DE DU VERNEY
GuiCHARD-JosEPH DU Verney naquit à Fleurs en Forez, le o août 1648 , de Jacques du Verney , médecin de la même ville, et d'Antoinette Pittre. Ses classes faites, il étudia en médecine à Avignon pendant cinq ans, et en partit en 1667 pour venir à Paris où il se sentait appelé par ses talens.
A peine arrivé dans cette grande ville, il alla chez le fameux abbé Bourdelot , qui tenait des conférences de gens de lettres de toutes les espèces. Il leur fit une anatomie du cerveau , et d'autres ensuite chez Denys, savant médecin , où Ton s'assemblait aussi. Il démontrait ce qui avait été découvert par Stenon , Swammerdam , Graaf , et les autres grands anatomistes : et il eut bientôt une réputation.
Outre ses connaissances , déjà grandes et rares par rapport a son âge, ce qui contribua beaucoup à le mettre promptement en vogue, ce fut l'éloquence avec laquelle il parlait sur ces matières. Cette éloquence n'était pas seulement de la clarté , de la justesse , de l'ordre, toutes les perfections froides. que demandent
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les sujets dogmatiques , c'était un feu dans les expressions, dans les tours, et jusques dans la prononciation, qui aurait. presque suffi à un orateur. Il n'eût pas pu annoncer indifféremment la découverte d'un vaisseau , ou un nouvel usage d'une partie ; ses yeux en brillaient de joie , et toute sa personne s'animait. Cette chaleur ou se communique aux auditeurs , ou du moins les préserve d'une langueur involontaire qui aurait pu les gagner. On peut ajouter qu'il était jeune et d'une figure assez agréable. Ces petites circonstances n'auront lieu, si l'on veut , qu'à l'égard d'un certain nombre de dames , qui furent elles-mêmes curieuses de l'entendre.
A mesure qu'il parvenait à être plus à la mode , il y mettait l'anatomie, qui, renfermée jusques-là dans les écoles de médecine , ou à Saint-Côme , osa se produire dans le beau monde, présentée de sa main.
Je me souviens d'avoir vu des gens de ce monde-là qui portaient sur eux des pièces sèches préparées par lui , pour avoir le plaisir de les montrer dans les compagnies : surtout celles qui appartenaient aux sujets les plus intéressans. Les sciences ne demandent pas à conquérir l'univers ; elles ne le peuvent ni ne le doivent ; elles sont à leur plus haut point de gloire , quand ceux qui ne s'y attachent pas , les connaissent assez pour en sentir le prix et l'importance.
Il entra en 1676 dans l'académie, qui ne comptait encore que dix années depuis son établissement. On crut réparer par lui la perte que la compagnie avait faite de Gayent et Pecquet , tous deux habiles anatomisles, mais le dernier plus fameux par la découverte du réservoir du chyle, et du canal thorachique. Du ca-
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ractère dont était du Verney , il n'avait pas besoin de grands motifs pour prendre beaucoup d'ardeur. Il se mit à travailler à l'histoire naturelle des animaux, qui faisait alors une partie des occupations de l'académie , et il tient beaucoup de place dans l'histoire latine de du Hamel.
Quand ceux qui étaient chargés de l'éducation du dauphin , aïeul du roi, songèrent à lui donner des connaissances de physique , on fit l'honneur à l'académie de tirer de son corps ceux qui auraient cette fonction ; et ce furent Roëmer pour les expériences générales , et du Yerney pour l'anatomie. Celui-ci préparait les parties à Paris, et les transportait à Saint-Germain ou à Versailles. Là, il trouvait un auditoire redoutable ; le dauphin environné du duc de Montausier, de l'évêque de Meaux , de Huet, depuis évèque d'Avranches, de Cordemoy, qui tous , en ne comptant pour rien les titres, quoiqu'ils fassent toujours leur impression, étaient fortsavans, et fort capables de juger même de ce qui leur eût été nouveau. Les démonstrations d'anatomie réussirent si bien auprès du jeune prince , qu'il offrit quelquefois de ne point aller a la chasse si on les lui pouvait continuer après son dîner.
Ce qui avait été fait chez lui, se recommençait chez M. de Meaux avec plus d'étendue et de détail. Il s'y assemblait de nouveaux auditeurs , tels que le duc de Chevreuse, le P. de la Chaise, Dodart , tous ceux que leur goût y attirait, et qui se sentaient dignes d'y paraître. Du Verney fut de cette sorte pendant près d'un an l'anatomiste des courtisans, connu de tous, et presque ami de ceux qui avaient le plus de mérite. Ses succès de Paris l'avaient porté à la cour , et il en revint à
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Paris avec ce je ne sais quoi de plus brillant que donnent les succès de la cour.
Les fatigues de son métier , très pénible par luimême , et plus pénible pour lui que pour tout autre , lui causèrent un mal de poitrine si violent, qu'on lui crut un ulcère au poumon. Il en revint cependant , bien résolu à se ménager davantage à l'avenir. Mais comment exécuter cette résolution ? Comment résister à mille clioses qui s'offraient, et qui forçaient ses regards et ses recherches à se tourner de leur côté? Comment leur refuser ses nuits, même après les jours entiers? Souvent l'anatomie ne souffre pas de délais; mais quand elle en eut souffert, en pouvait-il prendre?
En 1679, il fut nommé professeur d'anatomie au jardin royal , et il alla en Basse-Bretagne pour y faire des dissections de poissons, envoyé dans cette vue avec la Hire , qui devait avoir d'autres occupations. Ils furent envoyés tous deux l'année suivante sur la côte de Bayonne pour les mêmes desseins. Il entra dans une anatomie toute nouvelle; mais il ne put qu'ébaucher la matière ; et depuis son retour la seule structure des ouïes de la carpe lui coûta plus de temps que tous les poissons qu'il avait étudiés dans ses deux voyages.
Il mit les exercices anatomiques du jardin royal sur un pied où ils n'avaient pas encore été. On vit avec étonnement la foule d'écoliers qui s'y rendaient , et on compta en une année jusqu'à cent quarante étrangers. Plusieurs d'entre eux, retournés dans leur pays, ont été de grands médecins , de grands chirurgiens , et ils ont semé dans toute l'Europe le nom et les louanges de leur maître. Sans doute ils ont souvent fait valoir son autorité, et se sont servis du ï^u\c.u\ il l'a dif. Nous