‹ Œuvres de Fontenelle (volume 4)Chapitre 122 sur 256 · SCÈNE IV · texte numérisé non relu

SCÈNE IV

PSYCHÉ

Où suis-je? quel spectacle est offert à mes yeux-f* D\in effroyable monstre est-ce ici la demeure i* Est-ce dans ces aimables lieux Que l'oracle veut que je meure i* Je reconnais la rigueur de mon sort , Lorsqu'avec tant d'excès je m'en vois poursuivie ; Il veut que cette pompe accompag:ne ma mort, Pour me faire à regret abandonner la vie.

Cruelle mort, pourquoi tardez-vous tant .^ Que par votre lenteur je vous trouve inhumaine! Venez, affreux serpent? venez finir ma peine, Votre victime vous attend.

( (3n entend une symphonie. )

SCÈÎNE V.

PSYCHÉ, L'AMOUR, NYMPHES et ZÉPHYRS

cachés.

PSYCHÉ

Quels agréable sons ont frappé mes oreilles !

NYMPHE cachée.

Attends encor, Psyché, de plus grandes merveilles ; Tout est dans ce bas lieu soumis à tes appas. Pour rendre ton bonheur durable , TOIVI. Y. 19

294 PSYCHÉ

Souviens-toi seulement , que lorsqu'on est aimable, C'est un crime de n'aimer pas.

Est-ce qu'aimer est nécessaire ?

ZÉPHYR caché.

D'un jeune cœur , c'est la plus douce affaire.

DEUX ZÉPHYRS cachés.

Aimez ; il n'est de beaux ans.

Que dans l'amoureux empire- Qui laisse échapper le temps , Quelquefois trop tard soupire.

Aimez ; il n'est de beaux ans Que dans l'amoureux empire.

PSYCHÉ

Et qui veut-on me faire aimer ?

ZÉPHYR caché.

Un Dieu qui se prépare à t 'assurer lui-même De son amour extrême.

PSYCHÉ

Qui serait donc ce Dieu que j'aurais su charmer?

l'amour caché.

C'est moi , Psyché , c'est moi qui me rends à vos charmes.

PSYCHÉ

S'il est ainsi , paraissez en ce lieu.

l'amour caché.

Le destin vous défend de me voir comme Dieu , Ou ma perte aussitôt vous coûtera des larmes.

PSYCHÉ

Et le moyen d'aimer ce qu'on ne voit jamais .''

l'amour caché.

Pour me montrer à vous , je vais , dans ce palais , Prendre d'un mortel la figure.

TRAGÉDIE. agS

PSYCBÉ.

Ah! venez-donc , n'Importe sous quels traits, Pourvu qu'en vous voyant mon esprit se rassure.

SCÈiNE VI.

L'AMOUR, sous la figure d'un jeune homme, PSYCHE.

l'amour.

Hé bien, Psyché, des cruautés du sort Avez-vous beaucoup à vous plaindre ?

Voici c<" monstre affreux armé pour votre mort; Vous sentez-vous disposée à le craindre?

PSYCHÉ

Quoi! vous êtes le monstre ? et comment à mes yeux

Pourriez-vous être redoutable l' Je sens , en vous voyant , un désordre agréable ,

Qui de mon cœur se rend victorieux.

Il se trouble ce cœur, autrefois si paisible ; Il ne se souvient p!us qu'il était insensible : On dit qu'ainsi l'on commence d'aimer.

En pariant de mon cœur, mon esprit s embarrasse , Et je ne connais pas assez ce qui s'y passe , Pour vous le pouvoir exprimer.

l'amour.

J'éprouve comme vous un embarras extrême. De quelle vive ardeur ne suis-je pas touché? Que de choses à dire ! et cependant , Psyché, Cependant je ne puis ((ue dire : Je vous aime. PSYCHÉ.

Il est donc vrai que vous m'aimez ?

l'a MOL R.

C'est peu qu'aimer , je vous adore.

2y6 PSYCHÉ,

PSYCHE

Que par ces mots vous me charmez !

l'amour. * Je vous l'ai dit , et vous le dis encore , Je vous aime , et jamais ne veux aimer que vous.

PSYCHE

Je ne puis rien entendre de plus doux. Quoi , je n aurai point de rivale ?

TOUS DEUX

Ah ! qu'en amour le plaisir est charmant , Quand la tendresse est égale.

Entre l'amante et l'amant !

PSYCHÉ

Mais me laisserez- vous ignorer qui vous êtes , Vous qui me promettez de m'aimer à jamais ? l'amour.

C'est à regret que je me tais

Sur la demande que vous faites.

Mon nom, si vous pouviez une fois le savoir,

Vous ferait chercher à me voir ; Et c'est à quoi le destin met obstacle. Me voir dans mon éclat , c'est me perdre à jamais. Afin que de nos feux rien ne trouble la paix ,

J'ai fait donner le surprenant oracle , Qui nous laisse tous deux cachés dans ce palais.

Vous m'y verrez vous adorer sans cesse , Sans cesse de mon cœur vous faire un nouveau don. Pourvu que vous sachiez l'excès de ma tendresse,

Qu'importe de savoir mon nom?

Ce n'est point comme un Dieu que je prétends paraître, Ce titre ne fait pas aimer plus tendrement ,

Je ne veux me faire connaître

Que sous le nom de votre amant.

TR\GÉDIE. 2^7

Venez voir ce palais , où, pour charmer votre âme,

Les plaisirs naîtront tour à tour ; Et vous , divinités , qui comiaissez ma flamme , Marquez par vos chansons , le pouvoir de l'Amour.

( Trois des Nymphes qui étaient cnche'es commencent à paraître , et chantent les vers suivans. Six petits Amours et (juatre Zéphyrs expriment par leurs danses la joie qu'ils ont des avantages de l'Amour. )

Aimable jeunesse, Suivez la tendresse, Joi^ez aux beaux jcmrs La douceur des amours.

C'est pour vous surprendre.

Qu'on vous fait enteu dre Qu'il faut éviter les soupirs , Et craindre leurs désirs ; Laissez-vous apprendre Quels sont leurs plaisirs.

H^ ET m* NYMPHES.

Chacun est obligé d'aimer

A son tour; Et plus on a de quoi cîiarmer.

Plus on doit à l'Amour.

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