DE CHIRAC
également dangereuses ; et il se déterminait pour les partis de vigueur, lorsqu'il fut attaqué de la maladie dont il mourut le premier mars 1782 , âgé de quatrevingt-deux ans. Il avait annoncé lui-même , pour pousser jusqu'au bout la science du pronostic, qu'il n'en pouvait échapper.
Il a laissé une fortune considérable , bien due à un travail aussi long , aussi assidu , aussi pénible , aussi utile à la société. Il lègue par son testament à l'université de Montpellier la somme de trente mille livres , qui seront emplovées à fonder deux chaires pour deux professeurs; dont l'un fera des leçons d'anatomie comparée ; l'autre expliquera le traité de Borelli , de mctu onimalium , et les matières qui y ont rapport.
On peut juger par là combien il estimait l'anatomie ; et puisqu'il l'estimait tant , on peut juger qu'il la possédait à fond. Il allait encore plus loin, jusqu'à la chirurgie , et à tous les détails de cet art , dont assez communément les médecins ne s'inquiètent pas. Convaincu qu'ils ne devraient pas regarder les opérations manuelles comme indignes d'eux , et que toute leur gloire est de guérir, il avait obtenu en 172G l'établissement de six places de médecins-chirurgiens entretenus par le roi, qui seraient reçus gratuitement dans la faculté de Montpellier , à condition qu'ils exerceraient eux-mêmes la chirurgie dans l'hôpital de cette ville. Mais ce dessein, qui à peine commençait à s'exécuter, fut arrêté par des accidens étrangers; et le préjugé contraire à la réunion des deux professions, qui peut-être eût été ébranlé par cet exemple , demeura dans toute sa force. Du moins Chirac l'attaqua toujours par sa conduite autant qu'il le pouvait; il ne manquait pas d'opérer de
sa main, lorsqu'il trouvait des malades sans secours, ou avec de mauvais secours. Aussi les plus habiles chirurgiens de Paris l'appelaient dans toutes les grandes occasions , ravis d'avoir un témoin et un juge si éclairé , qui se faisait un honneur d'être alors l'un d'entre eux. C'est à lui que l'on doit M. la Peyronnie, qui était à la veille de prendre ses degrés de docteur en médecine a Montpellier, quand Chirac le détermina ù prendre le parti de la chirurgie , qu'il aimait trop pour ne lui pas procurer un si grand sujet. Il accompagna même ses conseils d'une prédiction de ce qui arriverait à son ami , et il a eu le plaisir de la voir ac^ complie.