SCÈNE V
STÉNOBÉE, AMISODAR, ARGIE.
STÉNOBÉE.
Vous me jurez sans cesse une amour éternelle. Croirai-je , Amisodar, croirai-je vos sermens?
Me serez-vous assez fidèle Pour ne refuser rien à mes ressentimens ■■*
AMISODAR.
Lorque l'amour vous asservit mon âme , Votre insensible cœur devrait se contenter
De ne pas répondre à ma flamme.
Pourquoi me faire encore l'outrage d'en douter?
Vos froideurs , votre indifférence , Me touchent moins que cette offense :
Je meurs pour vos divins appas , Et viens vous demander , pour toute récompense , Que vous n'en doutiez pas.
STÉNOBÉE.
Bellérophon m'a fait une mortelle injure,
Le roi la connaît et l'endure ; Il le choisit pour gendre au lieu de le punir. Troublons l'hymen qui se prépare , Par une vengeance barbare ,
Dont le seul souvenir Fasse trembler tout l'avenir.
Toivr. v. a a
3^a Bf:LLEROPHON,
ASIISODAR.
Je puis (le la nuit infernale Faire sortir un monstre furieux ; jMais vous-même tremblez d'exercer en ces lieux
Une vengeance si fatale.
Préparez-vous à voir nos peuples alarmés ,
Et nos villes tremblantes.
Le monstre couvrira de torrens enflammés Nos campagnes fumantes , Et nos champs ne seront fumés Que des restes affreux des victimes sanglantes.
STENOBÉE.
Que ce spectacle sera doux A la fureur qui me transporte !
Hâtez-vous , hâtez-vous De servir mon courroux ; Faites ouvrir la terre, et que le monstre en sorte. Hâtez-vous, hâtez-vous De servir mon courroux.
AMISODAR.
Jusqu'au fond des enfers je vais me faire entendre. Fuyez , Reine , fuyez ; Vos yeux seront trop effrayés De l'horreur qu'en ces lieux mes charmes vont répandre.
SCÈA^E VI.
A>ÎISODAR.
Que ce jardin se change en un désert affreux.
( Le jardin disparait , et l'on voit , en sa piace , une espèce de prison horrible , taillée dans les rochers , et perce'e à perte de vue , avec plusieurs chaînes , cordages et grilles de fer qui la remplissant de toutes parts. )
Noirs habilans du séjour ténébreux , Pourm'écouter , clans vos demeures sombres, Redoublez , s'il se peut , le silence des Ombres. Et vous , à me servir employés tant de fois , Ministres de mon art , accourez à ma voix.
( Quatre magiciens et quatre inagiciennes paraissent, et témoignent , en dansant, l'ardeur avec laquelle ils se pn^parent à servir Aniisodar. Après cette entrée , d'autres magiciens, au nombre de quatorze , viennent faire avec lui la scène suivante. )