SCÈNE IL STÉNOBÉE, PHILONOÉ, ARGIE
PIIILONOÉ.
Reine , vous savez qu'en ce jour Je reçois un époux de la main de mon père :
J'attends le choix qu'il en doit faire Entre tous les amans qui remplissent sa cour.
Obtenez qu'il n'en délibère
Que de concert avec l'amour.
Qu'il est doux de trouver, dans un amant qu'on aime. Un époux que l'on doit aimer !
Lorsque le cœur a choisi de lui-même Le seul objet qui pouvait Tenflammor , Qu'il est doux de trouver, dans un amant qu'on aime, Un époux que l'on doit aimer !
STÉNOBÉE.
Quoi ! Princesse , à l'amour vous auriez pu vous rendre ?
PHILONOÉ.
En vain j'ai voulu m'en défendre.
STÉNOBÉE.
Et qui donc aimez-vous ?
PHILONOÉ.
Un héros que les dieux Ont fait des conquérans l'exemple glorieux.
333 BELLÉROPHON
Estimé dans la paix , redouté dans la guerre , Il est , et la terreur et Tamour de la terre. Si pour chercher à vaincre il court dans les hasards, A ses premiers efforts ses ennemis se rendent ; Et s il aime , il n'est point de cœurs qui se défendent De ses premiers regards.
STÉNOBÉE.
Ah ! c'est Bellérophon.
PHILONOÉ.
C'est lui , je le confesse ;
Ne condamnez point ma tendresse.
Quand mille exploits fameux parlent pour un amant
Peut-on résister un moment ?
Apres avoir vaincu deux nations guerrières , Bellérophon amène en ces lieux fortunés
Les Amazones prisonnières ,
Et les Solymes enchaînés.
Il ! osscde mon cœur, je puis tout sur son âme.
SCEINE m.
STÉNOBÉE , ARGIE.
STÉNOEÉE.
Et je croyais qu'aucune ardeur N'eût jamais enflammé son cœur ?
AUGIE.
Un cœur qui parait invincihle , Peut être un temps sans se laisser charn:er Mais on a beau se défendre d'aimer ,
Le moment vient d'être sensible.
STÉNOBÉE.
C'en est fait , l'outrage est trop grand.
Si ses cruels refus faisaient tort à ma gloire ,
Au moins il m'était doux de croiie Que mon cœur soupirait pour un indifférent Mais il aime, et c'est là ce qui me désespère : Un autre a fait ce que je n'ai pu faire.
Venez , haine, vengeance, et versez dans mon cœur
Votre poison le plus funeste ; Vous ne sauriez m'inspirer trop d'horreur
Pour un ingrat que je déteste.
Suivons , suivons ce désespoir ;
II faut , pour venger mon outrage ,
Qu'Amisodar serve ma rage ; Son art dans les enfers lui donne tout pouvoir. Il en peut évoquer quelque monstre effioyable Qui porte le ravage et la flamme en ces lieux. Il m'aime , et si sur lui je veux jeter les yeux
ARGIE
Le roi vient, contraignez l'ennui qui vous accable.