DE DU VERNEY
avons rapporté dans l'éloge de Lemery ' , qu'il faisait ici en même temps des cours de chimie avec le même éclat. Une nation qui aurait pris sur les autres une certaine supériorité dans les sciences , s'apercevrait bientôt que cette gloire ne serait pas,stérile , et qu'il lui en reviendrait des avantages aussi réels que d'une marchandise nécessaire et précieuse, dentelle ferait seule le commerce. Il publia en i683 son Traité de V organe de l'cuïe , qui fut traduit en latin dès l'année suivante, et imprimé à Nuremberg. Cette traduction a été insérée dans la bibliothèque anatomique de Manget. On sera surpris que ce soit là le seul qu'ait donné duYerney, vu le long temps quïl a vécu depuis ; mais quand on le connaîtra bien, on sera surpris au contraire qu'il l'ait donné. Jamais il ne se contentait pleinement sur un sujet, et ceux qui ont quelque idée de la nature le lui pardonneront. 11 faisait d'une partie qu'il examinait , toutes les coupes différentes qu'il pouvait imaginer : pour la voir de tous les sens, il employait toutes les injections; et cela demande déjà un temps infini , ne fat-ce qu'en tentatives inutiles. Mais il arrivait ce qui arrive presque toujours, des discussions poussées dans un grand détail ; elles ne lèvent guère une difficulté , sans en faire naître une autre : cette nouvelle difficulté qu'on veut suivre , produit aussi sa difficulté incidente, et on se trouve engagé dans un labyrinthe. De plus, un premier travail qui aurait voulu être continué, est interrompu par un autre , que quelques circonstances , ou , si l'on veut, la simple curiosité, rendent indispensable. Une connaissance acquise comme par hasard, aura une
■ VoY^^ l'Histoire de 1 7 1 5 , pag. 74 et 75.
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espèce d'etïet rétroactif, qui détruira ou modifiera beaucoup des coiiiiaissaiices précédentes qu'on croyait absolument sures. Ajoutez a ce fonds d'embarras que produit la nature de l'anatomie , une peur de se méprendre , une frayeur des jugeraens du public, qui ne peut guère être excessive, et l'on concevra sans peine qu'un très habile anatomiste peut n'avoir pas imprimé. Il faut pourtant avouer qu'un trop grand amour de la perfection, ou une trop grande délicatesse de gloire, feront perdre au public une infinité de vues et d idées, qui , pourélre d'une certaine utilité, n'auraientpas eu besoin d'une entière certitude, ou d'une précision parfaite.
Du Verney fut assez long-temps le seul anatomiste de l'académie, et ce ne fut qu'en 1684 qu'on lui joignit Mery'. Ils n'avaient rien de commun qu'une extrême passion pour la même science , et beaucoup de capacité; du reste presque entièrement opposés , surtout à l'égard des talens extérieurs. Si l'on pouvait quelquefois craindre que par le don de la parole du Verney n'eût la facilité de tourner les faits selon ses idées , on était sur que Mery ne pouvait que se renfermer dans une sévère exactitude des faits , et que l'un eût tenu en respect l'éloquence de l'autre. Le grand avantage des compagnies résulte de cet équilibre des caractères. On remarqua que du Verney prit un nouveau feu par cette espèce de rivalité. Elle n'éclata jamais davantage que dans la fameuse question de la circulation du sang du fœtus dont nous avons tantparlé. Elle le conduisit. à examiner d'autres sujets qui pouvaient y avoir rapport, la circulation dans les amphi-
■ Voyez l'Histoire de l'ji'i -, page 1 3o.