‹ Œuvres de Fontenelle (volume 4)Chapitre 137 sur 256 · MERCURE, VÉNUS · texte numérisé non relu

MERCURE, VÉNUS

Vous croyez trop la jalouse colère Qui vous anime contre un fils.

VÉNUS

Quoi! Mercure , on n'aura pour moi que du mépris Je pourrai me venger , et n'oserai le faire ?

MERCURE

L'Amour est venu dans les cieux ; Jupiter a reçu sa plainte ,

TRAGÉDIE. 3i3

Et n'envisage qu'avec crainte Le désordre éternel qui menace les dieux. Par l'ordre du Destin , Psyché vous est soumise ; Quand vous la poursuivez , son sort dépend de vous :

Mais voyez, dans cette entreprise, Quels malheurs ont déjà suivi votre courroux. L'Amour , dont les ennuis n'ont pu toucher votre âme , Empoisonne les traits dont il perce les cœurs. Il les ouvre à la haine , aux dédains , aux rigueurs ;

Tout languit et rien ne s'enflamme.

La discorde est parmi les dieux ;

La paix s'éloigne de la terre ;

On se hait , on se fait la guerre.

Ces maux que vous causez vous sont-ils glorieux?

VÉNUS

Ah ! qu'on me laisse ma colère .

Elle venge un trop juste ennui.

L'Amour à l'univers est-il si nécessaire , Qu'on ne puisse être heureux sans lui ?

MERCURE

S'il est quelque bonheur , c'est TAmour qui l'assure ; Tout flatte en aimant , tout nous rit; Otez l'Amour de la nature , Toute la nature périt.

VÉNUS

On veut donc m'obliger à consentir qu'il aime ?

MERCURE

Jupiter qui paraît vous le dira lui-même.

( Jupiter descend sur son trône au milieu de soi} palais.)

3i{ PSYCHÉ,

SCÈJNE lY.

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