SCÈNE m
STENOBEE, BELLÉROPHON, ARGIE.
STÉNOBÉE.
Ma présence ici te fait peine ,
11 est vrai , je frémis , lorsque je vous revoi : Quel destin ennemi vous amène en Lycie :' Y venez-vous chercher à troubler mon repos ?
Vous m'avez fait bannir d'Argos , Ne verrai-je jamais votre haine adoucie ?
^'0 BELLÉROPIION,
STÉNOBÉE.
S'il te souvient des maux que je t'ai faits , Qu'il te souvienne aussi de ma tendresse extrême Ne me reproche point, ingrat, que je te hais ,
Ou reproche-moi que je t'aime.
J'ai tâché de te perdre , et j'ai cru le vouloir; J'ai sui\a les transports d'une aveugle vengeance : Mais plus à mon amour j'ai fait de violence ,
Plus sur mon cœur il a pris de pouvoir ; Et je ne t'ai jamais haï qu'en apparence.
BELLÉROPHO N.
Vous m'avez , sans relâche , accablé de malheurs ; Je n'ai point reconnu l'amour dans vos fureurs. Si l'amour quelquefois s'ahandonne à la rage , Il est toujours amour , même quand il outrage. jNIais vous , toujours constante à me persécuter. Vous n'avez épargné ma gloire ni ma vie ;
Et je ne dois rien écouter
De ma plus mortelle ennemie.
SCÈINE IV.
STÉNOBÉE, ARGIE.
STÉNOBÉE.
Tu me quittes, cruel! arrête , il fuit, hélas ! Mon amour voit sa honte, et n'en profite pas. Vous ne sauriez guérir le mal qui me tourmente ,
Faible retour d'un impuissant dépit :
Des mépris d'un ingrat ma flamme se nourrit ; Elle devrait s'éteindre , et devient plus ardente.
L'amour trop heureux s'affaiblit ;
Mais l'amour malheureux augmente.
ARGIE
Quoi ! vous pourrez toujours souffrir Qu'on vous brave, qu'on vous dédaigne?
STÉNOBÉE.
Non , il faut dans son sang que mon amour s'éteigne ; Perdons tout , faisons tout périr.