SCÈNE PREMIÈRE
PSYCHÉ
Si je fais vanité de ma tendresse extrême,
En puis-je trop avoir , quand c'est de l'Amour même
TRAGÉDIE. 3ii
<^>ue mon cœur s'est laissé charmer?
Je sens que rien ne peut ébranler ma constance.
Ah ! pourquoi m'obliger d'aimer ,
S'il faut aimer sans espérance ?
Sans espérance ! non , c'est offenser l'Amour ; Ce dieu qui plaint les maux dont je suis poursuivie , Jusques dans les enfers a pris soin de ma vie , Et c'est par lui que je reviens au jour. Ce sont ici les jardins de sa mère ; Peut-être en ce moment il lui parle de moi. Je puis l'y rencontrer. Pour mériter sa foi ,
Cherchons jusqu'au bout à lui plaire.
Si mes ennuis ont pu ternir (]es attraits dont l'éclat m'a su rendre coupable ,
Cette boîte me va fournir
De quoi paraître encore aimable.
Ouvrons. Quelles promptes vapeurs
Me font des sens perdre l'usage?
Si la mort finit mes malheurs , O toi , qui de mes vœux reçois le tendre hommage , Songe qu'en expirant , c'est pour toi que je meurs.
P.>yclie tombe sans force sur un gazon, où elle demeure couche'e. )
SCÈiNE II.
VÉNtS, PSYCHÉ.
VÉNUS
Enfin , insolente rivale ,
Tu reçois ce qu'a mérité
L'orgueilleuse témérité
De le croire à Vénus égale !
Par l'élat déplorable où j'ai réduit ton sort, Vois ce que mon courroux te laisse encore craindre.
3,2 PSYCHÉ
Si les malheurs sitôt finissaient par la mort, Ton sort ne serait pas à plaindre.
PSYCHÉ, couchée sur le gazon.
Pourquoi me rappeler au jour , S'il ne m'est pas permis de vivre pour l'Amour?
VÉNUS
Quoi , ton orgueil encore jusqu'à mon fils aspire?
Mon fils est l'objet de tes vœux?
Et l'obstacle fatal que j'ai misâtes feux, Ne t'a point affranchie encor de son empire? Cet amour de ton cœur ne peut être arraché ? PSYCHÉ sur le gazon.
Viens , cher amant , viens revoir ta Psyché.
VÉîsUS.
Les maux dont tes soupirs marquent la violence , A la pilié pour toi devraient m'intéresser ;
Mais le plaisir de la vengeance
Est trop doux pour y renoncer.
( Mercure descend .)