‹ Œuvres de Fontenelle (volume 4)Chapitre 158 sur 256 · SCÈNE V · texte numérisé non relu

SCÈNE V

STÉNOBÉE, AMISODAR, ARGIE.

STÉNOBÉE.

Vous me jurez sans cesse une amour éternelle. Croirai-je , Amisodar, croirai-je vos sermens?

Me serez-vous assez fidèle Pour ne refuser rien à mes ressentimens ■■*

AMISODAR.

Lorque l'amour vous asservit mon âme , Votre insensible cœur devrait se contenter

De ne pas répondre à ma flamme.

Pourquoi me faire encore l'outrage d'en douter?

Vos froideurs , votre indifférence , Me touchent moins que cette offense :

Je meurs pour vos divins appas , Et viens vous demander , pour toute récompense , Que vous n'en doutiez pas.

STÉNOBÉE.

Bellérophon m'a fait une mortelle injure,

Le roi la connaît et l'endure ; Il le choisit pour gendre au lieu de le punir. Troublons l'hymen qui se prépare , Par une vengeance barbare ,

Dont le seul souvenir Fasse trembler tout l'avenir.

Toivr. v. a a

3^a Bf:LLEROPHON,

ASIISODAR.

Je puis (le la nuit infernale Faire sortir un monstre furieux ; jMais vous-même tremblez d'exercer en ces lieux

Une vengeance si fatale.

Préparez-vous à voir nos peuples alarmés ,

Et nos villes tremblantes.

Le monstre couvrira de torrens enflammés Nos campagnes fumantes , Et nos champs ne seront fumés Que des restes affreux des victimes sanglantes.

STENOBÉE.

Que ce spectacle sera doux A la fureur qui me transporte !

Hâtez-vous , hâtez-vous De servir mon courroux ; Faites ouvrir la terre, et que le monstre en sorte. Hâtez-vous, hâtez-vous De servir mon courroux.

AMISODAR.

Jusqu'au fond des enfers je vais me faire entendre. Fuyez , Reine , fuyez ; Vos yeux seront trop effrayés De l'horreur qu'en ces lieux mes charmes vont répandre.

SCÈA^E VI.

A>ÎISODAR.

Que ce jardin se change en un désert affreux.

( Le jardin disparait , et l'on voit , en sa piace , une espèce de prison horrible , taillée dans les rochers , et perce'e à perte de vue , avec plusieurs chaînes , cordages et grilles de fer qui la remplissant de toutes parts. )

Noirs habilans du séjour ténébreux , Pourm'écouter , clans vos demeures sombres, Redoublez , s'il se peut , le silence des Ombres. Et vous , à me servir employés tant de fois , Ministres de mon art , accourez à ma voix.

( Quatre magiciens et quatre inagiciennes paraissent, et témoignent , en dansant, l'ardeur avec laquelle ils se pn^parent à servir Aniisodar. Après cette entrée , d'autres magiciens, au nombre de quatorze , viennent faire avec lui la scène suivante. )

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