descartes , qui avait déjà pénétré jusques dans le Rouergue. Quand il s'en fut rempli autant qu'il l'avait pu sans aucun secours , il crut pouvoir sortir de Conques , et il alla à Montpellier, où celte même philosophie, naissante

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aussi, commençait à remuer les esprits. 11 fut bientôt connu dans cette ville, quoique accoutumée depuis long-temps à la science et au mérite.

Chicoineau , chanchelier et juge de l'université de Montpellier, prit chez lui en 1678 Chirac , qu'il regardait déjà comme grand physicien , pour lui confier la direction des études de deux de ses fils qu'il destinait à la médecine. 11 fut si content du maître qu'il leur avait donné, qu'il voulut songer solidement à ce qui pouvait lui convenir; et comme il lui trouvait peu de véritable vocation pour l'état dont il portait l'habit, et d'ailleurs beaucoup d'acquis dans la physique , il le détermina à en profiter pour embrasser la profession de médecin.

Chirac devenu membre de la faculté de Montpellier en 1682 , y enseigna cinq ans après les diflérentes parties de la médecine. On sentit bien le prix des leçons qu'il dictait à ses auditeurs. Elles n'avaient pas le sort ordinaire de périr entre les mains de ceux qui s'étaient donné la peine de les écrire : on se les transmettait des uns aux autres, et c'était une faveur; et encore aujourd'hui elles sont un trésor que l'on conserve avec soin. On recueillait avec le même empressement les discours qui en étaient l'explication , toujours plus étendus et encore plus approfondis que les leçons ; on rassemblait, on réunissait ce que différentes pei'sonnes en avaient retenu, et on travaillait à en faire un corps, tant on était animé par l'espérance d'une grande instruction.

Outre les leçons publiques , Chirac faisait chez lui des cours particuliers , plus instructifs encore pour ses tlisciples , et mcmc pour lui , à cause de la liberté de la

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conversation ; les étrangers y couraient en foule , et Montpellier se remplissait d'habitans qu'il lui devait.

Quand il fut assez plein de théorie , il se mit dans la pratique. Barbeyrac y tenait alors le premier rang à Montpellier, et son nom vivra long-temps. Chirac le prit pour guide et pour modèle , avec les restrictions néanmoins qu'un grand homme met toujours à l'imitation d'un autre , sans renoncer aux connaissances particulières qu'il pouvait avoir acquises, ni à des vues dont la nouveauté eût peut-être empêché Barbeyrac lui-même d'oser les approuver.

En 1692 , le maréchal de Noailles lui donna, de l'avis de Barbevrac , la place de médecin de l'armée de Roussillon. Il fut en 1698 au siège de Roses, après lequel une dyssenterie épidémique se mit dans l'armée. Le ministre de la guerre lui envoya de Paris de l'ipécacuanha, qui y était encore nouveau , et connu seulement sous le nom de remède du médecin hcllandais. Il en donna avec opiniâtreté et de toutes les façons, sans en pouvoir tirer aucun bon effet. A la fin , réduit à trouver sa ressource en lui-même, il donna du lait coupé avec la lessive de sarment de vigne , et il eut le plaisir de voir presque tous ses malades guéris.

Quelques années après, il y eut àRochefort une autre maladie épidémique, qu'on appelle de Siam, beaucoup plus cruelle que la dyssenterie , nouvelle dans nos climats, et effrayante parle seul spectacle. Begon , intendant de cette ville, demanda au roi M. Chirac, déjà très célèbre, singulièrement pour les cas extraordinaires. Il eut recours à l'ouverture des cadavres , plus nécessaire que jamais dans un mal inconnu. Il en ouvrit peut-être cinq cents , travail énorme , et qui demandait

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une violente passion de s'instruire. Il vit le mal clans ses sources, et s'en assura si bien , que comme il crut qu'il en pourrait être attaqué lui-même , il composa un grand mémoire de la manière dont il voulait être traité en ce cas là , et de tout ce qu'il y avait à faire selon les différens accidens dont la maladie était susceptible; car il prévoyait tout, il détaillait tout. Il chargeait de l'exécution un chirurgien seul, en qui il avait pris confiance , et priait instamment Begon de ne pas permettre qu'aucun autre s'en mêlât. Pour l'honneur de Chirac, il fut attaqué de la maladie, traité selon ses ordres, et guéri. Il lui en resta seulement la suite ordinaire, une jaunisse, et sa convalescence fut très longue.

Ce fut pendant ce séjour de Rochefort, où il traita beaucoup de petites-véroles , qu'il découvrit que dans ceux qui en étaient morts, il y avait inflammation de cerveau. Il eût fallu les saigner pour la prévenir, et même saigner du pied , pour faire une diversion ou révulsion du sang en en-bas. Mais saigner dans la petitevérole ! saigner du pied , surtout des hommes! quelle étrange pratique! n'en meurt-on pas toujours? Et en effet , la saignée du pied dans les hommes était presque toujours suivie de la mort, parce qu'on n'y avait recours que trop tard , et dans les cas désespérés. Un violent préjugé sur ce sujet bien établi , bien enraciné chez le peuple, ne l'était pas moins chez les médecins , qui de plus ne se voulaient pas laisser renvoyer à l'école. Ils ne l'accusaient que d'ignorance ou de témérité , tandis que le peuple l'accusait d'un dessein formé contre les jours du genre humain. Il soutint courageusement sa pratique, malgré les clameurs qui s'éle-

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vaienl de toules parts : ses malades guérissaient, les autres mouraient, du moins en beaucoup plus grand nombre, cL il n'était encore guère justifié.

C'est lui qui a réglé aussi , mais avec moins de contradiction, la manière généralement reçue dont on conduit aujourd'hui le remède d'une autre maladie du même nom. Les grands médecins sont ceux dont la pratique fondée sur les principes d'expérience établis, est la plus sure et la plus heureuse ; mais ceux qui établissent solidement de nouveaux principes, sont d'un ordre plus élevé. Les uns portent l'art tel qu'ils le trouvent jusqu'où il peu t aller ; les autres le portent plus loin qu'il n'allait. Aussi Silva , si bon juge en ces matières , et si intéressé à ne pas souffrir des usurpateurs dans les premiers , a dil qu'il appartenait â Chirac et tire léaislateur.

Après s'être entièrement remis des fatigues et de sa maladie de Rochefort , il avait repris à Montpellier ses anciennes fonctions de professeur et de médecin. Là il eut deux contestations à essuyer, et même plus que des contestations, car elles devinrent des procès en justice. Il s'agissait de la découverte de l'acide du sang avec Yieussens , célèbre docteur de la même faculté, et de la structure des cheveux avec Sorazzi , médecin italien. INi l'un ni l'autre sujets n'étaient dignes de la chaleur qui s'y mit. On est assez persuadé de son propre mérite , cependant il ne nous rassure pas assez pour nous procurer quelque tranquillité quand on nous attaque. Le nom de Chirac ne laissait pas de croître de jour en jour : les provinces voisines profitaient souvent de la proximité ; on l'appelait pour les malades de dislinclion , et sa réputation contribuait beaucoup à affermir celle de la fameuse école de Montpellier.

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En 1706 , feu le duc d'Orléans partit pour aller commander l'armée de France en Italie. Il laissait son premier médecin à Paris ; et comme il lui en fallait un auprès de sa personne , le comte de Noce , qui avait fort connu Chirac à Montpellier, le proposa par zèle pour un prince à qui il était infiniment attaché. La voix publique parlait comme lui ; le choix fut fait et eut les suites les plus heureuses. Le duc d'Orléans au siège de Turin fut très dangereusement blessé au poignet, et se trouvait sur le point d'en perdre le bras , lorsque Chirac imagina de lui mettre ce ])ras dans des eaux de Balaruc qu'on fit venir. Ce remède si simple et auquel il eût été si naturel de ne pas penser , produisit une parfaite et prompte guérison presque miraculeuse. Il en a fait l'histoire dans une grande dissertation en forme de thèse sur les plaies , ouvrage qui par la solidité et l'abondance de l'instruction , se fait pardonner sans peine une grande négligence de style.

L'année suivante , ce prince mena encore avec lui en Espagne M. Chii-ac , que la grande réputation qu'il y acquit obligea d'y demeurer encore quelque temps après la campagne finie.

Au retour d'Italie et d'Espagne, il vint à Paris , et il en goûtait fort le séjour. Le duc d'Orléans, qui avait Homberg pour premier médecin, et ne croyait pas que toute autre place fût digne de Chirac, voulut le renvoyer à Montpellier avec toutes les récompenses dues à ses services ; il craignait d'ailleurs qu'un homme de ce mérite ne fût pas vu de trop bon œil à Paris , et peutêtre à la cour , qui n'avait pas été consultée sur ce choix. Mais Chirac avait trop bien senti les avantages de Paris ; il obtint sans peine d'y demeurer , et il

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acheta le droit d'y exercer la médecine par une des charges de la maison du prince.

Il lui manquait assez de choses presque nécessaires en ce pavs-ci. Il parlait peu, sèchement, et sans agrément. Il ne faisait guère aux malades ces explications circonstanciées et détaillées de leurs maux, qu'ils ne sont pas ordinairement capables d'entendre, et qu'ils écoutent pourtant avec une espèce de plaisir. Il leur présentait dans les occasions l'idée désobligeante, quoique vraie, qu'il y avait de la fantaisie et de la vision dans leurs infirmités ; il leur niait sans détour jusqu'à leur sentiment même : et combien les femmes principalement en devaient-elles être choquées? Il se prêtait peu aux objections souvent puériles des malades, ou de leurs familles, et on n'arrachait jamais de lui aucune complaisance, aucune modification à ses décisions laconiques. Heureux les malades, quand il avait pris le bon chemin! Il n'était guère consolant, et n'avait presque qu'un même ton pour annoncer les événemens les plus opposés. De plus, il apportait des pratiques nouvelles, et certainement il devait nvoir quelques mauvais succès, qui plus certainement encore seraient bien mis en évidence , et bien relevés.

Malgré tout cela, à peine fut-il fixé à Paris , qu'il \ eut une vogue étonnante. Sa rue était incommodée de la quantité de carosses qu'on lui envoyait de tous côtés. On peut croire que la iiouveauté v avait quelque part, puisque Paris était le lieu de la scène; mais il fallait au fond que de grandes et rares qualités eussent surmonté à ce point là tout ce qui lui était contraire. En effet, il avait ce qu'on appelle Ir ccup-d'ail , d'une justesse et d'une promptitude singulière, et peut-être uni TOM. ir. 20

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que. Celait une espèce d'inspiration dont la clarté et la force prouvaient la vérité, du moins pour lui. Par là, le plus difficile étant fait , il formait en lui-même le plan de la cure , et le suivait avec une constance inébranlable , parce qu'il n'aurait pu s'en départir sans agir contre des lumières qui le frappaient si vivement. Ceux qui n'en ont que de moindres ou de moins vives, peuvent n'être pas si constans, et même ne le doivent pas. Les malades prenaient d'autant plus de confiance en lui, qu'ils se sentaient conduits par une main plus ferme; son inflexibilité leur assurait combien il comptait d'avoir pris le bon parti, et ils s'encourageaient par ses rigueurs. Ils voyaient encore que si les occasions le demandaient, il hasardait volontiers pour eux sa propre réputation. Lorsqu'il jugeait nécessaire un de ces coups hardis qui lui étaient particuliers , et que le malade était important , il savait qu'il se rendait responsable de l'événement, et que, s'il était fâcheux , les cris d'une famille puissante soulevaient aussitôt le public contre lui : cependant il ne mollissait point, il ne préférait point la route ordinaire plus périlleuse pour le malade , mais moins pour le médecin ; et il voulait, à quelque prix que ce fut, avoir tout fait pour le mieux.

A la mort de Homberg , qui arriva en 1710 , le duc d'Orléans, déjà régent du royaume, le fit son premier médecin , choix presque nécessaire qui lui donnait un nouvel éclat, et eût augmenté, s'il eût été possible, sa grande pratique de Paris. L'année suivante , il entra dans l'académie en qualité d'associé libre,, et sans'ses occupations continuelles et indispensables, on lui reprocherait d'avoir trop joui des privilèges de ce titre.

En 1718, il succéda a Fagon clans la surintendance

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du jardin du roi. Il était à la source des grâces , puisque le prince-régent en était le maître, et qu'il aimait tant à en faire.

En 1720, Marseille fut attaquée d'une maladie d'abord inconnue , mais qui dès sa naissance faisait de grands ravages. Chirac oil'rit au régent d'y aller , afin que la ville, qui se verrait secourue par le gouvernement, en prît plus de courage pour se secourir ellemême. Son offre ne fut pas acceptée ; il proposa en sa place Chicoineau et Verny , célèbres médecins de Montpellier, dont il garantit le savoir, le zèle et l'intrépidité , et les ordres pour leur voyage furent donnés par S. A. R. Chicoineau était le même dont il avait été précepteur, et de plus c'était son gendre; car la fdle unique du précepteur était devenue un assez bon parti pour épouser le disciple. Il était juste que la maison par où il avait commencé sa fortune , et qui en avait ouvert la route , en profitât.

Chicoineau et S erny , arrivés à Marseille , trouvèrent la peste, accompagnée de toute la désolation, de toute la consternation, de toutes les horreurs qu'elle a jamais traînées après elle. La ville n'était presque plus habitée que par des cadavres qui jonchaient les rues, ou par des mourans abandonnés qui n'avaient pas eu la force de fuir. Nulles provisions , nuls vivres , nul argent. Chirac fut , pour ainsi dire , le médecin général de Marseille , par le soin assidu dont il veillait k tousses besoins auprès du régent, par les secours de toute espèce qu'il obtenait pour elle , par toutes les lumières dont il fortifiait celles des habiles gens qu'il v avait fait envoyer. Il procura encore à cette malheureuse ville quatre médecins de Montpellier, et ses amis,

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qiril crut dignes d'une commission si honorable et si peu recherchée. Boyer , de qui je tiens celte relation , et qui aujourd'hui pratique avec succès à Paris, fu Tun d'entre eux. Ils rassurèrent d'abord le peuple par l'extrême hardiesse dont ils abordaient les malades, et par l'impunité de cette hardiesse toujours heureuse. Peut-être , et cela ne diminuerait guère la gloire de l'héroïsme , étaient-ils dans le sentiment de Chirac , (|ue la peste ne se communique pas par contagion. Quoi qu'il en soit de cette opinion si paradoxe , il serait difficile qu'elle fi*it plus dangereuse et plus funeste aux peuples que l'opinion commune.

Chirac avait conçu depuis long-temps une idée qui eût pu contribuer à l'avancement de la médecine. Chaque médecin particulier a son savoir qui n'est que pour lui; il s'est fait, par ses observations et par ses réflexions, certains principes qui n'éclairent que lui. Lhi autre, et c'est ce qui n'arrive que trop, s'en sera fait de tous différens , qui le jetteront dans une conduite opposée. Non-seulement les médecins particuliers , mais les facultés de médecine semblent se faire un honneur et un plaisir de ne s'accorder pas. De plus, les observations d'un pays sont ordinairement perdues pour un autre. On ne profite point à Paris de ce qui a été remarqué à ÎMontpellier. Chacun est comme renfermé chez soi , et ne songe point à former de société. L'histoire dune maladie qui aura régné dans un lieu , ne sortira point de ce lieu là , ou plutôt on ne l'y fera pas. Chirac voulait établir plus de communication de lumières, plus d'uniformité dans les pratiques. V^ingtqiiatre médecins des plus employés de la faculté de Paris auraient composé une académie qui eut été en

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correspondance avec les médecins de tous les hôpitaux du royaume , el même des pays étrangers qui l'eussent bien voulu. Dans un temps où les pleurésies, par exemple, auraient été plus communes, l'académie aurait demandé à ses correspondans de les examiner plus particulièrement dans toutes les circonstances , aussi bien que les effets pareillement détaillés des remèdes. On aurait fait de toutes ces relations un résultat bien précis, des espèces d'aphorismes , que l'on aurait gardés cependant jusqu'à ce que les pleurésies fussent revenues, pourvoir quels changemens ou quelles modifications il faudrait apporter au premier résultat. Au bout d'un temps on aurait eu une excellente histoire de la pleurésie , et des règles pour la traiter aussi sûres qu'il soit possible. Cet exemple fait voir d'un seul coup d'oeil quel était le projet, tout ce qu'il embrassait, et quel en devait être le fruit. Le duc d'Orléans l'avait approuvé , et y avait fait entrer le roi; mais il mourut lorsque tout était disposé pour l'exécution.

Par cette mort, que le plus grand nombre sentit douloureusement, Chirac perdait non-seulement un prince de la famille royale , mais encore un premier ministre. Privé de ce maitre et de ce protecteur, mais toujours attaché à son auguste maison, il quitta la cour, et commença à se livrer absolument à la ville , qui regarda comme un bien pour elle le malheur d'un si grand médecin. On lui donnait la première place dans sa profession, et les plus illustres de ses confrères v consentaient, sans prétendre même diminuer sa supériorité par l'avantage qu'il avait des années el de l'expérience. Il dominait dans les consultations comme aurait fait Hippocratc ; on l'aurait

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presque dispensé de raisonner , et son autorité seule

eût suffi.

Il obtint du roi en 1728 des lettres de noblesse, et enfin en 1780 le plus grand honneur où il pût arriver, la place de premier médecin vacante par la mort de Dodart. Tous les Français zélés pour les jours de leur maître, l'avaient nommé d'une commune voix, et pour cette fois seulement les intrigues de la cour n'eurent rien à faire.

Il attira aussitôt à la cour Cliicoineau , son gendre , qui , indépendamment de ce titre , avait pour lui l'histoire de la peste de Marseille, une grande capacité en médecine, employée principalement au service des malades indigens. Le roi le mit auprès des enfans de France.

La nouvelle autorité de Chirac lui réveilla les idées de son académie de médecine. Les fonds nécessaires , article le plus difficile , étaient réglés et assurés ; mais quand le dessein fut communiqué à la faculté de Paris, il se trouva beaucoup d'opposition. Elle ne goûtait point que vingt-quatre de ses membres composassent une petite troupe choisie , qui aurait été trop fière de cette distinction, et se serait crue en droit de dédaigner le reste du corps. Les plus employés devaient la former , et les plus employés pouvaient-ils se charger d'occupations nouvelles ? N'était-on pas déjà assez instruit par les voies ordinaires? Enfin, comme il est aisé de contredire, on contredisait, et avec force ; et le premier médecin, trop engagé d'honneur pour reculer, persuadé d'ailleurs de l'utilité de son projet, tombait dans l'incertitude de la conduite qu'il devait tenir à l'égard d'un corps respectable. La douceur et la vigueur sont

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